Les citoyens de Rivière-Verte ne veulent pas de pneus usés dans leur cour

Les citoyens de Rivière-Verte s’opposent à la venue d’une usine de transformation de pneus usés dans leur communauté.

Claude Plourde, un promoteur dont l’entreprise est située à Fredericton, a échoué dans sa tentative d’exploiter une usine de pyrolyse de pneu dans la communauté voisine d’Edmundston.

La pyrolyse est un procédé thermique qui consiste à décomposer des pneus sous l’effet de la chaleur dans un milieu très pauvre en oxygène.

Cette technique permet d’y extraire des hydrocarbures, du gaz combustible, du noir de carbone et même des quantités appréciables d’acier.

Si le procédé peut permettre l’élimination d’une quantité importante de pneus usés et fournir des matières premières qui ont une forte valeur de revente, il est loin de plaire aux citoyens de Rivière-Verte.

Ceux-ci ont d’ailleurs clairement fait par part de leur farouche opposition au projet lors de la réunion mensuelle du conseil municipal qui s’est tenue lundi soir dernier et qui a réuni une centaine de personnes.

Le promoteur Claude Plourde brillait de son côté par son absence.

Plusieurs citoyens ont dit craindre les impacts néfastes d’une telle usine de recyclage dans le voisinage et l’ont clairement fait savoir aux élus municipaux.

Des inquiétudes liées à la qualité de l’air, de l’eau potable, de la détérioration du paysage, du bruit provenant des installations et les risques de dommages à la faune et à la flore ont notamment été avancées par les citoyens présents.

Le maire de Rivière-Verte, Michel LeBlond, et les conseillers de l’endroit n’ont eu d’autres choix que d’acquiescer aux arguments et à la ferme volonté d’une bonne partie de la population.

D’autant plus que le promoteur n’a jamais fait part officiellement de ses intentions à l’administration municipale, se limitant à quelques conversations informelles.

En fait, Claude Plourde aurait récemment visité une dizaine de résidences situées non loin du site convoité qui se trouve sur le chemin industriel.

Le propriétaire de l’entreprise Gestions Claude Plourde a profité de ces visites pour laisser une lettre d’information qui a été plutôt mal accueillie par certains résidents.

On peut lire dans la missive que l’usine transformerait annuellement 1600 tonnes de pneus de camions dans le cadre d’activités que le principal intéressé juge sans danger pour l’environnement, sans bruit ni odeurs et qui mèneraient à la création de 8 à 12 emplois à temps plein.

Dans cette lettre, le promoteur a enjoint les résidents de faire part de leurs commentaires au plus tard le 14 septembre, ce qui a mené à un lot de questionnements au sein de la population.

Notons toutefois que cette démarche entreprise par M. Plourde s’inscrit parfaitement dans le cadre réglementaire entourant l’implantation d’une usine au Nouveau-Brunswick.

«Pas à n’importe quel prix»

Ce n’est pas la première fois que Claude Plourde tente d’ériger une usine de pyrolyse dans le Madawaska.

L’année dernière, un projet identique avait échoué, cette fois du côté du DSL de Saint-Basile.

Dans les deux cas, Claude Plourde estimait que le procédé est sans faille, et même plus.

«Une solution écologique et économique qui pourrait bien apporter une solution au problème écologique pressant posé par les milliers de pneus usés dans la province», peut-on lire dans un rapport publié en mai 2017 par un consultant de la firme Environnement Contrôle & Protection Inc.

«Les mérites de la pyrolyse de pneus usagés découlent du fait qu’il s’agit d’un procédé qui résout non seulement un problème environnemental, mais qui permet aussi une valorisation d’ordre économique l’élevant ainsi au rang du développement durable», de poursuivre James Landry, l’auteur du rapport.

Les propos et données contenues dans le rapport en ont laissé plus d’un sceptique. Nombreux sont ceux qui doutent de la véracité des informations qu’il contient et du sérieux du promoteur du projet.

D’ailleurs, des documents obtenus par l’Acadie Nouvelle témoignent du fait que Claude Plourde utilise le mot pirolise (et non pas pyrolyse) dans ses échanges écrits avec des représentants du ministère de l’Environnement et des Gouvernements locaux.

Cela peut paraître quelque peu étonnant de la part de quelqu’un qui dit s’être entouré d’experts et qui n’a pas hésité à aller en Chine afin de visiter des installations de pyrolyse de pneus et d’avoir un aperçu de la technologie de pointe en cette matière qui se trouve déjà sur place.

Mireille Doiron est l’une des personnes qui se sont vivement opposées au projet de construction d’une usine de pyrolyse, tant au village de Rivière-Verte que dans le DSL de Saint-Basile en 2017.

«Il y a eu une certaine panique qui s’est installée dès le départ à ce sujet dans les réseaux sociaux. Des gens croyaient par exemple à tort qu’il s’agirait d’un dépotoir à ciel ouvert où seraient brûlés des pneus. Ça explique peut-être pourquoi il y avait tant de gens présents à la réunion publique», a expliqué celle qui mène la lutte au projet de Claude Plourde.

Celle qui réside désormais à Sainte-Anne-de-Madawaska a amassé près de 500 pages de documents au sujet de l’usine de pyrolyse de pneus tant chérie par son promoteur.

Mireille Doiron n’a pas hésité à partager ses informations et ses impressions avec la communauté et les élus de Rivière-Verte.

«La réputation de Claude Plourde le précède, il n’est pas minutieux dans ses démarches, il se contredit à tout moment et il ne maîtrise clairement pas la technologie qu’il veut implanter dans la province», martèle l’ancienne résidente de Saint-Basile.

«On veut bien que l’économie roule dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick et que des emplois soient créés, mais on ne veut pas risquer tout à n’importe quel prix, surtout pas pour cinq petites jobs», d’ajouter Mireille Doiron.