Élections 2018: pas de débat en français à Radio-Canada Acadie

Il n’y aura pas de débat des chefs en français à Radio-Canada Acadie durant la campagne électorale provinciale au Nouveau-Brunswick

Le diffuseur public a annoncé la nouvelle jeudi matin.

«Radio-Canada Acadie est extrêmement déçue de ce dénouement», a indiqué par communiqué la directrice générale de Radio-Canada Acadie, Colette Francoeur.

La société d’État avait d’abord suggéré de remplacer le débat des chefs en français par un forum citoyen bilingue, en collaboration avec CBC, pour permettre à tous les chefs d’exprimer leurs idées. L’absence du traditionnel débat en français a toutefois provoqué une levée de boucliers au Nouveau-Brunswick.

Radio-Canada est donc revenue à la table des négociations pour une «ultime tentative» de présenter un débat en français. Deux options ont été présentées aux partis: organiser un débat entre candidats francophones, sans les chefs, ou un débat des chefs en présence de substituts francophones pour les chefs qui ne parlent pas français.

Les libéraux ont refusé ces deux options.

«Présenter un débat en français a toujours été notre priorité et notre désir. En raison de cette incapacité d’avoir tous les partis en accord avec les options proposées, il est impossible de présenter aux Acadiens et francophones un débat en français», a ajouté Mme Francoeur.

La directrice de Radio-Canada Acadie, Colette Francoeur. – Gracieuseté

Les libéraux et les progressistes-conservateurs se renvoient la balle

Pour le chef du Parti libéral, Brian Gallant, ces deux options sont inacceptables. Il en va, selon lui, de la responsabilité des chefs de débattre et de présenter les idées de leur formation politique.

«Les personnes qui prétendent vouloir devenir premier ministre et représenter tous les Néo-Brunswickoises et les Néo-Brunswickois ont une responsabilité de débattre pour que les gens de notre province puissent entendre leur vision. Je suis prêt à n’importe quel moment à débattre avec les autres chefs des partis politiques à travers d’un débat de CBC, de Radio-Canada, de Rogers ou de CTV, en anglais ou en français, pour parler de notre vision», a lancé M. Gallant en conférence de presse jeudi matin.

Le Parti progressiste-conservateur a confirmé à Radio-Canada que son chef, Blaine Higgs, n’est pas en mesure de débattre en français.

«Je suis attristé qu’il n’y ait pas de débat des chefs en français à travers Radio-Canada. Je veux mettre au clair que ce n’est pas Radio-Canada qui est à blâmer pour l’annulation du débat des chefs en français. Le débat des chefs en français de Radio-Canada était mort au moment où Blaine Higgs a refusé de débattre en français», a indiqué M. Gallant.

Les coprésidents de la campagne libérale, Serge Rousselle et Joan Kingston, ont envoyé une lettre au diffuseur, jeudi soir, pour exprimer leur désaccord envers les deux scénarios.

«Notre position est claire et n’a pas changé. Le Parti libéral accepte de participer à un débat des chefs en français à Radio-Canada et un autre débat en anglais à CBC», affirment-ils dans la lettre dont le journal a obtenu copie.

«Il existe une raison fondamentale pour laquelle nous avons dans notre démocratie un débat entre ceux et celles qui aspirent à devenir premier ministre. Ce sont eux et elle que les gens ont le droit de voir débattre et défendre leurs idées et leur vision afin de prendre une décision éclairée.»

Le chef progressiste-conservateur renvoie la balle dans le camp des libéraux, les accusant d’utiliser la question de la langue pour éviter le débat.

«Je comprends pourquoi Brian Gallant veut se cacher derrière la langue. C’est une excuse.»

Blaine Higgs accuse le chef libéral de faire de l’ombre à son équipe en se faisant le seul porte-parole de son parti.

«J’ai une équipe. Il semble que Brian Gallant n’a que lui. Je suis prêt à laisser mes coéquipiers s’exprimer en français de façon plus éloquente que je ne pourrais le faire, afin de livrer un message important pour tous les Néo-Brunswickois. Notre message ne change pas selon la région», a déclaré en anglais M. Higgs.

Traduction simultanée: une bonne option, selon plusieurs intervenants

Au Parti vert, on affirme que les options avancées par Radio-Canada ne vont pas assez loin. La traduction ou l’interprétation simultanée devraient être offertes.

«Les Néo-Brunswickois et les Néo-Brunswickoises ont le droit d’avoir un débat des chefs dans leur langue. Nous recommandons une troisième option: de faire un débat de chefs en français avec la traduction simultanée pour ceux qui ont besoin», ont écrit les verts dans une lettre à Radio-Canada.

Même si le parti de David Coon propose cette option, le député de Fredericton-Sud soutient de ne pas avoir besoin d’un service d’interprétation pour débattre en français.

La cheffe du NPD au Nouveau-Brunswick, Jennifer McKenzie, avance ne pas avoir besoin d’un service d’interprétation pour débattre en français. Elle se dit «prête à le faire». Elle n’est pas non plus contre l’idée que des candidats aient recours à ce service «si c’est nécessaire» pour qu’un débat en français puisse avoir lieu.

SANB
Le président de la SANB, Robert Melanson. – Archives

La SANB évoque l’organisation de son propre débat

Le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Robert Melanson, appuie l’option de la traduction simultanée, si cela veut dire qu’elle permettra aux francophones de la province d’avoir un débat dans leur langue.

«Il faut un débat en français avec des animateurs francophones qui posent des questions en français. Doit-il y avoir la traduction simultanée pour un candidat? Eh bien, on a de bons traducteurs au Nouveau-Brunswick», a confié M. Melanson.

En fait, si Radio-Canada ne revient pas sur sa décision, M. Melanson soutient que la SANB pourrait organiser son propre débat.

«S’il faut que la SANB en organise un lui-même, on en organisera un si Radio-Canada n’est plus capable de desservir sa clientèle francophone», a-t-il avancé. – PaL

– Avec la collaboration du journaliste Mathieu Roy-Comeau