Tourisme: l’un des pires étés en cinq ans pour l’industrie hôtelière de Moncton

Alors que l’été tire à sa fin et la plupart des vacanciers sont rentrés chez eux, l’heure est au bilan de la saison touristique au Nouveau-Brunswick. Bien que plusieurs opérateurs touristiques de la province aient réussi à brasser de bonnes affaires, l’industrie hôtelière du Grand Moncton en a particulièrement pris pour son rhume.

Le mois de juillet a été particulièrement difficile pour les hôtels du Grand Moncton, dit Gérald Normandeau, président de l’Association des hôteliers du Grand Moncton et directeur général du Crowne Plaza de Moncton. Selon les données compilées par la firme Smith Travel Research, le taux d’occupation des chambres d’hôtels de la région a chuté de 10 à 13%.

«À Moncton, on parle probablement de l’un des pires étés depuis quatre ou cinq ans. Surtout juillet. Ç’a été difficile. Août a été un peu mieux.»

M. Normandeau a plusieurs hypothèses pour expliquer cette situation, y compris l’absence d’un événement majeur permettant d’attirer de grandes foules ainsi qu’une hausse du nombre de gens qui se tournent vers des services comme Airbnb pour réserver un logement.

À l’heure actuelle, plus de 300 logements sont disponibles sur le site de location. En comparaison, le Crowne Plaza compte 191 chambres et le Delta Beauséjour en compte 315.

«Avec Airbnb, c’est comme avoir un autre hôtel de 300 chambres en ville. Bien sûr, on a vu de nouveaux hôtels ouvrir à Moncton au cours des dernières années, mais c’est de la concurrence égale. On paie tous les mêmes taxes et des droits de franchises. Avec Airbnb, la province et la ville perdent des taxes et la plupart des endroits qui offrent une chambre ne sont pas réglementés (par les normes de l’industrie).»

La plage Parlee de Shediac. – Archives

L’effet Parlee

Les questions entourant la qualité de l’eau à la plage Parlee, à Shediac, ont également eu un impact considérable sur le tourisme dans le sud-est de la province.

«Selon ce que j’entends, ils ont connu des grandes diminutions là-bas. (…) Parlee Beach, c’est vrai que c’est à 25 minutes de Moncton, mais c’est tellement une grande attraction pour les Québécois, les Ontariens, etc, qu’on ressent l’impact aussi», dit M. Normandeau.

Selon les données dévoilées en 2017 par le ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture, le nombre de visiteurs à la plage a chuté de 26% l’an dernier. Les premiers indicateurs ne permettent pas de croire que Shediac s’est complètement remis de cette situation.

Cette année, en date de la mi-août, la baisse serait d’environ 10%, dit Ron Cormier, président de la Chambre de commerce du Grand Shediac en citant des chiffres qui lui ont été fournis par le gouvernement provincial.

«C’est sûr et certain que cette situation a fait du tort à des entreprises de la région», explique M. Cormier, propriétaire de l’entreprise Croisières de la baie de Shediac.

L’entrepreneur a confiance que les choses reviendront à la normale en 2019. En 2017, la province a annoncé son intention d’investir 3 millions $ pour remédier au problème de pollution bactérienne dans les eaux récréatives de la plage Parlee.

Un autre rapport préparé par la province au printemps 2018 a démontré que près de 99% des 1452 échantillons pris du 15 mai au 9 octobre 2017 respectaient les normes canadiennes pour l’eau récréative.

«On a eu de la mauvaise publicité au bout. L’eau de la plage Parlee a été bonne la vaste majorité du temps. On a pas le contrôle sur ce que les médias publient, mais ça nous a fait du tort. Quand nos petites entreprises ont seulement 8 à 10 semaines pour faire leur gagne-pain, ce genre de nouvelle affecte toute la région.»

L’impact de la canicule

L’été 2018 a aussi été très chaud et sec, particulièrement lors des premières semaines de juillet. Le manque d’eau a parfois rendu la vie difficile à Marie-Christine Arpin, propriétaire d’Arpin Canoe Restigouche, une entreprise située près de Kedgwick. À certains moments, le niveau d’eau des rivières empruntées par les canoteurs était très bas. De plus, une interdiction de faire des feux a été en vigueur pendant plusieurs jours.

