Étudiants surendettés: la pire chose à faire est d’ignorer le problème

Une experte des dettes étudiantes du Nouveau-Brunswick invite les jeunes adultes, leurs parents, leurs enseignants et au gouvernement à prendre leurs responsabilités face aux dépenses durant les études postsecondaires.

Sarah Morrison accueille chaque jour de jeunes adultes qui n’arrivent pas à rembourser leurs dettes étudiantes. Au moment d’entrer dans son bureau, ils ont déjà passé des années à vivre au-dessus de leurs moyens et à jouer l’autruche face à leur situation financière.

Cette année, la moyenne des droits de scolarité de premier cycle a dépassé la barre des 7000$ pour la première fois au Nouveau-Brunswick. Aux 28 000$ payés durant quatre années d’études s’ajoutent le prix du logement, de la nourriture, du téléphone cellulaire et – quand l’occasion se présente – les loisirs.

Certains empirent la situation en accumulant d’importantes dettes à haut intérêt sur des cartes de crédit.

«Ils voient que leur prêt étudiant ne sera pas assez pour se rendre à la fin du semestre, et ils prennent une carte de crédit de 500$, ou 1000$ afin de maintenir leur style de vie. Ils ne comprennent pas toujours qu’il va falloir rembourser cet argent avec un gros taux d’intérêt», affirme Mme Morrison, syndique autorisée en insolvabilité chez Grant Thornton.

La pire chose que les jeunes adultes peuvent faire dans cette situation est d’ignorer le problème, selon Mme Morrison. Ils ratent ainsi l’occasion de participer à des initiatives comme le Programme d’aide au remboursement, qui permet de réduire le taux d’intérêt et de faire des paiements en fonction de leur revenu.

Le problème finit toujours par les rattraper.

«Le gouvernement peut saisir leur chèque de TPS et leur remboursement d’impôts. Ça affecte leur crédit aussi. Ils auront plus de misère à emprunter de l’argent pour un véhicule ou une hypothèque», explique celle qui travaille chez Grant Thornton.

Si les jeunes doivent prendre leurs responsabilités, les parents doivent leur montrer l’exemple, estime Mme Morrison.

«Souvent, les parents n’ont pas de bonnes habitudes avec le crédit. Ils utilisent les cartes de crédit et des marges de crédit pour soutenir un style de vie trop cher. Si l’enfant vient d’une famille qui agit de cette façon, il y a de bonnes chances qu’ils continuent le comportement à l’université.»

Mme Morrison croit aussi que les écoles ont un rôle à jouer dans l’équation en enseignant aux jeunes la valeur de l’argent et les bonnes habitudes budgétaires.

Elle ajoute que les administrateurs des prêts étudiants doivent améliorer leurs pratiques.

«Quand on emprunte de l’argent à la banque, ils vont expliquer que le remboursement va être tant par mois et qu’il va y avoir tant d’intérêt. Les prêts étudiants devraient expliquer, dès le début, ces informations de base.»

Quant aux promesses électorales d’éliminer l’intérêt sur la partie provinciale des prêts étudiants, Mme Morrison reconnaît qu’elles aideront à rembourser les dettes un peu plus rapidement. Elle critique toutefois le fait qu’elles ne réduiront pas le montant total des dettes au moment de l’obtention du diplôme.

La dette moyenne à la fin des études de premier cycle est «importante» selon Statistique Canada. En 2010, soit l’année des données les plus récentes, les nouveaux détenteurs de baccalauréat du Nouveau-Brunswick avaient 39 600$ de dette en moyenne en entrant sur le marché du travail. Il s’agit du niveau le plus élevé parmi toutes les provinces.

Le revenu moyen d’un diplômé universitaire dans sa première année sur le marché du travail était 32 300 $, en 2011.