Gouvernement de coalition: Blaine Higgs veut remettre les pendules à l’heure

Blaine Higgs a tenté de remettre les pendules à l’heure, vendredi, 24 heures après avoir été vivement critiqué au sein de la communauté acadienne pour s’être dit ouvert à former une coalition avec l’Alliance des gens en cas de gouvernement minoritaire.

Blaine Higgs à son arrivée à Shippagan, vendredi. Il a été accueilli par Robert Gauvin, Kevin Haché et Claude Landry. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

La veille, en point de presse à Fredericton, le chef progressiste-conservateur avait été invité par un journaliste de l’Acadie Nouvelle à dire s’il était prêt à former une coalition avec d’autres partis si aucune formation ne remporte une majorité de sièges.

À la question: «Si la population du Nouveau-Brunswick vous donne un gouvernement minoritaire, seriez-vous prêt à considérer une coalition avec l’Alliance des gens, le (Parti) vert ou le NPD», il avait répondu «oui».

Il avait ensuite précisé sa pensée. «Si j’ai un gouvernement minoritaire, je voudrais trouver quelqu’un qui veut nous aider à faire avancer notre province vers l’avant. Et si quelqu’un est élu et veut faire avancer notre province vers l’avant, il faut trouver des façons de travailler ensemble.»

L’un des articles de l’Acadie Nouvelle à ce sujet, qui titrait que Blaine Higgs est «prêt à gouverner avec l’Alliance des gens» a causé un véritable tollé dans le monde francophone.

Des leaders acadiens ont alors vivement dénoncé le fait que Blaine Higgs ne rejette pas d’emblée toute collaboration avec l’Alliance, un parti qui défend des positions très hostiles envers certains acquis et droits des francophones.

Vendredi, le Parti progressiste-conservateur a publié un communiqué de presse critiquant sans détour le travail du journal, affirmant que M. Higgs estime «avoir été lésé» par le titre qui, à son avis, crée «une fausse impression chez ses lecteurs».

Blaine Higgs en compagnie de Kevin Haché et de Claude Landry, à Shippagan. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

«Je suis prêt à travailler avec d’autres partis mais seulement lorsque les principes du Parti PC sont maintenus. Le Parti progressiste-conservateur appuie et protégera le bilinguisme au Nouveau-Brunswick», affirme le chef dans ce communiqué.

La formation a aussi mis en ligne YouTube un extrait du point de presse lors duquel les propos en litige ont été prononcés par Blaine Higgs. Elle voulait ainsi permettre aux gens de se faire leur propre idée sur cette affaire.

On y entend le chef progressiste-conservateur répondre clairement – deux fois plutôt qu’une – qu’il est ouvert à former une coalition avec les autres partis, dont l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick.

Blaine Higgs revient à la charge à Shippagan

Vendredi après-midi, lors d’un rassemblement progressiste-conservateur à Shippagan en compagnie de quelque 200 militants, Blaine Higgs a voulu mettre certaines choses au clair dès le début de son discours.

«Les médias parlent d’une coalition d’un gouvernement Higgs et l’Alliance des gens. Je n’ai pas parlé de coalition. J’ai simplement dit qu’en tant que premier ministre, je travaillerais avec tous les députés qui veulent faire avancer notre province. Je veux travailler avec tous les Néo-Brunswickois, peu importe leur parti politique, qu’ils soient francophones, anglophones ou autochtones. Acadiens et Acadiennes, je ne vous laisserai pas tomber», a-t-il dit en français.

Accompagné de sa famille – dont sa fille dont il s’est dit fier qu’elle était parfaitement bilingue –, Blaine Higgs a profité de l’occasion pour critiquer le bilan du gouvernement libéral de Brian Gallant et répété les nombreux engagements de son parti.

Ses candidats ont souvent crié «majorité!», un mot repris en choeur par la foule, après chacun des points forts de son discours.

Blaine Higgs, Robert Gauvin et un partisan à Shippagan. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

Plus tard, lors d’un entretien avec un journaliste de l’Acadie Nouvelle, Blaine Higgs est revenu sur ses paroles de la veille.

«Ce que j’ai dit était très clair, mais cela a malheureusement été mal interprété par votre journal. J’étais très désappointé», a-t-il affirmé.

Il a indiqué que son parti veut «travailler avec tous ceux qui veulent faire avancer la province».

«Oui, nous avons parfois des vues différentes, mais nous devons trouver des solutions ensemble. J’ai été très clair aujourd’hui et s’il faut que je le répète chaque jour et chaque heure d’ici à lundi, je le ferai», a-t-il dit.

Blaine Higgs admet que toute allusion à l’Alliance des gens du N.-B., un parti ouvertement contre l’existence d’une régie de la santé francophone et du Commissariat aux langues officielles, peut faire peur aux francophones.

«Je comprends cela. Si vous écoutez l’enregistrement comme il faut, j’appuie tous les groupes linguistiques de notre province. Il n’y a pas de débat là-dessus et il ne devrait pas y avoir de débat là-dessus. Dans mon propre caucus, nous aurons différents points de vue, mais mon but demeure de travailler pour notre province.»

Les candidats à la défense de leur chef

Plus tôt dans la journée, les trois ténors bleus de la Péninsule acadienne – Robert Gauvin, Kevin Haché et Claude Landry – ont publié un communiqué de presse commun d’appui à l’endroit de leur chef.

Robert Gauvin, Blaine Higgs, Claude Landry et Kevin Haché. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

Ils ajoutent regretter l’interprétation de certains médias et soutiennent que la question linguistique dans la province n’est pas à vendre dans cette élection.

«Notre travail à Fredericton sera de prendre la couverte linguistique et économique et la haler jusqu’ici. Je suis très rassuré. On ne partage aucunement les convictions linguistiques de Kris Austin et comme nous formerons un gouvernement majoritaire, c’est n’est même pas une inquiétude», a dit Robert Gauvin lors du rassemblement de vendredi.

Le candidat progressiste-conservateur dans Shippagan-Lamèque-Miscou en a rajouté.

«Nous avons les valeurs du parti à coeur, qui sont le bilinguisme et la dualité linguistique. C’est dans la Charte de nos droits et de nos libertés et ça ne changera jamais! Nous sommes Acadiens et nous le serons jusqu’à notre dernier souffle.»

Le candidat dans Tracadie-Sheila, Claude Landry a indiqué qu’il fallait remettre les pendules à l’heure.

«Le bilinguisme est là pour rester. On va fêter son 50e anniversaire l’an prochain. La Loi sur les langues officielles ne regressera jamais. Elle sera respectée. Avec des francophones à la table du gouvernement Higgs à Fredericton, nous allons protéger nos droits. Il n’y aura aucun recul. Nous voulons le meilleur pour notre province.»

Le candidat dans Caraquet, Kevin Haché s’est lui aussi porté à la défense de son chef et de son approche en ce qui a trait aux dossiers linguistiques.

«J’ai toujours été à l’aise avec ce que notre chef a dit à ce sujet, mais en faisant notre porte-à-porte, on voit qu’il y a encore des gens qui ont des doutes. Ils craignent un recul. Nous voulons les rassurer et nous le disons sur toutes les tribunes. Ça ne reculera pas. Je ne me serais jamais présenté pour un chef qui ne me respecterait pas en tant que francophone et Acadien», a-t-il souligné.

«Nous ne travaillerons jamais avec quelqu’un qui veut faire reculer la province sur nos droits linguistiques», a insisté Kevin Haché.

– Avec la collaboration du journaliste Réal Fradette