Gaz de schiste: opposants et sympathisants se préparent à reprendre le combat

La perspective d’un changement de gouvernement ravive les espoirs des partisans du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick alors que les opposants à l’industrie se préparent à reprendre leur combat.

Le chef du Parti progressiste-conservateur, Blaine Higgs, s’est engagé en avril à lever le moratoire sur la fracturation hydraulique dans les régions qui le désirent si sa formation remporte les élections du 24 septembre.

Sa promesse est loin d’être passée inaperçue, autant chez les sympathisants de l’industrie que chez les défenseurs de l’environnement. La question promet d’être à nouveau un sujet chaud durant la campagne électorale.

La région de Sussex, à mi-chemin entre Moncton et Saint-Jean, pense déjà à se prévaloir de cette levée partielle du moratoire si les progressistes-conservateurs forment le prochain gouvernement, avance le maire de la localité, Marc Thorne.

«La majorité des citoyens de notre région sont pour (l’industrie) parce que pour eux ce n’est pas quelque chose d’abstrait», dit-il en rappelant que des entreprises ont déjà eu recours à la fracturation hydraulique dans le voisinage pour produire du gaz naturel avant le moratoire.

Plus de 400 travailleurs ont été mis à pied dans la région, en 2016, lors de la fermeture de la mine de PotashCorp. Si la mine devait rouvrir un jour, elle aura besoin d’un approvisionnement fiable de gaz naturel à bon marché, prévient le maire.

«Dans plusieurs régions qui sont opposées à la fracturation, il n’y a même pas de gisement de gaz naturel, mais nous, nous en avons et nous l’avons déjà exploité sans aucune conséquence néfaste», explique M. Thorne.

Malgré l’échec de son gouvernement, le député progressiste-conservateur sortant dans Sussex-Fundy-St.Martin, Bruce Northrup, a facilement été réélu en 2014.

Le Parti progressiste-conservateur a cependant payé chèrement son appui au gaz de schiste dans le comté de Kent où plusieurs manifestations et une émeute ont eu lieu durant l’année précédant les élections. Le ministre sortant Claude Williams a été battu par près de 1500 voix dans Kent-Sud et le parti a terminé au 3e rang dans Kent-Nord, derrière les libéraux et les verts.

Survie du moratoire

Les opposants au gaz de schiste sont prêts à reprendre du service pour assurer la survie du moratoire sur l’ensemble du territoire provincial, affirme Jim Emberger de l’Alliance anti gaz de schiste du Nouveau-Brunswick.

«Nous sommes encore là et nous sommes prêts à nous attaquer au problème», dit-il.

Si les désavantages et les dangers de la fracturation hydraulique et du gaz de schiste étaient clairs il y a quatre ans, ils le sont encore plus aujourd’hui, selon lui.

«En plus, avec les changements climatiques, il faut qu’on se débarrasse des énergies fossiles de toute façon.»

Alors qu’il répond aux questions du journal au téléphone, M. Emberger est en plein «séance de stratégie» avec son organisation «pour déterminer comment nous allons nous battre durant les élections».

Son groupe mis notamment sur les réseaux sociaux pour mobiliser la population. Une organisation similaire diffuse déjà des publicités contre le gaz de schiste à la radio, raconte M. Emberger.

Toutefois, après quatre ans de moratoire, les gens n’ont plus autant le gaz de schiste à l’esprit, constate-t-il. La mobilisation s’annonce plus difficile qu’en 2014.

«Les gens ne l’ont pas encore réalisé, mais (les partisans de l’industrie) tentent de ramener (le gaz de schiste) et nous essayons de répandre la nouvelle parce qu’il y a plus de raisons que jamais de dire non.»

Les entreprises d’exploration et d’exploitation gazière seront-elles toujours intéressées par le Nouveau-Brunswick si le moratoire était levé en partie ou en totalité?

«Ce n’est pas garanti», indique l’économiste Jean-Thomas Bernard de l’Université d’Ottawa.

«Le marché du gaz naturel est bien actif. De ce côté-là, il n’y a pas de problème. La question, c’est à quel coût ça va se faire au Nouveau-Brunswick.»

«Depuis la révolution du gaz de schiste, autour de 2008, le prix du gaz naturel a chuté énormément et ça ne s’est pas relevé», explique-t-il.

«Tout est une question de rentabilité. Est-ce que ça vaut la peine d’exploiter du gaz au Nouveau-Brunswick à 3$ ou 4$? C’est le marché qui pourrait le dire.»

Selon le ministère du Développement de l’énergie et des ressources, six entreprises possèdent des permis d’exploration et d’exploitation de pétrole et de gaz naturel sur différentes parties du territoire néo-brunswickois.

Parmi ces entreprises, SWN Resources, Corridor Resources et ORLEN Upstream, étaient particulièrement intéressées par les réserves de gaz de schiste de la province. Aucune d’entre elles n’a répondu à nos demandes d’entrevues.