Campbellton a tranché, les non-résidents devront payer

Face au refus de la majorité des communautés restigouchoises de participer au financement de son Centre civique Memorial, le conseil municipal de Campbellton a décidé, lundi soir, d’appliquer des frais supplémentaires aux non-résidents qui utilisent son infrastructure.

Le conseil municipal de Campbellton n’aura finalement pas obtenu l’appui espéré de la part de ses voisins pour le financement de son complexe sportif. En conséquence, tous les non-résidents de la Ville demeurant au Restigouche et dans la région d’Avignon du côté gaspésien devront adhérer au Centre civique par le biais d’une carte loisir.

Les détails – montants individuels, pour famille, visiteurs, hockey mineur, etc. – seront dévoilés plus tard en semaine.

La décision d’aller de l’avant avec l’imposition de frais aux usagers pour non-résidents a été discutée lundi soir par le conseil. La réunion à huis clos aura duré près de trois heures trente.

«C’est comme au golf. Si tu n’es pas membre du club, tu ne rentres pas et tu ne joues pas. C’est simple comme ça», a exprimé la mairesse Stéphanie Anglehart-Paulin, notant que le centre doit ouvrir ses portes la semaine prochaine au grand public.

La Ville a lancé il y a deux semaines un ultimatum à toutes les municipalités et DSL inclus à l’intérieur des frontières de la CSR-Restigouche. Elle exigeait qu’elles déboursent un certain montant à même le taux foncier afin de financer le Centre civique Memorial, un centre sportif comprenant notamment deux aires de glace ainsi qu’une piscine.

Elle justifiait sa demande par le fait que, selon ses chiffres, la majorité des utilisateurs provenait de l’extérieur des limites de la Ville alors que ce sont ses citoyens qui contribuent au maintien et fonctionnement du bâtiment.

L’an dernier, l’infrastructure a engendré un déficit d’opération de 1,2 million $.

Avec cette décision, Campbellton fait le pari de voir les non-résidents continuer d’utiliser son infrastructure en dépit des coûts supplémentaires énormes demandés. Dans le cas contraire, où ceux-ci bouderaient la carte loisir, la Ville n’a-t-elle pas peur de devoir mettre la clé sous la porte?

«Si les gens font le choix de ne pas jouer, on va simplement fermer les lumières, baisser le chauffage et renvoyer nos employés chez eux plus tôt lorsqu’il n’y aura pas de location de glace. Même chose pour la piscine. En fin de compte, si ce n’est pas utilisé, on fait des économies quand même. On espère que ce ne sera pas ce qui va arriver, que les gens vont plutôt continuer de l’utiliser, mais on n’a plus le choix. Le fardeau financier est trop grand et la décision qu’on a prise ce soir va nous aider», croit la mairesse.

Dans l’incapacité de contribuer

Le conseil municipal d’Atholville a répondu négativement à la requête de Campbellton la semaine dernière.

«On a pris connaissance de la demande. On s’est penché sur la question, mais dans les conditions actuelles, on ne peut pas contribuer», confie son maire, Michel Soucy, invité à justifier sa décision.

«Il faut trouver des solutions et j’ouvre la porte à la discussion avec la Ville et tous les autres partenaires de la région. Qu’on s’assoit et qu’on regarde ce que l’on peut faire pour augmenter les revenus du centre et en réduire les coûts. On est prêt à travailler sur des solutions», ajoute-t-il.

Le maire a produit un tableau comparatif démontrant l’écart sans cesse croissant entre l’assiette fiscale de la Ville de Campbellton et la sienne. Selon les chiffres avancés, l’assiette fiscale de la cité serait passée de 421,8 millions $ en 2012 à 586,8 millions $ en 2018, une hausse de 164 millions $.

À l’inverse, l’assiette fiscale d’Atholville est passée de 153,9 millions $ à 127,6 millions $, une performance largement attribuable à la dévaluation de son usine de pâte. M. Soucy estime la hausse de l’assiette fiscale de sa voisine à près de 3 millions $ de plus dans ses coffres.

«Mais chez nous, notre assiette fiscale est toujours 18% plus bas de ce qu’on était en 2013. Ça ne nous permet pas d’aller chercher de l’argent pour appuyer le Centre civique», note-t-il.

Il avoue ne pas comprendre comment Campbellton peut avoir de la difficulté à ce point au niveau financier avec une assiette fiscale qui connaît une telle croissance.

«Et parmi ces nouveaux revenus, d’ailleurs, il faut souligner l’école régionale le Galion. On perdu trois écoles à Atholville dans cette aventure, et le résultat c’est que ça profite à Campbellton. Le nouveau Centre hospitalier régional, la nouvelle unité pour jeunes en difficultés actuellement en construction… Tout ça, c’est de l’argent qui profite à Campbellton et pas aux autres communautés. Iil faut être équitable. Oui, le Centre civique coûte cher, mais la Ville reçoit amplement sa juste part de tous les autres services régionaux», ajoute M. Soucy.