Des citoyens proposent de «faire le travail d’Ambulance NB»

La mairesse de Saint-Quentin est plutôt ambivalente face à l’idée de voir se former une équipe d’intervention communautaire afin de répondre plus rapidement aux urgences… que les ambulances.

Nicole Somers l’avoue, elle ne sait plus vers qui se tourner pour que soit enfin prise au sérieux la situation du temps de réponse des ambulances au Restigouche-Ouest, une situation qui, selon elle, fait du sur place depuis trop longtemps.

Les incidents où les ambulances ne sont pas intervenues dans un délai acceptable ou ne se sont tout simplement pas montrées s’accumulent à un rythme fou.

«Et on a beau les exposer publiquement, dénoncer la situation, demander l’aide de notre gouvernement, rien n’a été fait. C’est navrant et totalement inacceptable», souligne l’élue de Saint-Quentin.

Encore en fin de semaine, un autre incident a marqué la communauté. Et une fois de plus, le pire a été évité grâce à l’intervention de citoyens et non de paramédicaux.

Rappel des faits. Vendredi soir, un cycliste de Saint-Quentin a été happé par une voiture alors qu’il circulait sur la rue Canada. Des citoyens sont rapidement intervenus afin de lui prêter secours. Une ambulance a été appelée en renfort, mais aucune n’était alors disponible sur le territoire, celle en poste en temps normal étant en cours de transfert. Une ambulance de l’extérieur a été redirigée vers Saint-Quentin, mais le temps de réponse était évalué à plus d’une quarantaine de minutes. Des citoyens, supervisés par une docteure de la région, ont alors offert les premiers secours et transporté le blessé à bord d’un VUS jusqu’à l’hôpital.

«Ils ne pouvaient pas le laisser comme ça, le soir, blessé au milieu de la rue, en attente d’une ambulance qui n’arrive pas. C’était une bonne décision, mais ça soulève de sérieuses questions quant à la rapidité des interventions d’urgence dans notre secteur. Les gens ont de plus en plus peur, et avec raison», soulève M. Somers.

«On est rendu au point où la population ne se sent plus en sécurité. On ne peut même pas avoir une ambulance pour un accident sur la rue Canada un vendredi soir. C’est grave ça! Quand on compose le 911, on se pose désormais la question est ce qu’on va venir m’aider ou pas?», ajoute-t-elle.

Exaspérés, certains citoyens veulent maintenant prendre les choses en main et créer leur propre équipe d’intervention d’urgence. Une rencontre communautaire doit justement avoir lieu afin de discuter de cette possibilité.

«On est vraiment rendu là, à faire le travail d’Ambulance NB à sa place? C’est très délicat. On ne peut pas ne pas venir en aide à nos citoyens, mais en même temps, c’est le mandat d’Ambulance NB d’assurer ce service. Je ne crois pas que l’on doive commencer à prodiguer des services (gratuitement) censés être offerts par Ambulance NB. Il y a toute une question de responsabilité juridique et d’imputabilité derrière cela», ajoute-t-elle.

Pour Joanne Fortin, présidente du Comité permanent de la santé de Saint-Quentin, cette idée est effectivement un couteau à double tranchant.

«Si nos gens prennent la situation en main, jamais Ambulance NB ou le gouvernement ne vont se forcer à trouver des solutions aux problèmes. Mais est-ce qu’on peut blâmer les gens d’en avoir assez, d’avoir peur pour leur sécurité et de vouloir que ça change? Car c’est exactement ça qui se passe en ce moment», dit-elle.

Rencontre au programme

Une implication vigoureuse du gouvernement afin de donner un coup de barre à l’offre de services ambulancière sur le territoire s’avère être la solution, selon les deux femmes.

Pour elles, cela devrait se traduire par deux ambulances à temps plein, sept jours semaine, sur le territoire du Restigouche-Ouest ainsi que la mise sur pied d’un système de transfert interhospitalier alternatif pour les patients non urgent, un système nolisant moins de ressources.

«Ces solutions sont connues depuis longtemps. On en avait besoin hier et à ce stade-ci, je ne vois pas comment on pourrait exiger moins. Le service actuel n’est plus acceptable», dit la mairesse, demandant rien de moins que l’intervention de Fredericton.

Ces solutions, elles pourront en faire part directement au directeur général d’Ambulance NB, Richard Losier, qui a accepté de participer à une rencontre afin d’essayer de débloquer le dossier.

«J’ai passé près d’une heure avec lui au téléphone, mercredi matin, et nous avons convenu qu’une rencontre était plus que nécessaire. Celle-ci aura lieu à huis clos. Lors de notre entretien, il s’est montré très réceptif face à notre situation et a promis de travailler fort à régler le problème. On verra bien ce que ça donne, mais on doit donner la chance au coureur. C’est encourageant», souligne Mme Fortin.

Selon elle, on doit d’ici là définitivement travailler à apaiser les tensions et le sentiment d’insécurité de la population.

«Cette tension est, malheureusement, souvent redirigée vers les mauvaises personnes. Nos ambulanciers sont souvent injustement pointés du doigt. Ils se font apostropher par des gens et se font dire qu’ils ne font pas leur job. Mais ce n’est pas leur travail qui est le problème, c’est le système qui est malade et on doit le soigner», conclut-elle.