Un réfugié syrien fait ses premiers pas à l’Université de Moncton

Yasser Al Asmi ira loin. Il y a encore deux ans, le jeune homme ne parlait pas un mot de français. Aujourd’hui, il fait sa rentrée au sein de l’institution acadienne et caresse le rêve de devenir médecin.

Yasser et sa famille sont arrivés au Canada un soir de février 2016. Après avoir fui leur pays ravagé par la guerre, ils ont trouvé à Moncton la sécurité et une vie paisible.

L’adolescent, déjà capable de converser en anglais, s’inscrit à l’école Moncton High School. Fonceur et travailleur, il s’intègre rapidement et décroche d’excellentes notes.

Après quelques mois, Yasser Al Asmi commence à s’impliquer auprès du centre de vélo communautaire La Bikery et des organismes multiculturels MAGMA et le CAFI. «Je faisais l’interprète pour les réfugiés lorsqu’ils allaient à la banque, lors des rendez-vous médicaux», raconte-t-il.

En septembre 2017, il se donne l’objectif d’apprendre le français pour pouvoir étudier à l’Université de Moncton et rester près de sa famille. Il se lance alors dans un apprentissage en autodidacte, à l’aide de vidéos de youtubeurs français et de l’application Duolingo.

«Quand j’ai vu que mon français progressait bien, j’ai décidé de rentrer dans le programme d’immersion lors de mon dernier semestre, poursuit Yasser. Ça m’a beaucoup aidé!»

Ces résultats au secondaire lui ont permis de décrocher la prestigieuse bourse d’excellence Roméo-LeBlanc de l’Université de Moncton. Cette bourse, décernée à un élève en provenance des écoles anglophones de l’Atlantique qui a obtenu la moyenne générale la plus élevée, couvrira la totalité des frais de scolarité. Tout un accomplissement!

L’entrevue d’admission à l’Université de Moncton n’a été qu’une formalité. Après quelques minutes au téléphone, il obtenait son ticket d’entrée pour l’institution acadienne.

«C’est un gros défi, mais j’aime les défis, dit-il. Parfois je m’ennuyais à l’école secondaire, mais maintenant je suis motivé pour apprendre et progresser.»

Admis au programme préparatoire aux sciences de la santé (DSS), il espère devenir un jour médecin et aider son prochain.

«J’aimerais jouer un rôle dans la société, que mon travail ait un sens et fasse une différence», confie Yasser.

La rentrée universitaire s’est bien passée, mais l’étudiant est bien conscient qu’il aura tout une montagne à surmonter.

«J’ai encore de la difficulté à m’exprimer, mon français n’est pas aussi bon que mon anglais, mais je pense qu’étudier ici c’est la meilleure façon d’apprendre la langue. Je veux que mon français soit parfait.»

Le jeune homme n’est d’ailleurs pas le seul à avoir choisi d’étudier dans la langue de Molière. Ses deux petits frères sont inscrits à l’école francophone. Né d’une mère ingénieur et d’un père professeur en littérature arabe, Yasser a appris très jeune à se dépasser. «On m’a toujours inculqué l’amour du savoir», explique-t-il.

Pour autant, la compétition s’annonce rude, il devra briller pour pouvoir poursuivre des études en médecine. «Je sais que je suis désavantagé, je ne comprends pas tout ce que les professeurs disent. Mais ça me motive, je pense que j’ai une chance en travaillant dur et en me concentrant.»

Pour Yasser, maîtriser les deux langues officielles est une responsabilité qui incombe à tout citoyen canadien.

«Ça vaut la peine, ça me permet de communiquer avec plus de monde, ça m’ouvre plus de portes. Lorsque tu ne parles qu’une langue, tu ne peux découvrir qu’une partie du Canada.  Quand on veut réussir, il faut apprendre les deux langues. Ce n’est pas si difficile, c’est une question de pratique et de volonté.»