Boudreau-Ouest: un tipi au centre d’une querelle de voisinage

Un groupe formé de trois Acadiens et trois membres de Premières nations veut créer un «parc d’amitié» sur un terrain riverain de Boudreau-Ouest, une communauté de Beaubassin-est, près de la plage Parlee. Ils n’ont cependant pas accès au site, coincé entre cinq maisons et le détroit de Northumberland.

Gary Augustine, de la Première nation d’Elsipogtog, a érigé un tipi, samedi, près de l’intersection des chemins Euclide-Léger et Davidson, à Boudreau-Ouest.

Avec une petite équipe de sa communauté, il a installé de longs morceaux de bois et une grande toile sur un droit de passage qui mène vers la mer. Des dizaines de curieux du voisinage sont venus les regarder travailler.

Une fois le tipi installé, M. Augustine a accueilli des visiteurs acadiens et micmacs à l’intérieur. Son projet se veut un effort visant à tisser des liens entre les deux communautés.

La structure sert aussi à envoyer un message aux voisins. L’homme d’Elsipogtog – ainsi qu’une demi-douzaine de ses collègues acadiens et micmacs – demande l’accès aux terres riveraines situées à une quarantaine de mètres à l’est de son tipi.

«On a érigé un drapeau pour dire que les Micmacs sont de retour, et nous sommes ici pour rester», assure M. Augustine.

Le terrain revendiqué, une bandelette d’environ 100 mètres sur 15 mètres composée presque entièrement d’un mur d’enrochement, appartenait anciennement à l’ancien député libéral de Shediac, feu Azor LeBlanc. M. LeBlanc a légué la propriété, qui était un champ de gazon avant l’installation des roches, à ses deux fils, Gilles et Michel.

Tout récemment, les frères ont cédé une partie des terres à des amis de la Première nation d’Elsipogtog en vue de le transformer en «parc d’amitié», soit un espace visant à resserrer les liens entre les Autochtones et les Acadiens. Le nom de six personnes figure sur le contrat de propriété: Gilles et Michel LeBlanc, Odette LeBlanc-Babineau, Gary Augustine, Annie Clair (aussi d’Elsipogtog) et Les Productions et Services juridiques de la Vieille Rivière (entreprise de Paryse Suddith).

Le groupe n’a cependant pas les moyens à accéder à ses terres à pied.

Il y a quelques années, le résident à l’extrémité ouest du terrain en question est allé devant les tribunaux afin de revendiquer que la section riveraine devant sa maison – qui appartenait aussi à Azor LeBlanc – soit intégrée à sa propriété. Il a fini par avoir gain de cause.

La manoeuvre a eu l’effet de bloquer l’accès au reste de la terre qui appartient aujourd’hui au groupe de MM. LeBlanc et Augustine. Pour s’y rendre, ils doivent donc passer par le détroit de Northumberland ou «prendre un hélicoptère».

«On n’a malheureusement pas assez d’argent pour acheter un hélicoptère», affirme en riant Gilles LeBlanc.

«Il (M. Augustine) a dit que son tipi va rester où elle est jusqu’à ce qu’il ait le droit de l’emporter sur la terre qui lui a été léguée. Une fois que la situation est réglée, il va l’emporter devant les résidants dans le parc d’amitié. Si les résidants ne sont pas contents, on leur dit “ça ne vous appartient pas. Avoir une vue de la mer est un privilège, pas un droit.”»

Quant à savoir s’il est possible d’installer des tipis sur la propriété rocheuse, M. LeBlanc répond «certainement!».

«Et on ne va pas juste en installer une. On va peut-être en mettre quatre ou cinq en avant.»

«Mais on ne le fait pas par mépris. On veut se servir positivement de notre terre», assure-t-il.

M. LeBlanc affirme que son père a offert aux propriétaires des cinq maisons en jeu d’acheter les lots de terre en bordure de mer en 2005, mais ils auraient refusé étant donné qu’ils prévoyaient qu’ils seraient perdus à l’érosion.

Il ajoute que l’installation des roches pour prévenir l’érosion sur la bandelette de terre était illégale.

Une surprise pour les voisins

Plusieurs voisins n’avaient pas été avisés que M. Augustine allait installer un tipi à Boudreau-Ouest, ce week-end.

Curieux, plusieurs sont allés près du site afin de voir ce qui se passait.

«Il y a plusieurs membres de la communauté présents durant l’installation. C’était une surprise pour nous», affirme André Touchburn, un résident du secteur.

M. Touchburn remet en question la légalité de l’installation de la structure dans un droit de passage qui mène à la mer. Il a interrogé la Commission des services régionaux du Sud-Est sur le dossier. Il attend toujours une réponse.

Il souligne cependant qu’il est toujours possible d’accéder la mer à pied en marchant autour du tipi. Les voisins gardent la tête froide dans cette affaire, assure-t-il.

«On trouve que c’est une belle structure. C’est original. Mais on aura des discussions avec les autorités à savoir s’ils ont le droit de laisser la structure dans un droit de passage.»

Quant à la question de la bandelette de terre située entre cinq résidences à l’est du tipi et la mer, M. Touchburn a de la peine à s’imaginer qu’on peut y installer un parc ou des tipis, étant donné qu’il s’agit essentiellement d’une falaise rocheuse.

Il a préféré ne pas commenter la question du droit de propriété de la terre, étant donné que la question pourrait se retrouver devant les tribunaux.