La surtaxe de Donald Trump retarde la construction de deux ponts réservés aux VTT

Les travaux de construction de deux ponts réservés aux VTT devaient débuter cet été, dans la région Chaleur. La surtaxe décidée par le président Donald Trump sur l’acier américain alourdit la facture et contraint les responsables de la Fédération à revoir leur calendrier. Ils tirent la sonnette d’alarme.

«Il s’agissait de deux projets que le Club de VTT de la région Chaleur préparait depuis quatre ans. Là, il faut les remettre à plus tard et retourner à la planche à dessin», indique Jacques Ouellette, coordonnateur de développement à la fédération.

Depuis le 29 juin, acheter de l’acier américain coûte 25% plus cher. Et cette augmentation se ressent lourdement. Dans le coin de Belledune, il était prévu qu’un pont de 49 mètres enjambe la rivière Jacquet.

«Le prix de la soumission, au 10 juin, était de 161 640$. Aujourd’hui, la facture s’élève à plus de 210 000$. Le club doit faire face à une hausse de 50 000$.»

Même cas de figure à Beresford. Pour traverser la rivière Millstream, les VTTistes auraient besoin d’emprunter un pont de 24 mètres de long. Initialement, le montant des travaux était de 68 000$. Désormais, il est de 78 000$. Le recours aux matériaux américains est incontournable.

«L’acier peut provenir du Canada. Mais il est expédié aux États-Unis par les fournisseurs pour y être transformé. Peu importe qu’il soit d’origine canadienne ou d’ailleurs, dès lors qu’il transite par les États-Unis, il est aujourd’hui surtaxé de 25% au moment de quitter le pays.»

La Fédération des véhicules tout terrain du Nouveau-Brunswick s’inquiète de la situation.

«Ça nous cause du tort à court et à long terme. D’ici 10 à 15 ans, on pensait relier toutes les pistes de VTT de la province entre elles et créer un important réseau. À cause du retard qu’on prend, ce maillage ne verra pas le jour avant 25 ou 30 ans maintenant», se désole Roger Daigle.

Retombées économiques

Le président ne se plaint pas uniquement au nom de passionnés qui cherchent à profiter pleinement de leur loisir. Il invoque des conséquences économiques non négligeables.

«On cherche à promouvoir nos sentiers auprès des provinces voisines. La tendance actuelle est de venir une à deux semaines et de ne faire que des pistes. Parce que notre réseau n’est pas complet, il n’est pas possible aujourd’hui de faire plus de deux ou trois jours de pistes. La demande est forte, mais on ne peut pas la contenter.»

En 2015, une étude démontrait que les retombées économiques annuelles, générées par le VTT au Nouveau-Brunswick, se chiffraient à 237 millions$. Deux ans plus tard, les conclusions de la même étude parlaient de 336 millions$.

L’enjeu est de taille, considèrent MM. Daigle et Ouellette. Comment esquiver le problème de la surtaxe?

«La fédération comprend 56 clubs qui n’ont pas les moyens financiers de prendre en charge de telles augmentations financières. Si le gouvernement ne contribue pas, nous ne nous en sortirons pas», déclare le président.

Avec la campagne électorale qui se profile à l’horizon, celui-ci redoute que ses doléances ne soient pas prises en compte avant plusieurs mois. Ce qui retardera encore plus leurs projets.

«Ça nous sera préjudiciable»

«Tout de suite, c’est très politique cette histoire de surtaxe sur l’acier. Mais c’est sûr que si ça fait augmenter le prix de notre pont, ça nous sera préjudiciable.»
Glenda Robichaud n’est pas inquiète, mais elle se sent néanmoins concernée par les conséquences de la politique de Trump.

Elle dirige le comité qui s’est formé peu après l’incendie ravageur de septembre 2017. Celui-là même qui a entièrement détruit le pont d’Inkerman utilisé par les VTTistes.

Depuis, Glenda et les siens militent pour que l’infrastructure soit reconstruite, et pas n’importe comment.

«Il nous faut un pont en acier et avec de l’asphalte. Celui qu’on a perdu était en bois. On ne veut plus de bois, pour ne pas revivre ce qui s’est passé.»
Dans ces conditions, la surtaxe américaine pourrait s’appliquer.

Fredericton a récemment lancé des études pour voir quel type de voie serait le plus approprié. Des ingénieurs planchent présentement sur la question.

«Le ministre et député Wilfred Roussel nous a dit qu’on devrait avoir un schéma et une idée des coûts d’ici l’automne», explique Glenda Robichaud.

Les premières estimations tablent sur un projet coûtant entre 2 et 6,5 millions$. Elles ne tiennent pas compte des 25% supplémentaires mis en place fin juin.

Afin de peser dans les discussions avec le gouvernement et d’avoir une marge de manœuvre, le comité a lancé une chasse à l’as.

Les tirages se déroulent les jeudis soir au Centre communautaire d’Inkerman et le prochain gros lot est estimé à 480 000$.

«Les gens qui prenaient l’ancien pont ont peur de passer par la route (la 113, NDLR). Il y a beaucoup de trafic. Avec les voitures, ce n’est pas évident. Il nous faut ce pont.»