Inviter la prochaine génération à voter

Un peu moins de la moitié des jeunes âgés de 18 à 24 ans ont voté lors des élections provinciales de 2014. Élections Nouveau-Brunswick lance un projet pilote pour renverser la tendance et inviter les citoyens de demain à participer au processus démocratique dès aujourd’hui.

En collaboration avec l’organisme sans but lucratif Civix et le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, l’agence propose aux jeunes une simulation qui ressemble drôlement à la réalité.

Ils pourront suivre la campagne électorale, débattre des programmes des différents partis, poser des questions aux différents candidats et voter le 24 septembre.

Les résultats de «leurs» élections seront diffusés en ligne le même soir que les véritables élections, après la fermeture des bureaux de scrutin.

Ce projet lancé au coût de 100 000$ s’adresse aux élèves de la 4e à la 12e année.

Jusqu’à maintenant, près de 150 écoles, en provenance de 47 des 49 circonscriptions, ont confirmé leur participation.

Seulement les écoles des circonscriptions de Shippagan-Lamèque-Miscou et Portland-Simons (région de Saint-Jean) se font toujours tirer l’oreille.

Cette initiative vise à donner un peu de vigueur au vote des jeunes, qui était seulement de 44,1% lors du dernier scrutin provincial.

«Les élèves auront la chance de participer à une simulation des élections en votant pour les mêmes candidats que leurs parents ou les membres de leur famille lors de la prochaine élection provinciale», explique la directrice générale des élections, Kimberly Poffenroth.

«On veut favoriser l’engagement des jeunes envers le processus électoral. Nous voulons que ce soit normal pour eux d’aller voter quand ils auront 18 ans. Ils n’auront pas à y penser deux fois. Ils vont connaître le processus et ils vont comprendre à quel point il est facile d’exercer leur droit de vote.»

À l’école secondaire d’Oromocto, plus de 1000 élèves de la 9e à la 12e année auront le droit de vote lors de cette simulation.

«C’est important pour les élèves de connaitre notre système démocratique», mentionne Susan Belliveau, enseignante d’immersion française et de sciences humaines.

«On veut leur donner une expérience réelle, pas seulement un enseignement théorique. Je pense que les jeunes d’aujourd’hui ne s’intéressent pas assez à la politique. Je veux qu’ils deviennent de bons citoyens et qu’ils comprennent qu’on a besoin de tout le monde, que ce soit leurs parents, leur famille ou leurs voisins, pour avoir une bonne communauté et une bonne province. On veut qu’ils sachent qu’ils sont importants et qu’ils votent quand ils auront 18 ans.»

Jusqu’à maintenant, trois des quatre candidats dans Oromocto-Lincoln (du Parti libéral, du Parti progressiste-conservateur et de l’Alliance des gens du N.-B.) ont confirmé qu’ils offriront une présentation aux élèves.

Mme Belliveau attend toujours une réponse du Parti vert.

Elle dit ne pas craindre de voir l’exercice tomber dans la partisanerie.

«Comme enseignante, mon rôle est de leur fournir l’information dont ils ont besoin, pas mes propres convictions politiques. Ce sera à eux de prendre leur décision. Je veux qu’ils pensent par eux-mêmes. Nous n’avons aucun biais envers un parti ou l’autre», affirme-t-elle.

Le vote se déroulera à la cafétéria de l’école le 23 septembre, soit la journée avant les véritables élections.

«Les jeunes ne sont pas obligés de voter. On va leur donner l’information et leur passer le message que c’est important de voter, mais s’ils décident de ne pas le faire, ce sera leur choix. Comme dans la vraie vie. C’est notre droit au Canada.»

Susan Belliveau a déjà fait l’exercice avec ses élèves lors du scrutin fédéral de 2016 avec beaucoup de succès.

Une première au N.-B.

«On veut inciter le devoir civique chez les jeunes, mais aussi leur donner le sentiment que leur voix compte.»

Voilà la mission que s’est donnée Civix, un organisme sans but lucratif et non partisan créé en 2003.

Il s’agit pour lui du 39e projet de la sorte, incluant celui réalisé plus tôt cette année en Colombie-Britannique.

C’est la première fois que l’organisme réalise un partenariat avec Élections Nouveau-Brunswick et le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance.

Le but visé est de développer les aptitudes citoyennes chez les élèves de partout au Canada.
«On veut que les jeunes développent ce qu’on voit chez les adultes, soit de voter aux trois ordres de gouvernement (municipal, provincial et fédéral), mais aussi de garder les personnes qu’on a élues responsables entre les élections», mentionne la gestionnaire de la promotion et des relations avec les partenaires de Civix, Frédérique Dombrowski.

«C’est une tendance qu’on voit d’une élection à l’autre, les jeunes votent moins que les générations précédentes. Habituellement, on voit une différence d’environ 20 points entre les jeunes et la population plus âgée», ajoute-t-elle.

«La tendance s’est renversée pour la première fois en 2015 (depuis les années 1990) et on veut contribuer à ce changement. On veut que lorsque les jeunes atteignent l’âge de 18 ans, ils aient voté déjà trois ou quatre fois à travers le programme du vote étudiant et ils soient familiers avec le processus.»

Les élèves des différentes écoles du Nouveau-Brunswick vont soumettre des questions d’ordre général ou sur un enjeu précis par vidéo aux candidats de leur circonscription durant l’exercice.

«On voit que les partis sont intéressés par les résultats parce que c’est une bonne façon pour eux de prendre le pouls de la jeunesse. Mais on n’a jamais eu d’occasion où les partis ont tenté de s’ingérer dans notre processus», assure-t-elle.

Les raisons qui expliquent le désintéressement des jeunes sont nombreuses, mais Civix tente d’endiguer le phénomène.

«Souvent, les jeunes ne savent pas comment voter. Ça peut être intimidant quand on a 18 ans de se présenter à un endroit pour voter, alors qu’on ne comprend pas le processus», mentionne Frédérique Dombrowski.

«Quand on prend la peine de leur expliquer et qu’on ne les infantilise pas, on voit un intérêt de la part des élèves, surtout quand ce sont des sujets qui leur tiennent à coeur.»

L’environnement et la légalisation du cannabis sont des enjeux particulièrement prisés des jeunes en 2018.