Comment agir face à «l’animal le plus dangereux au N.-B.»?

Les chances qu’on se retrouve face à face avec un orignal en rut sont très minces, mais pas inexistantes. Des experts se prononcent sur les meilleures façons d’agir devant «l’animal le plus dangereux au Nouveau-Brunswick».

Paul Gallant, un coureur originaire de Bathurst, ne s’imaginait pas qu’il combattrait un jour un orignal en rut. Pourtant, c’est ce qui lui est arrivé vendredi, dans un sentier d’un quartier résidentiel de Dieppe, un endroit où on n’a pas l’habitude de croiser de si gros animaux.

Quand il a réalisé qu’il se retrouvait dans la mire du cervidé, M. Gallant a tenté de se faire le plus petit possible et de se cacher dans un fossé.

Paul Arseneau, un chasseur et un guide de chasse d’expérience, affirme que cette décision lui a «peut-être sauvé la vie».

«On ne pourra jamais s’imposer face à un orignal pour le faire fuir. C’est impossible: il est trop énorme. Contrairement à une rencontre avec un ours (où l’on doit se faire le plus imposant possible en agitant les bras), on doit se mettre de biais face à l’animal et garder les bras près du corps, pour lui montrer une silhouette linéaire à deux pattes. Souvent, ceci peut le faire décrocher puisqu’il préfère affronter une bête à quatre pattes!», mentionne celui qui étudie l’orignal depuis plus de 35 ans.

Léon LeBlanc, superviseur au ministère du Développement de l’énergie et des Ressources naturelles, est également d’avis qu’il vaut mieux d’éviter la confrontation si possible. Il conseille de s’éloigner de la bête et surtout de ne jamais «s’approcher pour prendre une photo».

«C’est bien mieux d’éviter la confrontation, surtout avec un adulte mâle. Lui, il est prêt à poursuivre son adversaire jusqu’à ce qu’il s’en aille, surtout s’il y a une femelle dans le coin. Il (Paul Gallant) ne l’a peut-être pas vue, mais je soupçonne qu’il y avait une femelle près de là. Ça se peut qu’ils se courtisaient. Le mâle, dans le temps du rut, est probablement l’animal le plus dangereux au Nouveau-Brunswick.»

M. LeBlanc conseille aux personnes qui se promènent dans l’habitat des orignaux d’apporter un sifflet afin d’intimider les grosses bêtes dans le cas où une confrontation semble inévitable. Un bruit de sifflet ou un cri strident a plus de chance de faire fuir l’orignal qu’un cri court et agressif, ajoute M. Arseneau. Selon lui, les cris de «wouah!» ont plutôt l’effet de stimuler l’orignal au combat.

Si une confrontation directe a lieu – comme ce fut le cas pour Paul Gallant – «crier et faire du bruit n’est pas une mauvaise idée», avance M. LeBlanc. Lors de l’attaque de vendredi dernier, le cervidé s’est seulement éloigné quand un groupe de personnes est arrivé en criant pour lui faire peur.

«Paul Gallant s’en est tiré indemne, car il a maintenu son sang-froid. C’est l’élément clé dans cette histoire», affirme M. Arseneau.

«Il ne faut pas laisser la panique nous faire prendre des décisions qui pourraient envenimer une situation déjà compromettante. Ce coureur a surpris un gros gibier en rut dans une courbe d’un sentier, tous les éléments étaient réunis pour une situation problématique. Le coureur n’y était pour rien, c’est le fruit du hasard.»

Le chasseur suggère de faire particulièrement attention durant la période de reproduction, qui s’échelonne de la fin septembre jusqu’au début octobre. Les orignaux mâles sont gorgés d’hormones et s’aventurent dans des secteurs qu’ils n’ont pas l’habitude de fréquenter. Une mère avec son petit, au printemps, peut aussi être agressive.

«On aime être dans la forêt, mais c’est l’habitat des animaux sauvages. Il faut les respecter.»