Payant le métier de député au Nouveau-Brunswick?

La question portant sur la rémunération des élus provinciaux demeure un sujet tabou, surtout lorsqu’elle est abordée en pleine campagne électorale.

Les candidats et les principales formations politiques préfèrent éviter la question qui est toujours loin de se trouver dans le bac à promesses électorales.

Un survol de la rémunération des élus à travers le pays permet de constater que les députés néo-brunswickois font figure de parents pauvres à ce chapitre.

Du premier ministre jusqu’aux simples députés d’arrière-ban, les salaires versés aux élus de la province sont les plus bas au pays, à l’exception de l’Île-du-Prince-Édouard.

Un député qui siège à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick a eu droit en 2017 à un salaire annuel de 85 000$. Le premier ministre Brian Gallant a quant à lui touché 151 311$.

C’est certes une rémunération beaucoup plus élevée que celle d’un travailleur rémunéré au salaire minimum, dont le salaire dépasse à peine 23 000$ par année.

Si l’on compare toutefois ce traitement annuel à celui des députés fédéraux, l’écart est important.

Un simple élu à la Chambre des communes, même s’il ne participe pas à une quelconque commission parlementaire au cours de l’année et n’occupe aucune fonction officielle au sein de son parti, a droit à un salaire de 175 600$, en plus d’une allocation annuelle qui se chiffre à 30 240$.

Cette rémunération est 2,5 fois supérieure à celle d’un élu du Nouveau-Brunswick qui effectue un travail similaire et qui consacre autant d’heures de travail que son homologue fédéral.

Elle est également largement supérieure à celle du premier ministre, qui dirige pourtant les destinées de la province.

Si l’on pousse cet exercice de comparaisons encore plus loin, il faut rappeler que le Nouveau-Brunswick comptait en 2017 un total de 28 médecins dont la rémunération a atteint ou dépassé un million de dollars.

Gaëtan Thomas, l’actuel président-directeur général d’Énergie NB, a quant à lui eu droit à un traitement annuel d’au moins 500 000$ l’année dernière.

Il faut de plus préciser que les élus de l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick n’ont pas touché d’augmentation salariale depuis déjà 10 ans.

De longues journées

Questionné à ce sujet, l’ancien député néo-démocrate Yvon Godin est on ne peut plus clair.

«Tu ne te lances pas en politique pour faire un coup d’argent, loin de là!», affirme sans détour le vétéran et retraité de la scène fédérale.

Yvon Godin – Archives

«Ça peut paraître élevé pour la population en général ou pour quelqu’un qui est payé au salaire minimum, mais il faut se rappeler que le travail d’un député en est un de sept jours par semaine et 12 mois par année. Même en congé, tu dois rencontrer des gens ou encore voyager», ajoute celui qui a représenté la circonscription d’Acadie-Bathurst de 1997 à 2015.

«Que tu sois en avion, en voiture ou n’importe où ailleurs, tu es quand même loin de ta famille et de ta maison», illustre-t-il.

Yvon Godin a raconté en entrevue que lors d’une journée normale de travail, il se présentait à son bureau d’Ottawa vers 7h15 en matinée, avant d’y ressortir vers 21h.

Selon lui, le salaire d’un député provincial n’est sommes toute pas énorme, considérant le fait que celui-ci doit représenter sa communauté et encaisser parfois des coups qui sont inhérents à la vie politique.

«Pour avoir un bon député qui représente bien sa région et les gens, il faut un salaire raisonnable qui va avec… Je ne peux pas dire que les députés sont actuellement choyés».

Toujours selon lui, le budget de fonctionnement des députés qui est alloué pour le bureau de circonscription est également insuffisant.

«T’as besoin d’un bon personnel en place si tu veux bien servir ta population et être capable de répondre aux nombreux téléphones et aux demandes qui sont formulées à longueur de journée. Je sais que certains députés utilisent leur propre salaire pour payer des dépenses et offrir certains services aux gens», a indiqué Yvon Godin.

Questionné à son tour par l’Acadie Nouvelle, l’ancien député provincial Brian Macdonald n’hésite pas à parler d’un sujet qui est sensible, tant pour les élus que pour les électeurs.

«Le salaire d’un député au Nouveau-Brunswick n’est pas si mal que ça, si on le compare au salaire moyen d’un travailleur de la province», affirme d’emblée l’ancien représentant de la circonscription Fredericton-Ouest-Hanwell.

«Aussi, les ministres, le président de l’Assemblée législative, les présidents de caucus ou les whip de parti gagnent plus que le salaire de base», rappelle Brian Macdonald.

Brian Macdonald. – Archives

L’ancien candidat à la direction du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick a indiqué en entrevue avoir travaillé en moyenne une soixantaine d’heures par semaine à l’époque où il était député provincial.

Un simple calcul effectué à partir de ces données permet d’établir le taux horaire d’un député d’arrière-ban à 27,24$, une somme qui est pratiquement identique à celle versée à un travailleur moyen au Canada.

Ce montant peut paraître dérisoire si on le compare aussi au salaire moyen des PDG des grandes entreprises canadiennes qui a atteint 10,4 millions de dollars en 2018.

Brian Macdonald est aussi d’avis que la rémunération des élus fédéraux au pays est nettement trop avantageuse par rapport à celle des élus du Nouveau-Brunswick.

«C’est quand même un peu bizarre qu’un simple député à Ottawa gagne beaucoup plus d’argent que le premier ministre Brian Gallant…»

L’ancien militaire et whip du gouvernement de David Alward a également mis en lumière le fait que certains sous-ministres provinciaux ont un salaire qui est supérieur à celui du ministre titulaire et même à celui du premier ministre du Nouveau-Brunswick.

On ne touche pas au salaire des députés!

Cela prend une bonne dose de courage et un argumentaire taillé sur mesure pour qu’un gouvernement puisse octroyer ou proposer une hausse salariale des députés élus.

Encore plus en pleine période électorale, alors que le geste pourrait être qualifié de pur suicide politique.

«Les salaires des députés ont été gelés pour refléter l’état des finances de la province. En outre, le premier ministre a eu une réduction de salaire de 15%, tandis que les ministres ont eu une réduction de 10% en 2015. Pour nous, augmenter les salaires des députés n’est pas une priorité», a expliqué Jonathan Tower, le porte-parole de l’Association libérale du Nouveau-Brunswick.

Du côté de leurs rivaux progressistes-conservateurs, le message est le même.

«Avec chaque indicateur financier dans la province se dirigeant dans la mauvaise direction, ce n’est pas le moment de se récompenser. Je considérerais seulement une révision des salaires des élus une fois le budget équilibré», a affirmé le chef conservateur Blaine Higgs.

«C’est un bon truc politique que de diminuer le salaire des politiciens comme on l’a fait au Nouveau-Brunswick, c’est attirant pour l’électorat», estime l’ancien député Brian Macdonald.

Selon lui, un tribunal indépendant formé de citoyens ordinaires devrait veiller à trancher l’épineuse question des salaires versés aux députés provinciaux et non pas les élus eux-mêmes.