Un gouvernement progressiste-conservateur minoritaire

Un électorat en quête de changement, mais divisé sur la meilleure façon d’y arriver, a accordé un gouvernement minoritaire à Blaine Higgs et aux progressistes-conservateurs.

Il aura fallu attendre jusqu’au tout dernier moment pour que l’impasse entre le Parti libéral et le Parti progressiste-conservateur bascule.

Après avoir traîné de l’arrière pendant une bonne partie de la soirée, le député sortant Jake Stewart s’est glissé au premier rang dans Miramichi-Sud-Ouest-Baie-du-Vin, offrant une pluralité de sièges aux progressistes-conservateurs.

Vers 23h15, les progressistes-conservateurs comptaient 22 sièges contre 21 pour les libéraux. Il faut au moins 25 sièges au Nouveau-Brunswick pour former un gouvernement majoritaire.

Les libéraux avaient six points de pourcentage de plus que les progressistes-conservateurs à la grandeur de la province (38% contre 32%), mais cette avance ne s’est pas traduite par plus de circonscriptions.

Le Nouveau-Brunswick n’a pas élu un gouvernement minoritaire depuis 1920.

Le résultat exceptionnel de lundi soir a notamment été causé par le succès inattendu des tiers partis.

En plus de la réélection de leur chef, David Coon, les verts comptent dorénavant sur deux députés de plus, Kevin Arseneau dans Kent-Nord et Megan Mitton dans Memramcook-Tantramar.

Le parti antibilinguisme l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick a réussi à faire élire trois députés, dont son chef, Kris Austin.

Durant la campagne, Blaine Higgs n’a pas écarté la possibilité de former un gouvernement de coalition avec un tiers parti en cas de gouvernement minoritaire. L’Alliance et le Parti vert ont tous deux fait élire suffisamment de députés pour faire de ce scénario une réalité.

Le Parti vert a remporté deux sièges occupés jusqu’ici par les libéraux alors que l’Alliance a pris deux sièges au Parti progressiste-conservateur et un au Parti libéral.

Les progressistes-conservateurs Kirk McDonald et Pam Lynch ont été défaits par les candidats de l’Alliance.

Les trois anciens députés progressistes-conservateurs francophones qui tentaient de faire un retour en politique, Jeannot Volpé, Danny Soucy et Claude Landry, ont tous perdu leur pari.

Les progressistes-conservateurs étaient en tête du côté des sièges durant la majorité de la soirée, jusqu’à ce que le libéral Gerry Lowe se glisse au premier rang dans Saint-Jean-Havre.

Vers 22h40, Jake Stewart a finalement dépassé le candidat de l’Alliance dans sa circonscription par quelques voix seulement.

La soirée électorale interminable a d’ailleurs eu des airs de déjà vu. Lors de la dernière soirée, en 2014, le dévoilement des résultats avait été profondément troublé par des problèmes techniques chez Élections NB.

À l’époque, ce n’est que dans la nuit que l’on avait appris que le prochain gouvernement allait être formé par les libéraux de Brian Gallant.

Des ténors libéraux tombent

Malgré des résultats bien en deçà de leurs attentes, les libéraux ont vu la plupart de leurs ministres les plus influents être réélus (parmi ceux qui se représentaient).

Brian Gallant retournera à Fredericton en compagnie de bon nombre de ses plus influents lieutenants, dont Cathy Rogers (Finances), Roger Melanson (Conseil du trésor) et Benoît Bourque (Santé) et Gilles LePage (Travail, de l’Emploi et de la Croissance démographique).

Certains membres du cabinet de Brian Gallant n’ont cependant pas survécu aux avancées des partis de droites.

C’est le cas du ministre des Transports et de l’Infrastructure, Bill Fraser, qui a été défait par près de mille voix par la candidate de l’Alliance des gens, Michelle Conroy, dans la circonscription de Miramichi.

Un peu plus au nord, dans Shippagan-Lamèque-Miscou, le ministre de l’Agriculture, des Mines et des Affaires rurales, Wilfred Roussel, a été surclassé par le progressiste-conservateur Robert Gauvin par moins de 100 votes.

Le ministre de l’Aquaculture et des Pêches et leader du gouvernement à l’Assemblée législative, Rick Doucet, a pour sa part été défait par plus de 1300 votes par son opposante progressiste-conservatrice, Andrea Anderson-Mason dans Fundy–Les-Îles–Saint John-Ouest.

Et finalement, le vice-président de l’Assemblée législative et député sortant dans Memramcook-Tantramar, Bernard LeBlanc, a été défait par 11 votes par la verte Megan Mitton.

Un recomptage automatique sera effectué dans cette circonscription, puisque l’écart entre les deux premiers candidats est de moins de 25 voix.

Les mines basses au quartier général des libéraux

Les libéraux réunis au quartier général de Brian Gallant – situé dans le gymnase de l’école de Grande-Digue, ont suivi le dévoilement des résultats dans le calme.

L’atmosphère est restée tendue jusqu’à 21h30, lorsque la circonscription de Saint-Jean-Havre est passée du bleu au rouge sur les écrans, une petite explosion de joie s’est faite entendre.

Cela a donné un brin d’espoir aux libéraux, qui se sont alors retrouvés temporairement avec le même nombre de sièges que les progressistes-conservateurs.

Mais les esprits se sont rapidement calmés lorsque les gens ont réalisé qu’en additionnant leurs 21 sièges aux 3 remportés par le Parti vert (le seul parti, avec le NPD, avec qui Brian Gallant s’est dit ouvert à former une coalition), ils arrivaient à court du chiffre magique de 25 sièges.

– Avec la collaboration du journaliste Mathieu Roy-Comeau