Électricien, autiste…et sans emploi dans son domaine

Malgré un diplôme et des notes exemplaires, Sébastien Savoie peine à se trouver un emploi comme électricien alors que pourtant, il y a pénurie dans ce secteur au Restigouche. C’est qu’encore peu d’employeurs sont prêts à donner une chance à une personne atteinte d’autisme.

C’est dû moins ce que soupçonne sa mère, Gaétanne Savoie.

La dame d’Atholville l’avoue, elle a le cœur gros depuis quelques mois, voire même quelques années. Après un parcours scolaire difficile, elle croyait que les choses allaient s’améliorer pour son fils une fois sur le marché du travail. Mais les défis sont toujours aussi présents, simplement différents. Un élément revient toujours, l’acceptation sociale. Car il faut préciser, Sébastien souffre du syndrome d’Asperger.

Après son secondaire, Sébastien a entrepris des études collégiales comme électricien, une passion qu’il avait développée à l’école. «J’ai toujours aimé le travail manuel, et quand j’ai appris qu’il y avait de bons débouchés en électricité – une matière que j’aimais – j’ai décidé de me lancer. J’avais de bonnes notes. Dans le cours d’électricité même, c’était au-delà de 90%. Je m’en tirais bien», raconte-t-il.

Son diplôme, il l’a obtenu en 2014. Il n’a toutefois jamais travaillé dans son champ d’expertise, et ce, en dépit des besoins dans ce domaine au Restigouche. Il faut dire qu’étant Asperger, Sébastien a un peu plus de difficulté avec les relations interpersonnelles précise sa mère. «Les entretiens d’embauche, c’est très difficile pour lui. Il n’a pas les mêmes habiletés sociales que M. et Mme Tout-le-Monde. Il a besoin d’un petit coup de main, et ensuite d’un peu d’encadrement. Mais sinon, c’est un jeune homme travaillant. Il est capable», clame-t-elle.

Ce dernier a déposé son CV un peu partout au Restigouche. Il est même allé voir jusqu’à Bathurst, Miramichi et Moncton. «Mais il n’y avait rien, en tous cas rien pour moi», dit-il.

Sans emploi dans son domaine, son permis a fini par expirer. Pour pratiquer de nouveau, il devrait retourner passer des examens en classe. Cela faisant, il a opté pour d’autres emplois hors de son domaine. Mais les difficultés à se trouver un emploi ne se sont toutefois pas limitées au métier d’électricien. Il a postulé à de nombreux endroits – à la sécurité et la buanderie de l’hôpital régional, à des moulins de sciage, même auprès du producteur de marijuana situé tout juste en face de chez lui –, mais les appels furent peu nombreux.

Mme Savoie croit que cette situation est grandement due au manque d’ouverture de la part des employeurs, à la persistance de préjugés. «On est réticent à vouloir leur donner une chance, à donner un coup de pouce», déplore-t-elle.

«C’est vraiment dommage, car il essaye. Il se donne des coups de pied dans le derrière pour avancer et on a l’impression qu’il se fait mettre des bâtons dans les roues en partant en raison de son déficit. C’est difficile pour lui, mais aussi pour le cœur de la maman, car on souhaite toujours le mieux pour son enfant, qu’il soit heureux», ajoute Mme Savoie.

Aujourd’hui à 24 ans, Sébastien écoule quelques heures semaines dans un commerce au détail. Mais il aspire à plus. Il entend continuer son bout de chemin en se formant dans un autre domaine en forte demande de main-d’œuvre: camionneur. Il espère que cela pourra déboucher non pas uniquement sur un emploi, mais bien une carrière. «On recherche désespérément des camionneurs. Si je fais la job, je ne vois pas pourquoi je ne parviendrais pas à me trouver un employeur. Mais c’est certain que j’ai toujours un goût amer de mon expérience comme électricien, une certaine crainte de me lancer encore une fois là-dedans et de faire ça pour rien», admet le jeune homme.