Fête nationale de l’Acadie: qu’en pensent les jeunes?

Célébration de la culture, fête entre amis, rassemblement communautaire, que signifie la Fête nationale de l’Acadie pour la nouvelle génération? L’Acadie Nouvelle a posé la question à trois jeunes francophones parés à se déguiser aux couleurs de leur drapeau.

Mathieu Manuel est fin prêt pour la Fête des Acadiens. Mercredi, le jeune homme fraîchement diplômé de l’Université Sainte-Anne ira célébrer ses racines à Miramichi, où il a passé la plus grande partie de son adolescence.

Vivre en français à Miramichi n’est pas toujours facile. Pour lui, le 15 août est un moment privilégié pour faire vivre la langue.

«C’est une occasion de célébrer entre francophones, on n’en a pas beaucoup des occasions comme celle-là. On s’affiche comme Acadien, on affiche nos couleurs, on rappelle qui on est», explique Mathieu Manuel.

«C’est le moment où la communauté francophone peut se réunir et faire valoir la présence acadienne dans une région où l’on est très minoritaire. Ça permet aussi aux jeunes de vivre une expérience en français, ce qui n’est pas toujours évident à Miramichi.»

Mathieu participe chaque année aux festivités organisées par le Carrefour Beausoleil. Il en est convaincu, l’événement permet de rapprocher les deux communautés linguistiques.

«C’est ouvert à tous, beaucoup d’anglophones qui ne comprennent pas le français et qui n’ont aucun attachement à l’Acadie viennent fêter avec nous. On voit qu’il y a plus de tolérance, notre culture n’est plus perçue comme une menace mais comme une richesse.»

L’an dernier, Mathieu Manuel a été élu conseiller jeunesse au sein du conseil de direction de la Société nationale de l’Acadie. Selon lui, la Fête nationale restera un rendez-vous majeur aussi longtemps que des jeunes continueront de s’impliquer.

«Ce serait dommage si on arrêtait de fêter le 15 août, que ça devienne anodin. Il faut le garder vivant et actuel.»

Renouveler l’événement

Émile Couturier, lui, ira se faire entendre lors du tintamarre prévu sur la Place des officiers de Fredericton.

Le finissant de l’école Sainte-Anne est président du conseil d’administration de la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick. Lors des deux dernières années, il a participé aux festivités dans la capitale en animant un kiosque pour parler de la culture acadienne.

«Nos célébrations n’ont pas la même ampleur qu’à Caraquet. Ici, la fierté ne s’exprime pas de la même manière, mais elle s’exprime. C’est ce genre de rassemblement qui va faire que l’Acadie va continuer de vivre», affirme-t-il.

Ce n’est qu’assez récemment qu’Émile Couturier, originaire du Madawaska, s’est mis à célèbrer la Fête des Acadiens. Les gens de sa région natale sont plutôt frileux à afficher leur fierté acadienne, rappelle-t-il.

«Je me souviens plutôt de ma grand-mère qui m’accompagnait à la Foire Brayonne», mentionne le jeune homme.

Émile est d’avis que les communautés devraient toujours être attentives à renouveler leurs activités du 15 août.

«Il y a toujours un risque de folklorisation de la culture. Si on présente aux jeunes uniquement des musiques de 1755 ou des peintures d’événements historiques, alors ça peut être difficile pour eux de s’identifier. Il faut continuer de promouvoir la culture acadienne mais aussi l’actualiser.»

«Pas juste une fête»

Le premier souvenir du 15 août d’Isabelle Caissie remonte à 1994, lorsque son grand-père l’a accompagnée aux activités du Congrès mondial acadien organisé dans le Sud-Est.

«En grandissant, je me souviens que ma famille a toujours participé au tintamarre de Moncton et de Dieppe, dit-elle. On s’est aussi déplacé à Caraquet!»

Pour Isabelle, qui s’apprête à commencer des études de droit à l’Université de Moncton, la Fête nationale doit être l’occasion de parler le français haut et fort ainsi que de se tenir debout.

«C’est important de se rassembler, de célébrer notre identité. Le 15 août n’est pas juste une fête, il ne faut pas oublier la cause rattachée à cette journée-là.»

Elle aimerait d’ailleurs qu’autour d’elle, cette fierté acadienne ne se manifeste pas que le 15 août.

«C’est là journée où on est plus fier qu’habituellement. C’est bon d’avoir une date marquée sur le calendrier qui rassemble tout le monde. Mais on devrait célébrer notre acadianité à d’autres moments de l’année.»