Restigouche-Ouest: une lutte avec l’accès aux services en toile de fond

D’est en ouest, la circonscription de Restigouche-Ouest vit des défis différents. L’emploi d’un côté, le manque de main-d’œuvre de l’autre… Un thème semble toutefois faire l’unanimité: l’accès aux services.

La circonscription de Restigouche-Ouest comprend environ 14 000 personnes, en grande majorité des francophones (83%). Rurale, elle s’étend sur un immense territoire, le plus vaste de la province (sinon pratiquement ex aequo avec Sud-Ouest-Baie-du-Vin). Elle s’étend de la ville de Saint-Quentin à l’ouest jusqu’au village de Balmoral à l’est. Entre les deux, les municipalités, Tide Head, Atholville et Eel River Dundee, la communauté rurale de Kedgwick et de nombreux DSL.

À la dissolution de l’Assemblée législative, la circonscription était détenue par le libéral Gilles LePage. Issu du monde municipal (ancien directeur général de Balmoral), il a facilement remporté son élection en 2014, éclipsant sans problème l’ancienne députée-ministre, Martine Coulombe.

Au cours de son mandat, M. LePage a pris du galon, promu ministre du Travail, de l’Emploi et de la Croissance démographique.

«Cette campagne est vraiment différente de la dernière, car cette fois j’ai un bilan à défendre. Et honnêtement, ma circonscription ne va pas si mal», admet-il.

Canons à neige et nouveaux télésièges pour le Sugarloaf, asphaltage sur la route 17, nouvelles formations au collège communautaire, octroi de terres pour les acériculteurs, ouverture de l’usine Zenabis… Il juge son bilan comme étant très positif.

Ses adversaires voient toutefois cela d’un autre œil. On lui reproche la fermeture de la succursale saint-quentinoise de Services NB et l’effritement continue de l’offre de services à l’hôpital de cette communauté. M. LePage admet volontiers ne pas avoir d’attentes démesurées en terme d’appuis à Saint-Quentin.

«Et ce n’est pas parce que le travail n’a pas été fait», s’empresse-t-il de préciser.

«Il était question au départ de fermer les deux succursales de Services NB (celle de Kedgwick et celle de Saint-Quentin). J’ai participé au maintien du service en sauvant celle de Kedgwick. Nous avons sauvé les services d’oncologie alors que Vitalité voulait les couper. Dans ces deux cas, les services sont toujours disponibles pour les citoyens, c’est seulement la façon dont ils sont offerts qui diffère. La circonscription est loin d’avoir été perdante», dit-il.

À ses yeux, le maintien des soins de santé est une priorité, dans le secteur de Kedgwick/Saint-Quentin, mais aussi dans le centre du comté, à Campbellton.

«Car ce sont les citoyens de mon secteur aussi qui bénéficient de ces services et qui travaillent dans les établissements de santé», souligne le candidat.

Les défis selon lui? Certes, comme partout ailleurs dans le nord, l’emploi et la stimulation de l’économie. Mais aussi, la croissance et la rétention démographiques.

Santé et Services NB

Du côté des conservateurs, on ne s’est pas bousculé à la porte pour obtenir le privilège d’être le représentant de Blaines Higgs dans la circonscription. Les organisateurs locaux ont mis bien du temps à recruter un candidat.

Finalement, c’est David Moreau – un ancien maire de Saint-Quentin –, qui a accepté le poste. Son point fort? Saint-Quentin, car il en connaît très bien les défis. Sa faiblesse? Certains diront aussi Saint-Quentin, car ses engagements gravitent énormément autour de cette communauté au détriment du reste de la circonscription.

C’est d’ailleurs l’effritement continu des services dans sa communauté (tous les domaines confondus) qui l’a poussé à se présenter.

«On le ressent tout particulièrement ici à Saint-Quentin, car on s’est fait dépouiller de nos services par les libéraux. Mais c’est un sentiment généralement partagé partout ailleurs dans la circonscription», estime-t-il.

Il dit vouloir travailler pour améliorer les soins de santé.

«Je veux voir moins de temps d’attente, un service ambulancier adéquat et un service d’extra mural qui fonctionne à point. Je veux essayer de rétablir Services NB à Saint-Quentin ainsi que notre cour provinciale», affirme-t-il.

Il ajoute vouloir améliorer le réseau cellulaire le long des routes 17, 11 et 180.

Le Parti vert pourrait brouiller les cartes

Si la circonscription est réputée comme étant rouge à l’est et bleu à l’ouest, le candidat du Parti vert, Charles Thériault, promet de mêler les couleurs.

S’il concède que les services constituent un enjeu majeur, il précise que les besoins sont différents selon le secteur dans lequel on se trouve.

«La perte des services est le cœur de l’élection dans l’ouest, mais ailleurs c’est autre chose. Si je vais à Saint-Arthur par exemple, ce dont j’entends parler surtout c’est la gestion de la forêt, sur le fait qu’on a une ressource naturelle exceptionnelle dans notre cours et qu’on ne parvient pas à en bénéficier en terme d’emplois. Comment ça se fait?» s’interroge le candidat qui mène aussi campagne contre l’épandage d’herbicides sur les terres publiques.

Un peu plus à l’est, c’est l’emploi, la décroissance démographique et l’appauvrissement de la région qui ressort davantage à ses yeux. Mais une chose revient sans cesse partout sur le territoire.

«Les gens se sentent délaissés, abandonnés par leur gouvernement. Ils sentent avec raison que rien n’est fait pour retenir les gens en région, que ce soit en matière de création d’emploi ou encore en santé quand on coupe les services et force les gens à obtenir des soins ailleurs», soutient-il.

M. Thériault a déjà tenté l’aventure politique en se présentant comme indépendant et avait bien fait. Cette fois, sous la bannière des «verts», il dit recevoir une telle réception de la part des électeurs qu’il envisage sérieusement la possibilité de l’emporter.

«Là où c’était très rouge ou très bleu, c’est rendu vert. Les gens sont prêts pour un véritable changement», croit-il.

Campbellton-Dalhousie

Ailleurs, une lutte intéressante se profile à l’intérieur de la circonscription de Campbellton-Dalhousie détenue jusqu’à décembre dernier par le vétéran libéral, Donald Arseneault.

Pour le remplacer, les libéraux ont misé sur son ancien chef de campagne et ancien député au fédéral, Guy Arseneault. Chez les conservateurs, c’est une conseillère de Campbellton, Diane Cyr, qui tentera de se faire élire alors que le Nouveau Parti démocratique sera représenté par Thérèse Tremblay. À noter que le Parti vert et l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick proposent également des candidats.