Fausses nouvelles: Élections NB déclare la guerre

Faites preuve d’esprit critique avant de réagir à du contenu douteux sur votre fil d’actualité, alerte Élections NB. L’organisme prend les grands moyens pour s’attaquer aux fausses informations qui fleurissent sur les réseaux sociaux en période électorale.

Élections NB lance pour la première fois une campagne de sensibilisation appelant les électeurs de ne pas croire automatiquement tout ce qui circule en ligne. À l’approche de l’élection provinciale du 24 septembre, l’organisme appelle à se questionner sur la source et l’exactitude des renseignements véhiculés sur les médias sociaux.

«La croissance exponentielle de l’utilisation des médias sociaux pour influencer les élections a créé un champ de bataille numérique qui comporte peu de règles, voire aucune, pour garantir l’exactitude des informations véhiculée», avertit la directrice générale des élections, Kimberly Poffenroth.

La campagne se sert de messages volontairement ridicules publiés dans les médias sociaux – comme l’image du monstre du Loch Ness dans la rivière Miramichi – pour faire comprendre que ce qui est en ligne ne repose pas toujours sur des faits.

«Tenez-vous donc à bonne distance du bouton ‘‘Partager’’, prenez un instant pour réfléchir à ce que vous voyez et creusez un peu plus profondément», peut-on lire sur le site de l’organisme chargé de l’organisation du scrutin.

On y trouve également quelques conseils adressés aux internautes: ne pas se contenter de lire les manchettes, vérifier qui est l’auteur, vérifier les sources à l’appui.

«Posez-vous la question suivante: la nouvelle provient-elle d’un organe médiatique légitime dont vous avez déjà entendu parler? S’agit-il d’un site web satirique?»

Cet exercice est d’autant plus nécessaire que les gens ont tendance à croire des contenus qui correspondent à leurs opinions ou leurs préjugés et à faire fi de ceux qui contredisent leurs convictions.

Selon Kimberly Poffenroth, ce type de messages est devenu nécessaire à l’heure où les citoyens s’informent de plus en plus via Facebook ou Twitter et de moins en moins par l’intermédiaire de la presse institutionnelle.

«Les médias sociaux jouent un rôle énorme dans la vie de tout le monde et les fausses nouvelles sur internet ont reçu beaucoup d’attention médiatique dernièrement. C’est un problème récent et qui prend de l’ampleur.»

Intox, rumeurs, photomontages, les fake news ont parasité les derniers grands rendez-vous électoraux, en particulier la campagne américaine de 2016 et le référendum autour du Brexit. L’exemple le plus frappant est celui d’un article mensonger partagé plus d’un million de fois affirmant que le pape François soutenait Donald Trump.

La directrice générale des élections reconnaît que son organisation n’a ni la mission ni les moyens de débusquer les fausses nouvelles qui pullulent sur le web.

«Ce n’est pas notre rôle de vérifier l’exactitude de l’information partagée sur les médias sociaux, mais nous voulons jouer un rôle dans l’éducation des électeurs en leur rappelant d’être conscients des tentatives qui sont faites pour les influencer au moyen de renseignements erronés.»

Kimberly Poffenroth croit que la presse est bien placée pour combattre la désinformation qui prospère en ligne.

«Nous pensons que les médias traditionnels ont aussi leurs cartes à jouer, ils ont les ressources et les compétences pour vérifier les faits et enquêter.»

Les fausses nouvelles ont la vie dure au N.-B.

En pleine campagne électorale, les fausses nouvelles risquent de se multiplier, tout comme les contenus «tribaux», c’est-à-dire des contenus créés pour confirmer ou renforcer l’opinion d’un groupe de personnes.

Le Nouveau-Brunswick n’est certainement pas immunisé face à ce phénomène.

Plus tôt ce mois-ci, les administrateurs d’une page Facebook appelée «New Brunswick Proud» ont publié un prétendu «sondage» réalisé en ligne donnant 55,57% d’intentions de vote en faveur de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick en vue des élections de septembre.

La publication a été partagée plusieurs centaines de fois sur la plateforme et très peu d’internautes ont remis en question la méthodologie douteuse du sondage.

Pourtant, d’après le dernier coup de sonde entrepris par Corporate Research Associates, une firme d’Halifax spécialisée dans les sondages, le parti dirigé par Kris Austin ne récolte que 4% des voix des électeurs décidés.

Même les publications de sites web satiriques sont parfois prises au pied de la lettre. En 2015, un texte du site humoristique La Plaise au sujet d’un supposé règlement municipal interdisant le port de bas blancs à Edmundston a été pris au sérieux par de nombreux citoyens de la région.

La municipalité a reçu de multiples appels de résidents furieux et a dû signaler publiquement qu’il s’agissait d’un texte humoristique et qu’il ne fallait pas mordre à l’hameçon.

Facebook tente de s’attaquer au phénomène

En juin dernier, le géant Facebook a annoncé la mise en place d’un programme de vérification des faits pour lutter contre la diffusion des fausses nouvelles au Canada.

Les utilisateurs peuvent désormais soumettre à une équipe de vérificateurs indépendants des publications dans les deux langues officielles. Ce sont des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) qui vérifieront la véracité des contenus.

Si un article se révèle faux, le texte des vérificateurs de l’AFP sera envoyé à tous les utilisateurs qui l’ont partagé. Facebook alertera tout utilisateur qui serait tenté de partager les contenus et réduira sa visibilité dans les différents fils d’actualité. Le réseau social ne le supprimera toutefois pas. Les pages qui partagent constamment de fausses nouvelles verront aussi leur visibilité réduite.

Cependant, ce mécanisme s’applique uniquement aux nouvelles et non aux images et autres «mèmes» internet (NDLR: un élément culturel reconnaissable, répliqué et transmis par l’imitation), porteurs d’un message politique.

Dans une publication du 14 juin, Tessa Lyons, gestionnaire de contenu pour Facebook, reconnaît elle-même que le fact-checking comporte ses limites.

«Il n’y a souvent pas assez de vérificateurs pour examiner toutes les réclamations, écrit-elle. Cela peut prendre des heures, voire des jours, pour examiner une seule demande.»

La direction de Facebook a également fait savoir que d’autres mesures verront le jour d’ici les élections fédérales de 2019. L’entreprise américaine compte notamment miser sur l’intelligence artificielle pour l’aider à déterminer plus facilement ce qui pourrait être considéré comme des fake news.