Un détective qui a aidé à résoudre le meurtre d’une fillette se réconcilie avec le passé

Il a fallu plus de deux décennies à Mike Richard pour se rendre compte à quel point il était profondément affecté par son travail dans une affaire dévastatrice qui a secoué la ville de Fredericton.

L’ancien détective était l’un des principaux enquêteurs qui ont contribué à la condamnation de Murray Edward Lyons dans le viol et le meurtre de Jackie Clarke, âgée de huit ans, en 1995.

«À cette époque, dans la communauté, c’était le pire crime qui s’était jamais produit», a déclaré M. Richard dans une interview. «C’était le pire cauchemar d’un parent.»

Lyons, alors dans la trentaine, a attiré la jeune fille loin de l’endroit où elle jouait avec des amis dans une zone boisée du nord de la ville. Il l’a emmenée plus profondément dans les bois avec son VTT, où il l’a agressée sexuellement, l’a assassinée et l’a laissée dans une tombe peu profonde.

Cette affaire macabre et surtout la manière dont Mike Richard a interrogé Lyons et a aidé à résoudre le crime sera présentée jeudi dans l’épisode de la série de documentaires télévisés de CBC «Les détectives» – une expérience qui, selon lui, l’a aidé à surmonter le traumatisme de l’enquête.

«C’était une affaire très difficile, à bien des égards: mon neveu était impliqué, c’était un gamin de huit ans, c’était un meurtre», a déclaré M. Richard, dont le jeune neveu jouait avec Jackie lorsqu’elle a été enlevée, et qui a fini par identifier Lyon.

Le tueur a reconnu qu’il avait emmené Jackie faire un tour en VTT, mais a nié catégoriquement toute implication dans sa mort. Il n’y avait pas assez de preuves matérielles pour une condamnation, donc tout était basé sur l’interrogatoire.

«Si nous n’avions pas eu d’aveux, nous ne l’aurions jamais jamais mis en prison.»

Après avoir demandé conseil à un détective américain aujourd’hui à la retraite, M. Richard a reçu des directives qu’il a jugées peu recommandables: prétendre que l’enfant était responsable de son propre viol et de son meurtre.

«C’était difficile à faire, étant donné qu’elle avait huit ans», a déclaré Richard.

Mais cela a fonctionné: Lyon a finalement admis le meurtre et a été envoyé en prison. Il a ensuite été tué par un codétenu dans sa cellule.

Mike  Richard soutient s’être isolé pendant qu’il travaillait sur l’affaire, prenant ses distances de sa femme, de ses amis et de ses collègues. Il a également évité tout rapprochement avec la famille de Jackie, une tâche qu’il avait laissée à son partenaire à l’époque.

«Je m’enterrais moi-même, j’élevais des murs autour de moi», dit-il.

«En y repensant, je pensais le faire pour pouvoir me concentrer sur l’affaire … (mais) c’était peut-être une faiblesse de ma part.»

Après que l’affaire eut été classée, M. Richard mentionne qu’il avait remisé cette triste histoire au fond de son esprit. Il y pensait de temps en temps, comme quand il passait près de l’endroit où la jeune fille avait été vue vivante pour la dernière fois, mais il l’ignora en grande partie jusqu’à ce qu’il soit contacté par CBC.

À la suite de son passage à l’émission «Les Détectives», il est d’avis que les policiers devraient être plus à l’aise de partager leurs histoires et de parler de la manière dont ils sont affectés par leur travail.

«Ils doivent toujours tout garder pour soi et projeter une image forte en public, mais ils souffrent en privé, comme moi», a-t-il déclaré.

«Rester accroché à ces expériences et ne pas en parler à qui que ce soit n’est pas bénéfique à long terme, je peux certainement en témoigner.»

À la suite de la récente tragédie de Fredericton, une fusillade qui a coûté la vie à quatre personnes, dont deux policiers, M. Richard espère que son récit contribuera à humaniser les policiers.

Après s’être reconnecté avec la famille de la petite Jackie lors du tournage de l’épisode, il a lancé une page sur GoFundMe avec les frais de consultation obtenus pour la série. L’argent récolté servira à commémorer la fillette.