Campagne électorale: qui prendra le parti des pauvres?

À l’approche des élections, les acteurs de la lutte contre la pauvreté appellent les partis politiques à prendre position en faveur des Néo-Brunswickois les moins fortunés.

En 2015, 123 000 Néo-Brunswickois se situaient sous le seuil de la pauvreté. Au 1er janvier 2018, 36 850 personnes vivaient de l’aide au revenu à travers la province.

La grande majorité d’entre elles vivent dans des conditions précaires et dépendent des banques alimentaires pour se nourrir, interpelle Maxime Dubé, secrétaire du Front commun pour la justice sociale.

L’organisme tente actuellement d’attirer l’attention des politiciens sur le sort des moins nantis et les appelle à renforcer le système de protection sociale. Il réclame en particulier une revalorisation du taux de base de l’aide sociale, qui n’a pas augmenté depuis 2010 pour les personnes seules aptes au travail et depuis 2014 pour les autres.

Selon Maxime Dubé, le bilan du gouvernement Gallant en matière de lutte contre la pauvreté est peu reluisant.

«Les augmentations de dépenses en matière de santé, d’éducation et de développement économique reçoivent généralement l’approbation du gouvernement. Par contre, celles en matière de sécurité sociale se font toujours attendre», dit-il.

Une personne seule sur l’assistance sociale reçoit un revenu de 7028$ par année, un montant dérisoire aux yeux de Maxime Dubé.

«Le coût du logement représente bien souvent 60% de leur budget. Il ne reste plus grand-chose pour manger, pour payer le transport ou s’habiller. Ce n’est pas possible de vivre décemment avec ce montant.»

La situation l’inquiète d’autant plus que le coût de la vie a augmenté de 13% depuis 2010, si bien que les bénéficiaires ont perdu 913$ de pouvoir d’achat.

«Leurs conditions de vie se dégradent et ça devient critique, alerte Maxime Dubé. Chaque personne doit avoir un minimum vital pour répondre à ses besoins essentiels.»

Le Front commun propose donc d’augmenter le taux de base de l’assistance sociale de 13% pour les individus aptes au travail et de 5% pour tous les autres bénéficiaires. L’organisme demande également l’augmentation du salaire minimum d’un dollar par année jusqu’à atteindre 15$ l’heure.

Au cours des dernières semaines, les membres du Front commun ont présenté leurs doléances aux chefs des principaux partis provinciaux. Ils espèrent ramener à l’avant-scène la question de la justice sociale alors que la campagne électorale débutera officiellement le 23 août.

«Le Parti vert et le NPD ont été les plus réceptifs mais on n’a pas reçu d’engagements concrets. On attend de voir leurs plateformes, on espère y retrouver certaines de nos propositions», note Maxime Dubé.

«Réparer le filet social»

La misère, René Ephestion la côtoie au quotidien. Le nouveau directeur général de la Maison Nazareth entend lui aussi porter la question de la pauvreté à l’oreille des politiciens.

Depuis 1979, le refuge vient en aide aux personnes démunies de la région du Grand Moncton en leur offrant un abri provisoire. Mais, la survie de l’organisme dépend essentiellement de la générosité de la population.

Les ventes à la boutique de vêtements usagés, les dons occasionnels et les collectes de fonds représentent 71% du budget de la Maison Nazareth. René Ephestion croit que la province ne les appuie pas suffisamment.

«Il nous faut une source de financement fiable. Nous sommes une organisation d’utilité publique, on rend un grand service à la communauté. Il est important que la province prenne sa part dans la lutte contre la pauvreté.»

Seulement 21% du financement est assumé par le ministère du Développement social, déplore René Ephestion.

«Les organisations comme la nôtre souffrent d’un manque de financement chronique. Il est essentiel de réparer notre filet social, de le rendre plus dense. Les fonds semblent se débloquer plus facilement pour les organismes de développement économique.»

Le directeur général du refuge compte bien profiter de la campagne électorale pour faire connaître ses besoins. L’an dernier, le refuge a offert un toit à plus de 700 personnes.

«On a vraiment besoin de faire rénovations dans les dortoirs et les salles de bains. Il faudrait aussi installer une thermopompe et revoir le système électrique. Si on ne fait rien, la maison va continuer à se détériorer», explique-t-il. Au total, le coût des travaux nécessaires s’élève à 150 000$.