Saison catastrophique pour les vergers du Sud-Est

L’année 2018 sera à oublier pour les pomiculteurs. Plusieurs d’entre eux ont perdu la plus grande partie de leur récolte en raison du gel survenu en juin dernier.

Habituellement fréquentées par les familles venues faire le plein de pommes, les rangées du verger de la ferme Marcel Goguen sont vides cet automne. L’autocueillette n’aura pas lieu.

«On n’a pas de pommes, on a eu des pertes de 95%. Pour nous, c’était le revenu principal à la ferme», soupire Bernadette Goguen, dépitée.
En 35 ans d’activité, la copropriétaire de la ferme de Cocagne n’avait jamais subi une telle infortune. Dans la nuit du 3 au 4 juin, le mercure a plongé sous le point de congélation pendant une période prolongée.

La température la plus basse enregistrée à Moncton était de – 2,3°C, c’est-à-dire la température la plus basse enregistrée un 4 juin depuis plus de 100 ans.
«Nos arbres étaient en pleine floraison. À -5°C, ça a brisé les fleurs. Ce n’est vraiment pas commun, on est un peu triste mais on est résilient, ajoute Bernadette Goguen. On va s’organiser et je suis certaine qu’on aura une bonne saison l’an prochain!»

Non loin de là, à la Fleur du Pommier, les visiteurs viennent cueillir les fruits d’arbres plutôt dégarnis. Ici, le gel tardif a emporté les trois quarts de la récolte.
«Dans nos champs on a mesuré jusqu’à -7°C, ça a fait beaucoup de dégâts», souligne Euclide Bourgeois, impliqué dans l’entreprise depuis des années. Conséquence: l’entrepôt du verger est déjà presque vide.

«On a seulement le quart du personnel pour la cueillette et on n’aura pas de pommes à envoyer chez les détaillants», déplore M. Bourgeois. La saison d’autocueillette sera donc raccourcie et la production de cidre sera réduite.

Le producteur prévoit une perte de revenus importante, mais explique qu’il est encore trop tôt pour évaluer la perte financière. Il s’attend à recevoir un dédommagement de l’assurance récolte auquel le verger a souscrit et espère bénéficier du programme fédéral Agri-stabilité qui garantie une protection en cas de perte de revenus.

«On ne saura pas à quelle aide on aura droit avant la fin de la récolte», note Euclide Bourgeois.

Kenneth Carrier, propriétaire de la ferme Williams à Saint-Antoine, se retrouve dans une situation similaire. Le rendement des 5000 arbres de la ferme s’est effondré cette année.

«C’est du jamais vu, on a perdu 80% de nos pommes», dit-il. «L’autocueillette fonctionne normalement, mais les chambres dans lesquelles je stocke les pommes pour les vendre à l’année sont vides…»

Les vignerons et les producteurs de fraises et de bleuets de la région ont été eux aussi durement touchés par le climat de juin. À noter que les agriculteurs des provinces maritimes frappés par le gel tardif pourront recevoir le soutien financier de Financement agricole Canada.