Un débat mordant et très instructif dans Tracadie-Sheila

Après un début en mouton, le débat des candidats dans la circonscription de Tracadie-Sheila, sur les ondes de CKRO-Radio Péninsule mercredi soir, a fini en lion. Autant le libéral Keith Chiasson que son vis-à-vis progressiste-conservateur Claude Landry ont joué la carte de l’affrontement afin de convaincre les électeurs de les appuyer dans moins de deux semaines.

M. Landry a profité du dernier droit de parole pour tirer à boulets rouges sur le bilan du gouvernement Gallant depuis quatre ans. Il a accusé les rouges de cacher les «vraies affaires» en ramenant à l’avant-plan les scandales Atcon et des évaluations foncières truquées, en plus du 1,6 milliard $ en promesses électorales et de la taxe sur le carbone.

«Qui va payer ça?», a lancé l’ancien député bleu à son principal adversaire.

Keith Chiasson ne s’en est pas laissé imposer dans ces échanges. Il a maintes fois exprimé ses doutes devant le plan de l’équipe Higgs de vouloir couper 600 emplois dans la fonction publique, près de 560 millions $ dans les budgets, en santé et dans les droits linguistiques, sans oublier le refus du chef bleu de reconnaître les changements climatiques.

«Je m’oppose vivement à cette vision», a-t-il signifié avec conviction.

Les deux autres joueurs de ce débat ont eu de la difficulté à marquer des points. Pour un troisième soir de suite, le représentant néo-démocrate, en l’occurrence Francis Duguay, a eu du mal à exprimer clairement ses idées. Seul point positif, il a été le seul à demander une meilleure route 11 entre Tracadie et Miramichi, «l’une des plus meurtrières» de la province à son avis.

L’indépendant Stéphane Richardson a maintes fois rappelé que libéraux et conservateurs n’ont rien amélioré dans la circonscription. Il a demandé une voix indépendante à Fredericton et proposé que Tracadie devienne la ville majeure du Nord.

La question du «trou noir» est revenue sur le tapis, pour apprendre que les candidats voulaient tous faire de la Péninsule acadienne une région distincte où, avec 12 semaines de travail, on puisse obtenir 35 semaines de prestations. Tous s’engagent à faire pression auprès d’Ottawa à ce sujet.

«J’ai de la misère à croire que M. Landry va se lever pour défendre les travailleurs saisonniers quand il n’a rien fait lors de la réforme Harper de 2012», a néanmoins pu décocher le candidat libéral.

En santé, M. Chiasson a dit craindre les impacts sur l’Hôpital régional de Tracadie des compressions annoncées par Blaine Higgs. De son côté, Claude Landry croit que l’argent dans le système doit être mieux dépensé.

Concernant le champ de tir, un sujet récurrent à chaque campagne, tous ont demandé la décontamination des lieux – le travail d’Ottawa – avant de songer à développer un projet récréo-touristique.

La pauvreté a permis à M. Duguay de taper sur les doigts des libéraux, qui ont selon lui copié le plan du NPD en matière de hausse du salaire minimum et des haltes scolaires. Claude Landry en a rajouté, en accusant les rouges de manquer de volonté politique dans ce domaine.

À ce sujet, la proposition de M. Richardson a été de trouver des partenaires économiques locaux afin d’aider les familles plus démunies à bénéficier de meilleurs possibilités.

«Les salaires actuels ne reflètent plus le coût de la vie», a-t-il dénoncé.

Ce débat n’en aurait pas été tout à fait un sans qu’on y aborde les langues officielles.

M. Landry a alors sorti de ses gongs. Il a demandé qu’on arrête de ridiculiser son chef, «qui fait des efforts» pour apprendre le français. Ce à quoi M. Chiasson a répondu que M. Higgs est allé apprendre la langue au Québec.

«Si les juges viennent à Shippagan pour apprendre le français, pourquoi ça ne serait pas assez bon pour M. Higgs? Il doit trouver qu’il y a trop de dialectes…», a insinué le candidat libéral.

Pas de gagnants, mais on a eu droit à un débat plutôt instructif, le meilleur de la semaine en termes de contenu. Jeudi, CKRO termine sa semaine avec un affrontement entre le libéral Denis Landry et le néo-démocrate Jean-Maurice Landry pour Bathurst-Est-Nepisiguit-Saint-Isidore. La candidate progressiste-conservatrice Michelle Branch a refusé l’invitation.