Pont-chaussée de Memramcook: «Ça fait tort à l’écosystème»

Des citoyens de Memramcook veulent suivre l’exemple du Grand Moncton en remplaçant le pont-chaussée qui enjambe leur rivière.

Don Poirier, de Memramcook, rêve du jour où le pont-jetée de son village natal sera remplacé. Depuis 20 ans, il milite pour que le cours d’eau soit restauré à son état naturel.

Le pont-chaussée situé à l’ombre de l’église Saint-Thomas a été construit en 1973, seulement cinq ans après l’inauguration du pont-jetée de la rivière Petitcodiac entre Moncton et Riverview.

Tout comme son grand frère de la métropole, la structure de Memramcook a eu des impacts importants sur l’écosystème. En plus de réduire le débit de la rivière –ce qui a provoqué des accumulations importantes de sédiments– elle bloque le passage de plusieurs espèces de poissons.

«Ça fait tort à l’écosystème, il n’y a aucun écosystème. Il n’y a pas de passage migratoire pour les poissons. La truite, le saumon, le gaspareau, le bar rayé, le poulamon et d’autres espèces ne peuvent pas se rendre dans les rivières plus hautes pour la reproduction.»

«Quand on étouffe une rivière, il y a des conséquences qui peuvent être néfastes», ajoute Pierre Landry, membre du conseil d’administration des Sentinelles Petitcodiac et ancien président de l’organisme.

Le côté sud du pont-chaussée de Memramcook, en direction de la baie de Fundy. Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

Il y a 10 ans, des citoyens de Memramcook avaient identifié le dossier du pont-chaussée comme priorité du plan vert municipal. Leur cri de coeur n’avait cependant pas réussi à convaincre les gouvernements provincial et fédéral à investir dans un projet de restauration.

M. Poirier croit que l’environnement politique est plus propice aux projets comme le sien en 2018 qu’en 2008. L’investissement de plus de 60 millions $ pour remplacer le pont-chaussée entre Moncton et Riverview, en 2016, lui donne espoir.

«Il y a eu un changement: on reconnaît que les chaussées sont des erreurs. S’ils ont décidé de remplacer le pont-chaussée de la rivière Petitcodiac à Moncton, il n’y a pas de raison qu’on ne pourrait pas installer un pont ici.»

En 2016 et en 2017, les Sentinelles Petitcodiac ont fait une demande d’aide financière de 80 000 $ au Fonds en fiducie pour l’environnement du gouvernement du Nouveau-Brunswick afin d’étudier les options à Memramcook. Ils souhaitent notamment savoir quelle serait la différence des coûts entre la restauration du pont-jetée et son remplacement. Ils veulent aussi connaître les impacts potentiels.

Chaque fois, la demande a été refusée. Une nouvelle demande sera probablement déposée d’ici la fin de l’année.

Malgré les échecs, M. Landry garde espoir étant donné «l’intérêt et l’engouement de la communauté».

«On a eu une rencontre publique dans la vallée en fin juin. Il y a eu une trentaine de participants, et c’était très positif», mentionne M. Landry, un membre fondateur des Sentinelles Petitcodiac.

Le pont-chaussée de la rivière Memramcook a été construit en 1973, seulement cinq années après celui de la rivière Petitcodiac entre Moncton et Riverview. Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

Selon M. Poirier, une des fonctions originales du pont-chaussée de Memramcook était de contrôler la rivière afin d’aider les fermiers du secteur. Aujourd’hui, il n’y aurait cependant plus qu’un agriculteur. Il cultive le blé.

«Le nombre d’agriculteurs aujourd’hui est bien inférieur d’il y a 40 ans dans la région de Memramcook», assure M. Landry.

Tout projet concernant l’avenir du pont-chaussée de Memramcook devra aussi tenir compte du fait qu’il se situe tout près d’une voie ferrée

MM. Poirier et Landry ont souligné que le pont-chaussée est vieillissant et qu’il devra être remplacé prochainement. Certaines parties du pont sont visiblement rongées par la rouille.

La rouille ronge la structure du pont-chaussée de la rivière Memramcook. Il a tout de même obtenu un indice de l’état des ponts de 75 sur 100 lors d’une inspection en 2017. Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron