Un portrait inquiétant pour l’avenir de la baleine noire

Les autorités américaines dressent un portrait inquiétant pour l’avenir de la baleine noire de l’Atlantique Nord. Si la tendance se maintient, tous les efforts de rétablissement des trois dernières décennies seront perdus d’ici 2029.

Des pêcheurs, scientifiques, groupes de conservation et fonctionnaires américains se réuniront à Providence, à Rhode Island, la semaine prochaine afin de s’attaquer au plan de réduction des impacts des engins de pêche sur les mammifères marins.

Alors que les groupes se préparent à défendre leurs propositions, le National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) publie un rapport technique sur les défis au rétablissement des baleines noires.

Le document avance que des changements dans les eaux de la côte est de l’Amérique du Nord exposent les baleines noires à de plus grands risques d’empêtrement. Notamment, les baleines migrent plus loin au nord, et les pêcheurs de homard du Maine déposent leurs casiers plus loin des côtes en raison d’un déménagement des stocks du crustacé dans ces régions.

La résultante est que les baleines ont plus de chance d’entrer en contact avec une ligne de pêche. L’agence estime qu’il y en a plus d’un million dans les eaux américaines et canadiennes.

«Il est logique de conclure que pour renverser le déclin de la baleine noire, il pourrait être nécessaire de réduire les impacts des empêtrements et d’autres interactions humaines néfastes avec les baleines noires au niveau d’avant 2010.»

Le rapport affirme qu’une étude a démontré que 85% des baleines noires se sont empêtrés dans des engins de pêche au moins une fois dans leur vie, et 59% à deux reprises ou plus. Chaque année, 26% d’entre elles se prennent dans du cordage.

Si tous les empêtrements ne sont pas mortels, elles peuvent avoir des impacts importants sur la population des baleines en réduisant le nombre de naissances. La période moyenne entre les grossesses des baleines adultes femelles est passée de 4 à 10 ans.

«Il y a eu beaucoup d’attention entourant les décès directement causés par la collision avec des navires et des empêtrements, mais il y en a moins sur les effets secondaires où les animaux survivent, mais souffrent quand même. Cela est particulièrement évident au niveau des naissances.»

La NOAA craint qu’une réduction de la population dans les dix prochaines années réduise la diversité génétique au point où la survie à long terme de l’espèce soit en péril.

L’agence du gouvernement américain souligne que seulement une ligne de pêche sur 10 000 entre en contact avec une baleine noire. Comme un pêcheur et ses descendants peuvent passer «des générations sans empêtrer une baleine noire», plusieurs ont l’impression que «tous ces empêtrements arrivent ailleurs».

La NOAA affirme cependant qu’il n’y a «aucun endroit pêché sur la côte est de l’Amérique du Nord où le risque d’empêtrement est zéro».

Dans ses propositions de mesures de rétablissement, le groupe de protection des animaux Whale and Dolphin Conservation suggère de réduire le nombre de lignes de pêche verticales de moitié en cinq ans.

Alors que les Américains se penchent sur les mesures à prendre pour protéger les baleines noires dans les eaux américaines, un travail semblable a lieu au Canada avec des représentants de l’industrie et des fonctionnaires fédéraux. Des groupes de travail doivent se réunir cet automne, et les mesures de protection pour la pêche de 2019 seront annoncées vers la fin de l’hiver prochain.

Le rapport de la NOAA remis en question

Le Commissaire des ressources marines du Maine, Patrick Keliher, remet en question le «mérite scientifique» du nouveau rapport de la National Oceanic and Atmospheric Administration.

M. Keliher affirme que le rapport ne dresse pas un portrait complet de la situation. Il craint que les mesures de conservation qui en découlent n’aideront pas les baleines, mais causeront des pertes financières aux pêcheurs, en plus de mettre leur sécurité à risque.

Le commissaire avance que la NOAA cite des sources inappropriées et que certaines de ses conclusions sont contradictoires.

M. Keliher a affirmé au Press Herald, un quotidien du sud du Maine, que la NOAA semble placer «une cible sur le dos de l’industrie du Maine du homard».

«Le portrait ne s’appuie sur la meilleure science disponible. Si on utilise le mauvais point de départ, et c’est ce qu’est ce rapport – un mauvais point de départ -, quelles sortes de réglementations allons-nous imposer? Ce seront des mesures qui feront tort à l’industrie du homard et qui ne vont pas faire grand-chose pour aider les baleines noires. C’est injuste.»