Du homard américain vendu comme du homard canadien

Face à une hausse des tarifs douaniers de 25% de la Chine, des vendeurs américains déjouent les autorités en faisant passer leurs homards pour du homard pêché au Canada. La pratique illégale est dénoncée par le Conseil canadien du homard.

La guerre commerciale de Donald Trump avec Beijing a porté un dur coup aux exportations de homards américains en juillet. La quantité de homards qui a quitté le Maine vers la Chine en juillet et août est passée de 300 000 livres, en 2017, à 30 000 livres, cette année, selon une intervenante citée dans Seafood News.

La situation force les vendeurs à réagir. Certains s’y prennent de façon douteuse.

Geoff Irvine, directeur général du Conseil canadien du homard, avance que des exportateurs canadiens achètent le homard vivant des États-Unis, puis le vendent aux Chinois en le présentant comme un produit pêché au nord de la frontière. Le mensonge leur permet de payer seulement 7% en tarifs douaniers, plutôt que 32%.

Dans d’autres cas, des entreprises ayant des installations au Canada et aux États-Unis vendent les débarquements des homardiers américains à partir de leur succursale canadienne. Ils contournent ainsi les 25% additionnels de tarifs douaniers imposés par les Chinois dans leur guerre commerciale avec Donald Trump.

Le phénomène a engendré une hausse soudaine des exportations du homard vivant du Canada vers la Chine cet été.

«Peu importe qui on est, si on vend un produit des États Unis, il faut le nommer un produit des États-Unis. Et si on ne le fait pas, on brise les règles. Les règles sur l’origine sont claires: si on vend un produit vivant, ça demeure un produit du pays d’origine jusqu’au bout.»

M. Irvine craint que la pratique fasse du tort aux marchés et à la réputation du homard pêché dans les eaux canadiennes. Des membres de son organisme se plaignent que l’activité illégale leur est dommageable.

Traditionnellement, le homard vivant du Canada a une carapace plus dure que celui des États-Unis. Il est donc plus résilient et propice à la transportation.

«J’entends dire que les taux de mortalité sont élevés. Le homard pêché au Maine en septembre ne peut pas voyager. C’est une question de biologie. Il faut faire très attention quand on envoie un homard en Asie, et ils ne le font pas évidemment parce qu’ils sont désespérés.»

L’équipe de M. Irvine n’a pas encore concrétisé son plan d’attaque dans le dossier, qui a seulement apparu «il y a six à huit semaines». Elle veut s’assurer que ses manoeuvres ne lui mettront pas à dos l’industrie du Maine. Cette industrie est essentielle aux usines de transformation canadiennes.

«Notre position principale est que les règles sont les règles, et que les gens doivent suivre la loi.»

Le sujet sera à l’ordre du jour lors de la réunion annuelle du Conseil canadien du homard le 2 octobre.

Selon M. Irvine, le débat ne touche pas directement les usines de transformation, étant donné qu’elles sont assujetties à des règles sur l’étiquetage bien respectées dans l’ensemble de l’industrie. La question concerne principalement les joueurs de l’industrie du homard vivant.