«Notre saison a été bonne, mais on eut un peu peur vers la fin juillet, parce que ça commençait à être sec. Les niveaux d’eau sont remontés depuis. Il y a eu plusieurs journées où on n’avait pas le droit de faire de feux et mine de rien, quand on fait du canot et du camping, le feu au bord de la rivière fait partie de l’expérience.»

Les niveaux d’eau se sont restabilisés à tel point que Mme Arpin a décidé de prolonger sa saison jusqu’à la fin septembre.

«L’an dernier à pareille date, on a dû fermer parce que l’eau était trop basse, mais là, ça se poursuit.»

Jinnie Haché, gérante de la Cabane à cône à Pokemouche. L’endroit est devenu une halte routière très populaire au cours des dernières années.-Acadie Nouvelle: David Caron.

Offrir de nouvelles expériences uniques

Plusieurs entreprises du Nouveau-Brunswick ont profité de l’été pour offrir de nouvelles expériences aux visiteurs. Le Centre d’expérience de la rivière Restigouche, à Campbellton, figure parmi ces nouveaux lieux à découvrir.

L’établissement est ouvert depuis 2017.

«Je ne pense pas qu’on puisse encore se vanter d’être un incontournable, mais le nombre de visiteurs augmente.»

Environ 1500 campeurs ont profité du camping cet été, une hausse d’environ 100 personnes par rapport à l’an dernier. D’autres visiteurs sont attendus en septembre, indique Mathieu Bureau Meunier, coordonnateur en tourisme expérientiel au centre.

Mathieu Bureau Meunier a développé plusieurs nouvelles expériences à offrir aux visiteurs, y compris des ateliers de pêche à la mouche, la location de «fat bikes» et une visite guidée à pied pour découvrir l’histoire de Campbellton et du Restigouche.

Originaire du Québec, Mathieu Bureau Meunier a souvent associé le Nouveau-Brunswick à la Péninsule acadienne, la baie de Fundy, Moncton et les fruits de mer. Il ne connaissait pas vraiment le Restigouche. À son arrivée en janvier 2018, il a immédiatement été saisi par la beauté du coin. Il veut faire connaître sa région d’adoption.

«Je suis arrivé en pleine tempête de neige, mais j’ai vu la beauté des lieux et le potentiel énorme de l’endroit. C’est une partie du Nouveau-Brunswick qui est intéressante à découvrir. L’histoire ici est extrêmement riche et s’est développée en parallèle à celle du reste de la province en général. La région ne s’est pas développée en même temps ni pour les mêmes raisons.»

Une halte routière hors de l’ordinaire

Depuis quelques années, une halte routière plutôt insolite continue de se faire remarquer à Pokemouche, dans la Péninsule acadienne. La Cabane à Cône et la Cabane du Jardin ne vendent pas uniquement de la crème glacée et de belles plantes. L’endroit se veut aussi un lieu où les familles peuvent s’arrêter quelques minutes pour se dégourdir les jambes après plusieurs heures de route.

La halte comprend non seulement un parc pour enfants, mais également un jeu gonflable, un poulailler et surtout des statues de dinosaures, d’un coq géant, d’un chimpanzé et d’autres animaux.

«Quand tu viens ici, ce n’est pas quelque chose que tu vois nécessairement ailleurs. Les jeux sont gratuits. Beaucoup de gens arrêtent prendre un pique-nique et ensuite, ils passent par la cabane pour prendre un petit dessert», souligne Jinnie Haché, gérante de la Cabane à cône.

Chaque année, la famille LeBreton, propriétaire de l’endroit, ajoute de nouvelles attractions.

«Ils adorent les enfants et ils voulaient créer un endroit où ils peuvent simplement s’amuser et avoir du plaisir. Les activités pour les enfants, ça leur tient beaucoup à coeur.»

En misant sur une formule sans prétention qui fait ses preuves, l’endroit connaît un grand succès. Au moins 500 personnes y arrêtent chaque jour, dit Mme Haché.

«On est un endroit le fun où tu t’arrêtes avec les enfants. Les vacances peuvent coûter cher. Ici, les gens peuvent participer à des activités gratuites, à moins d’acheter quelque chose. Les touristes apprécient ça et en même temps, ça leur permet de voir quelque chose de nouveau.»