Travailleurs saisonniers: unis pour trouver une solution «définitive» au «trou noir»

Pierre Céré, Julie Brassard et Fernand Thibodeau ont plusieurs points en commun. Les trois sont connus dans leur région comme étant de grands défenseurs des droits des travailleurs saisonniers. Depuis plusieurs mois, ils essaient également d’obtenir un tête-à-tête avec Jean-Yves Duclos, ministre fédéral responsable du dossier de l’assurance-emploi.

Ces porte-parole de groupes de l’est du Canada qui défendent les travailleurs saisonniers entendent maintenant unir leurs forces afin de continuer de mettre de la pression sur le gouvernement fédéral. Leur but ultime est trouver une solution définitive au problème du «trou noir».

Ils ont fait part de leurs intentions samedi après-midi lors d’une réunion publique à Inkerman, dans la Péninsule acadienne. Près de 400 personnes ont rempli la salle communautaire de l’endroit pour entendre le message.

Selon eux, les récentes mesures annoncées par Ottawa ne vont pas assez loin.

À la fin août, le ministre Duclos a souligné que le gouvernement fédéral investira 189 millions $ pour mettre sur pied un nouveau projet pilote visant à offrir jusqu’à cinq semaines supplémentaires de prestations régulières de l’assurance-emploi aux travailleurs des industries saisonnières admissibles dans 13 régions du pays.

Selon Pierre Ceré, porte-parole du Conseil national des chômeurs, les 13 régions ciblées par Ottawa doivent maintenant être reconnues comme étant des régions protégées où les critères d’admissibilités à l’assurance-emploi sont assouplis. Pour les travailleurs d’industries saisonnières, il s’agirait de travailler un minimum de 420 heures pour obtenir 35 semaines de prestations.

À l’heure actuelle, un travailleur de la zone Restigouche-Albert, qui comprend la Péninsule acadienne, doit obtenir 490 heures assurables de travail pour recevoir du chômage pendant un minimum de 23 semaines. Les calculs sont basés sur le taux de chômage dans les zones économiques de l’assurance-emploi.

«Il reste encore du chemin à faire. Il ne faut pas lâcher. Il faut canaliser notre énergie et poursuivre le travail de pression et de mobilisation», a souligné Pierre Céré.

Les travailleurs saisonniers de la région du Charlevoix, au Québec, ont récemment vécu une situation à la fois encourageante et démoralisante, selon le point de vue. En moins d’une année, le taux de chômage dans la Région économique de l’assurance-emploi du Bas-Saint-Laurent-Côte-Nord est passé d’environ 9% à 6,5%.

Un travailleur saisonnier de cette région doit maintenant travailleur 665 heures pour toucher à 15 heures de prestations.

«Ce n’est pas suffisant. On a déjà fait des actions pour tenter de changer les choses», explique Julie Brassard, directrice du Mouvement Action Chômage Charlevoix.

La militante espère que cette rencontre dans la Péninsule acadienne permettra à plusieurs organismes de parler d’une même voix.

«Quand on travaille chacun de notre côté, on a moins de poids. Si on se regroupe, on sera plus fort!»

Fernand Thibodeau, porte-parole du Comité d’action de l’assurance-emploi de la Péninsule acadienne, a le vent dans les voiles. Samedi après-midi, la foule a accueilli ses propos par une salve d’applaudissements.

Au fil des derniers mois, les nombreuses actions menées par Fernand Thibodeau et les membres du comité d’action ont permis de remporter quelques victoires majeures auprès du fédéral, dont un engagement d’investir 230 millions $ au cours des prochaines années dans le programme de l’assurance-emploi et la création du projet pilote qui offre cinq semaines de prestations additionnelles.

«Les cinq semaines de prestations supplémentaires qui ont été annoncées il y a quelques semaines, c’est le fruit de votre mobilisation», a reconnu Pierre Céré.

Fernand Thibodeau espère maintenant que l’expression «l’union fait la force» prendra tout son sens.

«Je pense que notre comité a réussi à donner naissance à un gros bébé qui deviendra une grande force nationale. Je pense qu’on va s’unir pour travailler encore plus fort!»