EXCLUSIF – Élections provinciales : pas de débat en français à Radio-Canada

Les francophones du Nouveau-Brunswick pourraient devoir se passer d’un débat des chefs dans leur langue sur les ondes du diffuseur public durant les élections provinciales.

L’Acadie Nouvelle a appris que Radio-Canada Acadie prévoit remplacer le traditionnel débat des chefs en français par un forum citoyen bilingue en collaboration avec CBC.

Des citoyens seront invités à venir en studio poser un nombre égal de questions en anglais et en français aux chefs des partis politiques qui pourront y répondre dans la langue de leur choix.

Le diffuseur public entend avoir recours à la traduction simultanée en ondes et dans la salle.

La formule proposée par Radio-Canada et CBC ne fait pas l’affaire d’au moins un parti politique.

Le journal a obtenu une lettre signée par les coprésidents de la campagne du Parti libéral à l’attention des responsables des deux stations.

Dans leur missive datée du 14 août, Joan Kingston et le député Serge Rousselle demandent à Radio-Canada et CBC de «revoir» leur proposition qui risque à leur avis de susciter une «ferme opposition» de la part des Néo-Brunswickois «tant anglophones que francophones».

«Les électeurs francophones manqueront des portions entières de réponses dans leur propre langue et, à la place, entendront un ou une interprète tenter de traduire un événement en direct», dénoncent Mme Kingston et M. Rousselle.

«Si, par exemple, la question au sujet des soins de santé est posée en anglais, et le chef y répond en anglais, est-ce juste pour le tiers de francophones qui n’auront qu’entendu le chef par l’intermédiaire d’un ou d’une interprète au sujet de cet enjeu politique important?»

Les coprésidents demandent aux responsables de revenir «aux principes éprouvés» durant les élections précédentes avec deux débats dans «chacune des langues officielles».

Les responsables du Parti libéral n’ont pas souhaité nous accorder une entrevue, jeudi. La porte-parole du parti, Tina Robichaud, a toutefois indiqué que la participation du premier ministre Brian Gallant au forum n’a pas encore été confirmée.

Personne n’était disponible à Radio-Canada, jeudi en fin de journée, pour commenter le dossier.

Le président de la SANB, Robert Melanson. – Acadie Nouvelle: Archives

Le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Robert Melanson, dénonce la proposition du diffuseur public.

«C’est scandaleux de voir que l’on veut faire un débat bilingue quand on sait que le bilinguisme, c’est toujours majoritairement en anglais.»

«Nous sommes un peuple égal et nous avons droit à un débat distinct dans notre langue. Pour moi, c’est non négociable», dit-il.

Le premier chef de l’information de Radio Canada Acadie, Denis Robichaud, a défendu le choix du diffuseur public par courriel.

«Ce n’est certes pas la formule à laquelle nos téléspectateurs sont habitués, mais nous croyons que c’est la meilleure dans les circonstances actuelles.»

«Nous avons échangé avec les partis et malheureusement, suite à leur rétroaction, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il est impossible de tenir un débat traditionnel en français à la satisfaction de chacun des partis.»

«Ce forum citoyen veillera à ce que les gens du N.-B. puissent entendre les chefs dans les deux langues officielles sur une même tribune.»

Brian Gallant est le seul chef de parti parfaitement bilingue parmi les cinq leaders.

Le chef du Parti progressiste-conservateur, Blaine Higgs, apprend le français et a récemment lu en public des discours en français.

Selon le directeur général du parti, Paul d’Astous, M. Higgs ne serait toutefois pas en mesure de participer à un débat en français sans traduction simultanée.

«Ça serait très difficile pour M. Higgs et pour les téléspectateurs. Mais il n’y a pas seulement que M. Higgs qui n’aurait pas pu participer à un débat francophone.»

Le forum citoyen bilingue est une proposition de Radio-Canada et CBC et non une demande du Parti progressiste-conservateur, assure-t-il.

«Ce n’est pas à nous de déterminer comment Radio-Canada et CBC vont faire leurs débats.»

«On nous a présenté (la formule) du forum citoyen. Je crois que de cette façon tous les chefs auront la chance d’exprimer leurs positions aux gens du Nouveau-Brunswick.»

Le chef du Parti vert, David Coon, avait été écarté du débat en français de Radio-Canada en 2014. Il accorde toutefois souvent des entrevues en français aux médias et s’exprime en français sans notes.

Jennifer McKenzie du NPD parle un peu le français alors que Kris Austin de l’Alliance des gens ne le parle pas.

La campagne électorale commence officiellement le 23 août. Le scrutin aura lieu le 24 septembre.