À Moncton, l’Acadie est une fête ouverte à tous

Mercredi, l’idée d’une Acadie «inclusive» n’avait rien du slogan à Moncton. Francophones, anglophones, Acadiens de toujours et Acadiens d’adoption ont fêté main dans la main.

C’est sur un pas de danse que les Acadiens de Moncton ont célébré leur fête nationale. Sur les coups de 18h, la foule massée devant le Centre culturel Aberdeen s’est lancée dans un joyeux brouhaha.

Mené par un quatuor de percussionnistes et des dizaines de danseurs, le cortège bariolé a ensuite défilé dans les rues de Moncton.

Les marcheurs ont continué leur parcours en musique le long de la rue Main, acclamés par les habitants, avant de s’échouer au bord de la rivière Petitcodiac où le grand spectacle du Festival Acadie Rock les attendait.

Le groupe Vishtèn et leurs airs virevoltants ont lancé la soirée en beauté. Julie Aubé​, Daniel Bélanger​, Sweet Crude​ et La Dame Blanche​ ont également partagé la scène.

René Légère avait ouvert les bras à toute la communauté en cette journée chère aux Acadiens. Sur Facebook, le producteur d’Acadie Rock a appelé les anglophones à se joindre à la fête. «Partagez cette invitation à vos ami.e.s anglophones et des autres communautés culturelles de Moncton. Acadie Rock est inclusif.»

M. Légère croit qu’il est essentiel d’ouvrir la porte cette manière. «On vit ensemble les 365 jours de l’année, on a tout intérêt à faire des choses ensemble et à sensibiliser la communauté anglophone à notre culture», souffle-t-il.

«À Acadie Rock, on a fait le choix d’ajouter à notre programmation des artistes anglophones pour amener certaines personnes qui ne parlent pas forcément français à venir écouter des artistes acadiens. On a de plus en plus d’anglophones qui viennent assister à nos spectacles. Ça s’inscrit dans une volonté de mieux vivre ensemble, de mieux se comprendre et de partager nos cultures respectives.»

Cette démarche séduit Erika Cantu, qui a quitté le Brésil en 2012. «C’est un très beau message, dit-elle. Je vois des gens de différentes cultures ici, des moments comme ça, ça aide à inclure tout le monde. On sent que, même si on ne vient pas d’ici, on est accepté.»

Après six ans passés au Nouveau-Brunswick, Erika Cantu se sent un peu Acadienne. Elle participe chaque année aux festivités. «Les Acadiens c’est comme les Brésiliens, dès qu’il y a de la musique et de la nourriture on fait la fête!»

Un peu plus loin, Souley Camara observe d’un air amusé un groupe de jeunes frapper dans leurs casseroles. Le jeune homme originaire du Bénin a été adopté par un Acadien et s’est installé dans la région plus tôt cette année.

«C’est la meilleure façon de réunir les gens, lâche-t-il. On voit que les Acadiens sont unis et qu’ils aiment tout le monde. Je suis fier d’être parmi eux!»

Roger Landry, qui a grandi à Memramcook, est émerveillé par l’effervescence qui règne au centre-ville.

«À Moncton ça n’a pas toujours été ainsi, mais aujourd’hui tout se passe bien. C’est plus accepté, on a pris notre place. Nos ancêtres ont combattu pour que les Acadiens gardent leur langue, pour moi c’est important d’être ici», explique-t-il tout en agitant sur drapeau.

Roger Landry se ravit que plusieurs personnes ne parlant pas le français aient rejoint le rassemblement. «Je trouve ça bien, le 15 août c’est une fête, ce n’est pas exclusif. Les anglophones vont voir qu’on n’est pas méchants!»