Centre Kent-Nord: un plat bien mijoté

Richibucto et la communauté de Kent-Nord ont-elles réussi, avec leur Centre Kent-Nord Imperial, là où plusieurs municipalités se sont cassé les dents? Portrait d’une recette de gâteau qui a bien levé.

Les patins de Roger Doiron ont des lames rouillées. Soit le maire de Richibucto décide de les nettoyer ou qu’il s’en achète une autre paire pour quand il posera le pied sur la patinoire du nouveau complexe multifonctionnel.

Ce premier tour de glace s’annoncera très émouvant pour celui qui a mené à bien ce projet de 9,9 millions $ venu remplacer le Centre J.-Charles Daigle, rasé par un incendie en 2009. Si le feu a détruit le coeur de la communauté, il va battre de nouveau à la mi-novembre dans ce bâtiment comprenant une patinoire, 600 sièges, un gymnase double, une piste de marche, une salle d’exercices, une salle de rencontre, des espaces à bureaux, un local pour le hockey mineur, six vestiaires et une grande cantine.

La recette est fort simple quand on écoute M. Doiron, même si elle contient de nombreux ingrédients. Les principaux sont l’information, la transparence et l’honnêteté. Il faut aussi la suivre selon les étapes, cuire le mélange à la bonne température et résister à la tentation d’y ajouter en cachette quelque chose qui viendrait en altérer le goût.

Après plusieurs tentatives infructueuses pour remplacer le Centre J.-Charles Daigle, Richibucto a vu la situation changer quand le député fédéral Dominic LeBlanc s’est engagé à assurer d’Ottawa le tiers de la facture.

Fort de ce coup de main, des réunions publiques ont suivies. Chaque fois, M. Doiron martelait trois principes: il s’agira d’un centre régional, accessible pour toutes les générations et disponible à l’année.

Un comité régional, avec des représentants de chacune des communautés desservies par le projet, a ensuite décidé ce que contiendrait la structure avant de faire appel aux compagnies de construction.

«Nous voulions que ça réponde à nos critères, pas à ceux d’un constructeur», indique le maire.

Un comité de financement a également été mis en forme, non pour payer la construction (une facture partagée à parts égales par les trois ordres de gouvernement), mais pour assurer les frais de gestion. Une formule basée sur la distance et la population a été ajoutée au mélange (2,3 cents par 100$ d’évaluation pour les municipalités et une moyenne de 1,92 cent par 100$ d’évaluation pour les DSL), le tout suivi d’une vaste campagne de sensibilisation menée par la Commission des services régionaux de Kent, laquelle gèrera les 125 000$ recueillis annuellement à l’aide de la formule.

Deux DSL se sont fait tirer l’oreille. Un appel au ministre des Gouvernements locaux, le «maire» de ces communautés, et tout a été réglé en deux jours.

Aussi, Richibucto a promis d’assumer seule un déficit d’opération. Une pincée de sel appréciée.

Le gâteau est donc cuit et goûte ce qu’il doit goûter, au grand plaisir d’une communauté heureuse de pouvoir très bientôt disposer d’un complexe moderne et régional.

«Les comités et la CSR ont fait du travail extraordinaire, soutient Roger Doiron. La transparence a été de la plus haute importance. Nous avons toujours été honnêtes et nous avons donné l’information précise aux citoyens. Quand notre aréna a brûlé, il y a eu une coupure dans notre communauté. J’ose croire que nous pourrons recréer un sentiment d’appartenance dans Kent-Nord.»

Est-il prêt à partager sa recette, à Caraquet par exemple avec leur projet de Centre régional des générations? «Si Caraquet nous appelle, ça nous fera plaisir!»