Un débat des chefs cacophonique, avec un coup d’éclat de Higgs

Les cinq chefs de partis ont croisé le fer pour la première fois, mercredi soir, lors du débat télévisé de la CBC. L’événement a été marqué par des allégations explosives de Blaine Higgs, qui a affirmé que les libéraux lui ont offert le poste de ministre des Finances après les élections de 2014.

C’est à quelques minutes de la fin du débat que le chef progressiste-conservateur a largué cette bombe, qui a fait de l’ombre au reste de la soirée et pris par surprise le monde politique néo-brunswickois.

Alors que Brian Gallant critiquait pour la énième reprise son bilan à titre de ministre des Finances de 2010 à 2014, Blaine Higgs a allégué que M. Gallant lui a offert de devenir ministre ou sous-ministre au sein de son gouvernement.

«Je trouve ça vraiment ironique que Brian Gallant m’ait offert le poste de ministre des Finances ou de sous-ministre et j’ai une déclaration sous serment…», a-t-il dit alors qu’il sortait un document de sa poche de veston, avant d’être interrompu par les rires du chef du Parti libéral.

Le chef progressiste-conservateur Blaine Higgs, lors du débat des chefs. – La Presse canadienne: Marc Grandmaison

«Vous pouvez rire M. Gallant, mais j’ai choisi de ne pas (rejoindre votre équipe) parce que votre gouvernement faisait trop de promesses irresponsables.»

Brian Gallant n’a pas mis de temps à répondre aux allégations du chef du Parti progressiste-conservateur.

«Blaine Higgs n’est pas invité à devenir le ministre des Finances de notre gouvernement», a-t-il dit.

«Nous ne sommes nullement intéressés à ce que vous soyez le ministre des Finances. Je suis prêt à en faire le serment. Je n’ai aucun intérêt à ce que vous deveniez le ministre des Finances de cette province.»

Des observateurs n’ont d’ailleurs pas manqué de remarquer que le chef a utilisé le temps présent dans sa réponse.

Après le débat, le Parti progressiste-conservateur a envoyé à l’Acadie Nouvelle une copie de l’affidavit signé par Blaine Higgs dans lequel il affirme que «plusieurs rencontres» ont eu lieu peu de temps après la victoire du Parti libéral en 2014 pour discuter de sa nomination à titre de ministre des Finances ou de sous-ministre des Finances.

Ces rencontres auraient été organisées via messages textes avec un membre de l’équipe de transition de M. Gallant.

Brian Gallant a donné sa version des faits par voie de déclaration écrite, mercredi soir.

Il affirme qu’il a bel et bien rencontré Blaine Higgs – à l’instar d’autres représentants du gouvernement libéral – pour voir si les échecs de M. Higgs comme ministre des Finances étaient bel et bien la faute du premier ministre David Alward.

Il allègue que c’est ce qu’affirmait Blaine Higgs à l’époque.

«En discutant avec Blaine Higgs, il est devenu clair qu’il était en effet l’architecte des coupures de son gouvernement dans l’éducation, les soins de santé et l’infrastructure et qu’il aurait, en fait, coupé davantage», dit-il en ajoutant qu’il ne l’a pas rencontré à nouveau par la suite.

«Je n’ai jamais voulu que Blaine Higgs soit ministre des Finances, je ne lui ai en aucun cas offert le ministère des Finances et je n’ai autorisé personne à lui offrir le ministère des Finances», affirme Brian Gallant.

Il ajoute qu’il est le seul à pouvoir nommer les membres de son cabinet. Il dit qu’il aurait refusé que Blaine Higgs se joigne au cabinet libéral puisqu’il n’était pas sur la même longueur d’ondes que lui sur divers enjeux.

Un débat cacophonique

Plus tôt lors de ce débat télévisé, les chefs ont eu l’occasion de présenter leur vision et écorcher leurs opposants au passage.

Le chef libéral n’a pas tardé à lancer une charge contre son homologue du Parti progressiste-conservateur.

«Un gouvernement conservateur couperait en éducation, en santé et dans les infrastructures, comme Blaine Higgs l’a fait lorsqu’il était ministre des Finances», a-t-il dit dès sa deuxième phrase de la soirée.

Quelques instants plus tard, Blaine Higgs lui a rendu la monnaie de sa pièce.

«Notre économie est en chute libre et nos soins de santé, l’éducation et les services sociaux en souffrent. Encore pire: un nombre record de jeunes quittent la province pendant que nous dépensons leur avenir.»

Brian Gallant et Blaine Higgs ont par la suite continué à miser sur ces axes, le premier mettant les téléspectateurs en garde qu’un gouvernement progressiste-conservateur menacerait le filet social et mettrait à pied des fonctionnaires, le second brandissant le spectre de la faillite si les libéraux continuent de promettre des milliards à gauche et à droite.

Pendant ce temps, les trois autres chefs ont tenté tant bien que mal de tirer leur épingle du jeu.

David Coon, du Parti vert, a réussi à se démarquer lorsqu’il a été question des changements climatiques. Il a aussi retenu l’attention lorsqu’il a parlé de la privatisation de la gestion du Programme extra-mural, en racontant l’histoire d’un enfant à besoins spéciaux affecté par cette décision du gouvernement Gallant.

Jennifer McKenzie, du Nouveau Parti démocratique, a argumenté qu’elle propose un programme complet et ambitieux pour venir en aide aux plus vulnérables.

Elle s’est d’ailleurs improvisée modératrice à plus d’une reprise–alors que l’animateur Harry Forestell restait très effacé et ne réussissait pas à rétablir l’ordre– en tentant de ramener les échanges aux enjeux à l’ordre du jour.

Quant au chef de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, Kris Austin, il a dirigé presque toutes ses attaques envers Brian Gallant et Blaine Higgs (qu’il a souvent tenté d’enterrer en parlant en même temps que lui).

Kris Austin, qui est connu pour ses positions hostiles envers les acquis linguistiques des francophones, a proposé à de nombreuses reprises d’abolir la dualité en santé afin d’économiser de l’argent.

Cela lui a valu de vives critiques de la néo-démocrate Jennifer McKenzie, qui a qualifié cette approche d’«irresponsable». David Coon y a aussi mis du sien, accusant le leader allianciste de tenter d’utiliser les questions linguistiques pour diviser les Néo-Brunswickois.

En guise de point d’orgue, Blaine Higgs a promis qu’il ne fermera pas d’hôpitaux ou d’écoles et que «personne ne perdra son emploi» et a affirmé qu’«un vote pour n’importe quel autre parti que le Parti PC donnera un deuxième mandat à Brian Gallant».

Ce dernier a pour sa part utilisé ses derniers instants à la caméra pour réitérer qu’il souhaite aider les familles dans le besoin, notamment en augmentant le salaire minimum, en imposant un gel des tarifs d’électricité pendant quatre ans et en créant des centres de soins non urgents.

  • Avec la collaboration du journaliste Mathieu Roy-Comeau.