Un soldat du N.-B. mort durant la Première Guerre mondiale identifié un siècle plus tard

Près de 10 000 Canadiens sont morts au combat durant la bataille de la cote 70, lors de la Première Guerre mondiale, en France. Un fermier de Birch Ridge, près de Saint-Paul au Nouveau-Brunswick, était du nombre, mais sa dépouille n’a été retrouvée que cent ans plus tard. Ses funérailles seront célébrées ce jeudi.

John Henry Thomas n’avait que 27 ans lorsqu’il s’est enrôlé dans le Corps expéditionnaire canadien des forces armées, en 1916. Le 19 août 1917, il est tué alors que son bataillon défend sa position contre les attaques allemandes à Lens, en France.

Joyce (Thomas) Lappage, aujourd’hui âgée de 77 ans, est consciente du sacrifice que son oncle a fait. Lorsqu’elle était plus jeune, à la ferme familiale près de Perth-Andover, une photo du monument canadien de Vimy – sur lequel le nom de son oncle est inscrit – était accrochée au mur, tout juste à côté d’une photo du soldat Thomas.

Cette photo du monument canadien de Vimy est toujours suspendue à un mur de la maison de Mme Lappage qui réside maintenant en Ontario.

En février dernier, peu de temps après avoir perdu son mari, le téléphone a sonné. On lui a expliqué que la dépouille de son oncle a été trouvée et qu’elle doit se rendre en France, plus tard cette année, pour les funérailles. Elle n’en croyait pas un mot.

«J’ai eu un appel. Ils ont commencé à m’en parler et j’ai raccroché parce que je pensais que c’était une fraude. Je voyais le même numéro après et je ne voulais pas répondre. C’est arrivé après le décès de mon mari. Alors, j’étais un peu émotive», explique Mme Lappage à l’Acadie Nouvelle.

Puis, des représentants du gouvernement lui ont laissé un long message. Elle savait que ce qu’ils disaient était vrai après avoir fait l’arbre généalogique de la famille.

«Je me suis dit que j’allais les appeler et que s’ils parlaient d’argent, j’allais raccrocher.»

Le tout était bel et bien vrai. Avec des membres de sa famille et une délégation du Canada, elle assistera donc aux funérailles de son oncle, jeudi, en plus de visiter l’endroit où son corps a été retrouvé ainsi que plusieurs monuments de la Première Guerre mondiale.

Funérailles pour quatre familles

Ces funérailles militaires permettront à la famille Thomas de tourner la page. Un moment triste, certes, mais aussi une bonne nouvelle.

«Je crois qu’il y aura quelques moments tristes parce que nous penserons à nos parents et à grands-parents. Je crois que ce sera aussi une célébration. Ce sera bien de savoir que son corps n’est pas enterré n’importe où et qu’il aura des obsèques convenables.»

Les funérailles du soldat Thomas seront célébrées en même temps que celles de trois autres militaires: le soldat William Del Donegan (20 ans), le soldat Henry Priddle (33 ans) et le sergent Archibald Wilson (25 ans). Les quatre seront enterrés au cimetière britannique de Loos de la Commonwealth War Graves Commission (CWGC), situé en périphérie de Loos-en-Gohelle, en France.

John Henry Thomas est né en 1889 dans le Sud du pays de Galles, au Royaume-Uni. Sa famille est plus tard déménagée au Nouveau-Brunswick où il a grandi pour plus tard devenir fermier.

Profession: anthropologue médico-légale

Les restes du soldat John Henry Thomas ont été trouvés alors que des travaux étaient exécutés sur le terrain d’une usine de plastique en France. Un véritable travail d’enquête du ministère de la Défense s’en est suivi pour confirmer son identité.

Sarah Lockyer est anthropologue médico-légale pour le ministère de la Défense. Le travail de cette scientifique originaire de la région de Moncton consiste à identifier les soldats canadiens tombés au combat lors des grands conflits.

Grâce à sa recherche, le soldat Thomas a pu être identifié.

«Il a été trouvé avec trois autres individus. J’ai fait l’analyse anthropologique des trois. L’information vraiment importante pour nous, c’est l’âge et la taille. Ça nous permet de dresser une liste de candidat avec cette information pour tous ceux qui sont manquants, dans la région où les soldats ont été trouvés», a expliqué Mme Lockyer.

Les dossiers militaires canadiens de la Première Guerre mondiale ont été archivés. Cela permet d’obtenir beaucoup d’information sur ceux qui ont fait l’ultime sacrifice pour leur pays. En consultant le dossier médical du soldat Thomas on peut apprendre qu’il avait les yeux bleus, les cheveux bruns et de bonnes dents. Il mesurait 5 pieds 8 pouces et pesait 160 livres au moment de se joindre aux forces armées.

Toute cette information a permis à Mme Lockyer de cibler sa recherche.

«D’après la région où les soldats ont été trouvés et le fait qu’il portait un écusson du 26e bataillon, ça nous a permis de concentrer nos recherches sur le 26e bataillon et ensuite des tests d’ADN nous ont permis d’identifier qu’il s’agissait bien du soldat Thomas.»

Des tests d’ADN, ça n’existait pas en 1917. Les ossements ont été analysés pour obtenir un échantillon qui a été comparé à avec celui d’un membre de la famille du défunt.

«On a trouvé, pour le soldat Thomas, je crois, l’une de ses sœurs. On a descendu les générations pour trouver celle qui a donné de l’ADN.»

Bonnie Murphy, une grande nièce du soldat Thomas a accepté de donner un échantillon de son ADN, ce qui a permis d’identifier avec certitude qu’il s’agissait bien de John Henry Thomas.

Mme Lockyer a maintenant réussi à identifier deux militaires originaires du Nouveau-Brunswick. Le premier était le sergent Harold Wilfred Shaughnessy, originaire de St. Stephen.

Il s’agit toujours d’une expérience très spéciale.

«Ça crée des liens très personnels. C’est plus qu’une histoire.»

Dans certains cas, découvrir l’identité d’une dépouille militaire peut parfois prendre de longues années.»