Shippagan retourne aux bleus, Caraquet reste aux rouges

Les électeurs de la circonscription de Shippagan-Lamèque-Miscou aiment les résultats serrés. Quatre ans après avoir accordé au libéral Wilfred Roussel une courte victoire de 44 voix de majorité, ils en ont donné à peine 99 à leur nouveau député, le progressiste-conservateur Robert Gauvin.

La course a été l’une des plus suivies de cette soirée électorale et il aura fallu attendre près de deux heures après la fermeture des bureaux de scrutin avant de confirmer un vainqueur.

Le fils du député Jean Gauvin et humoriste de métier est devenu le seul député bleu francophone au nord de la province avec 4048 appuis, contre 3949 pour le député-ministre sortant du gouvernement Gallant. Le taux de participation a frisé les 80%.

«Ça adonne bien, Gretzky était mon joueur préféré», a-t-il lancé devant une foule survoltée au Centre des congrès de la Péninsule acadienne, à Shippagan, en faisant référence à sa majorité.

«Nous avons passé par toute la gamme des émotions. J’ai visité plus de 3500 foyers et ça allait très bien. La langue a été le plus gros obstacle. Shippagan-Lamèque-Miscou a souvent été la circonscription qui a fait la différence dans la province», a-t-il déclaré.

Le nouveau député a admis que les résultats provinciaux le laisse pantois. Il ajoute qu’il va falloir travailler avec les autres députés dans un contexte de gouvernement minoritaire, lui qui est le seul élu francophone des bleus.

«On le fera sans perdre notre identité de francophone et d’Acadien. Et si c’est le cas, on réagira en conséquence. Dans mon intégrité, il n’y a pas de pentures, mais vous pouvez être certain que j’ai l’Acadie à cœur. Les gens ont parlé et le message de M. Higgs ne s’est pas rendu dans le Nord, mais les gens m’ont fait confiance comme ils ont fait confiance à mon père. Il a aussi vécu des courses serrées et je sais qu’il me regarde», a-t-il ajouté, au bord des larmes.

Wilfred Roussel, devenu ministre de l’Agriculture, des Mines et des Affaires rurales en mai, avait battu le vice-premier ministre du gouvernement Alward, Paul Robichaud, en 2014.

Il a félicité son adversaire et a promis de s’abstenir et de critiquer son travail, comme Paul Robichaud ne s’est pas mêlé du sien pendant quatre ans.

Cependant, il trouve malheureux l’appui à l’Alliance des gens du N.-B. dans un gouvernement de droite.

«Et ça, ça me fait peur, a-t-il admis avec franchise. Je crains beaucoup pour nos acquis. Je ne comprends pas que l’on puisse, au Nouveau-Brunswick, voter pour un parti qui est contre le bilinguisme et l’égalité entre les deux communautés officielles. Nuos avons une province exemplaire. Je peux comprendre un vote pour le Parti vert, mais je ne peux pas comprendre un votre pour l’Alliance. C’est un signe de troubles futurs dans notre province.»

Depuis sa création en 1999, Shippagan-Lamèque-Miscou a toujours appartenu aux progressistes-conservateurs avant 2014.

Caraquet

Dans la circonscription de Caraquet, la victoire est allée sans surprise à Isabelle Thériault devant le progressiste-conservateur Kevin Haché. Elle garde donc le château fort libéral qu’a laissé Hédard Albert, qui a pris sa retraite après 15 ans.

Les bleus n’auront dirigé Caraquet que pendant deux ans depuis 1984, lorsque Gaston Moore avait remporté l’élection partielle de 2001.

L’artiste et entrepreneure n’a eu besoin que de 15 minutes pour être déclarée élue. Avec 5419 voix, elle a facilement pris la mesure du progressiste-conservateur et maire de Caraquet Kevin Haché, avec plus de 3600 voix d’écart.

«Je suis extrêmement heureuse et reconnaissante. Ç’a été un travail de longue haleine, mais j’avais une équipe fabuleuse. J’ai commencé tôt mon porte-à-porte et je n’ai rien tenu pour acquis. Je viens de recevoir une grosse preuve d’amour et de confiance.»

Appelée à commenter les résultats provinciaux au moment de mettre sous presse, Isabelle Thériault n’a pas voulu se mouiller, sauf pour affirmer qu’elle ne partage aucune valeur avec l’Alliance des gens du N.-B.

Kevin Haché s’est dit déçu du résultat, même s’il a affirmé avoir adoré l’expérience.

«Je savais que ça allait être difficile. Nous n’avons pas pu convaincre le Nord du message de M. Higgs. Oui, la langue a peut-être joué. À part Robert, le message n’a pas passé.»