Violence conjugale: «Nous avons peur et nous sommes traumatisés»

Une femme victime de violence familiale de Shediac raconte son histoire afin de sensibiliser le public au besoin d’un refuge dans la région. Elle incite les gens à soutenir la campagne de financement Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour.

«Je ne savais pas que partir était possible. Il m’a fallu 20 ans. Vingt années de “je suis stupide. Je ne ferai rien de ma vie.” Vingt ans de “personne d’autre ne te supporterait. Pourquoi ne peux-tu rien faire de bien?”»

C’est avec ces mots que commence la nouvelle vidéo publiée sur la page Facebook du Carrefour de ressources et de crises familiales Beauséjour, de Shediac. L’organisme mène une campagne de financement de 600 000 $ visant à ouvrir un carrefour de refuge pour les victimes de violence familiale en 2019.

En attendant, des victimes de violence conjugale continuent à traverser des épreuves comme celle décrite dans la vidéo de l’organisme dirigé par Kristal LeBlanc. Près de 700 victimes franchissent les portes du centre de ressources et de crises familiales chaque année.

Contrairement à la croyance populaire, les violences familiales sont une terrifiante réalité ici au Nouveau‑Brunswick.

*Avertissement : cette vidéo présente du contenu graphique et perturbant réservé à un public averti.* Contrairement à la croyance populaire, les violences familiales sont une terrifiante réalité ici au Nouveau‑Brunswick.

Posted by Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour on Monday, September 3, 2018

L’auteure de la vidéo a souffert pendant deux décennies avant de prendre son courage à deux mains et de mettre fin à sa relation violente, en fin 2015. Pendant des années, son agresseur l’a interdit de fréquenter ses amis ou d’avoir un emploi. Il a dégonflé ses pneus afin de l’empêcher de s’évader. Il l’a humiliée en la forçant à dormir au sol ou à manger des poubelles.

Quand ils se sont enfin séparés, il a continué à harceler et terroriser ses enfants et elle pendant près d’un an. Un mois avant Noël 2016, il a menacé de les tuer.

Elle s’est rendue au Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour pour obtenir de l’aide. On n’avait cependant pas les moyens de lui offrir un logement.

Une semaine plus tard, l’agresseur s’est caché dans le cabanon de la victime avec un couteau et une arme à feu en attendant que les jeunes prennent l’autobus pour aller à l’école. Il est entré en défonçant une fenêtre, et une bagarre a eu lieu.

Un des enfants, qui a entendu le bruit, est entré et a réussi à prendre le fusil avant de s’enfermer dans sa chambre.

«Aujourd’hui, nous sommes en vie, mais nous avons peur et nous sommes traumatisés. Les choses auraient pu être différentes si nous avions eu un endroit sûr.»

Kristal LeBlanc admet qu’elle était hésitante à utiliser le témoignage d’une victime afin de promouvoir la campagne de financement. Elle a cependant accepté de le faire quand la victime a proposé de partager son histoire «afin d’être dans une position où elle pourrait peut-être prévenir que la même chose arrive à quelqu’un d’autre».

«C’est une vraie histoire. Ce n’est pas une fiction écrite par un auteur, mais son vécu à elle. C’était ma cliente. Elle est venue ici en crise. On veut faire du mieux pour nos victimes, mais parce qu’on manque certains services, je n’ai pas pu l’héberger… et il y a eu des conséquences.»

«Si elle était venue ici et qu’on avait eu des lits, son histoire serait tout à fait différente. Sa vie n’est pas encore normale aujourd’hui. Le trauma est à long terme, et ça va toucher les enfants aussi.»

Les gouvernements provincial et fédéral ont annoncé un investissement de 1,5 million $ en juillet pour un nouvel édifice du Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour. Il comprendra des logements pour les victimes de violence familiale.

Au total, le projet est évalué à 3,9 millions $. L’organisme amasse des fonds depuis des années pour le projet, mais il y a toujours un manque à gagner. L’objectif actuel de la campagne de financement s’élève à 600 000 $.

Le nouveau carrefour comprendra huit logements de transition et six lits de refuge en cas d’urgence. Des services thérapeutiques, éducatifs et récréatifs seront offerts.

La première pelletée de terre doit être creusée dans deux semaines.