Higgs et Gallant veulent tous les deux gouverner

L’interprétation diamétralement opposée des résultats de lundi soir que font les chefs des deux principaux partis laisse présager d’acrimonieux débats au cours des prochains jours.

Il n’y a aucun doute dans l’esprit du chef du Parti progressiste-conservateur; Blaine Higgs affirme qu’il a remporté les élections et qu’il sera bientôt à la tête du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Le premier ministre sortant, Brian Gallant, n’en est pas aussi convaincu.

Lors de son discours, lundi soir à son quartier général de Grande-Digue, le chef libéral n’a pas concédé la victoire.

Même si les libéraux ont remporté un siège de moins que les progressistes-conservateurs, M. Gallant compte tout de même se présenter chez la lieutenante gouverneure pour lui demander le feu vert afin de tenter de continuer à gouverner.

«Je vais rencontrer la lieutenante gouverneure demain (mardi). Je discuterai avec elle de mes plans afin de faire tout ce que je peux pour collaborer de façon collaborative avec les autres partis politiques pour nous assurer d’adopter des lois qui nous permettront de faire des investissements qui amélioreront la vie des Néo-Brunswickois», a-t-il dit.

Si la lieutenante gouverneure lui donne son aval, Brian Gallant dit qu’il tentera de collaborer avec les autres partis pour adopter des projets de loi un à la fois.

«Je vais m’assurer que l’on rencontre l’Assemblée législative aussi rapidement que possible pour voir s’il va y avoir une tentative possible de procéder au cas par cas, vote par vote, pour voir si l’on peut continuer à faire les types d’investissements que l’on aimerait faire.»

Blaine Higgs n’a pas perdu de temps pour tourner au ridicule les affirmations de Brian Gallant.

«Le système a toujours fonctionné de la même façon. Celui qui remporte le plus de sièges gagne. Il n’y a pas de place aux débats là-dessus. (M. Gallant) n’a pas le choix. Il ne peut pas inventer les règles. Il ne peut pas changer le système parlementaire britannique», a prévenu le chef du Parti progressiste-conservateur.

Le chef libéral, Brian Gallant, lundi soir à Grande-Digue. On reconnaît son épouse, Karine Gallant, à sa gauche. – Acadie Nouvelle: Pascal Raiche-Nogue

Brian Gallant a affirmé lundi soir qu’il a entendu le message lancé par les électeurs néo-brunswickois.

«Soyez assurés que je reconnais tout à fait que les gens ont lancé le message, ils ont dit clairement qu’ils ne veulent pas qu’un seul parti gouverne avec seulement ses idées et son programme.»

En mêlée de presse à sa descente du podium, Brian Gallant a répété quelques éléments clés de son discours.

Il a aussi écarté du revers de la main –comme il l’avait fait durant la campagne– la formation d’un gouvernement de coalition avec l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick.

«Je l’ai (déjà) dit clairement que je ne formerais pas de gouvernement de coalition avec l’Alliance des gens. Il y a des valeurs fondamentales que je dois partager avec tout parti avec qui l’on travaillerait. Et ce n’est juste pas le cas là (avec l’Alliance).»

Il a dit qu’il n’était pas en pourparlers avec le Parti vert pour former une coalition.

Il faut cependant noter que même si les libéraux et les verts unissaient leurs forces, ils n’auraient que 24 votes, un de moins que le chiffre magique de 25 pour obtenir la majorité à l’Assemblée.

Blaine Higgs a quant à lui refusé de parler de coalition lundi soir. Il a cependant répété qu’il était prêt à travailler avec le Parti vert et l’Alliance.

M. Higgs est convaincu que les deux tiers partis pourraient se ranger derrière plusieurs éléments de son programme électoral.

«Il y a des élèves qui attendent de subir une évaluation et nous voulons embaucher plus de psychologues et de psychiatres. Qui sera en désaccord avec ça? Nous voulons avoir plus d’infirmières praticiennes dans le système pour réduire les listes d’attentes. Qui sera en désaccord avec ça», a-t-il suggéré.

«Il y a une tonne de choses sur lesquelles nous pouvons nous concentrer au lieu de passer du temps sur ce qui nous oppose.»

Interrogé sur les risques pour les francophones d’une éventuelle collaboration entre le Parti progressiste-conservateur et l’Alliance, Blaine Higgs a répondu que son parti n’avait pas l’intention de «changer (ses) principes» ou de «mettre de côté (ses) convictions» même s’il était ouvert à l’idée de collaborer avec le parti de Kris Austin.

Blaine Higgs a indiqué qu’il avait l’intention de téléphoner à la lieutenante gouverneure, Jocelyne Roy Vienneau, «au cours des prochains jours» afin de prendre rendez-vous avec elle.

– Avec la collaboration du journaliste Pascal Raiche-Nogue