Organigram à la conquête du marché canadien

Organigram est en passe de réussir son pari de devenir l’un des gros joueurs du marché du cannabis récréatif. Le producteur de Moncton a commencé à expédier ses produits dans huit provinces canadiennes en vue du 17 octobre, date de la légalisation.

Mercredi, cinq variétés de cannabis cultivées à Moncton, se retrouveront sur les tablettes des magasins de Cannabis NB, commercialisés sous la marque projet Edison. Les produits d’Organigram seront d’ailleurs en vente un peu partout au pays puisque l’entreprise a signé des ententes d’approvisionnement avec Terre-Neuve-et-Labrador, l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, l’Ontario, l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba.

«Nous sommes tout à fait prêts, nous nous y préparons depuis plus d’un an», assure Ray Gracewood, directeur commercial d’Organigram.

Pour les gouvernements provinciaux comme pour les producteurs, la légalisation ressemble à un saut dans l’inconnu, reconnaît Ray Gracewood. Difficile de prévoir avec certitude à quoi ressemblera ce marché naissant au lendemain du 17 octobre.

«Le taux de croissance dans chaque province va dépendre de l’expérience du consommateur, de la qualité et de la disponibilité du produit, mais aussi de la facilité de s’en procurer, mentionne-t-il. Tout cela va influencer la façon dont les provinces parviennent à lutter contre le marché illégal. Certaines juridictions ne proposeront que de la vente en ligne, nous croyons que les provinces qui auront des magasins auront une croissance bien plus rapide. Toutes les provinces ne sont pas au même niveau de préparation, mais dans ce domaine, le Nouveau-Brunswick est à l’avant-garde.»

Le mois dernier, Statistique Canada avançait que d’ici la fin de l’année, 5,4 millions de personnes acheteront du cannabis sur le marché légal et que 1,7 million de personnes continueront à s’approvisionner sur le marché noir. C’est bien plus que ce qu’avait estimé à la fin 2016 le directeur parlementaire du budget, qui prévoyait 4,6 millions de consommateurs de cannabis en 2018.

Un développement à toute vitesse

Organigram est en tout cas prêt à se tailler une part de ce gâteau. Actuellement, l’entreprise est capable produire 36 000 kg de cannabis par an. Son objectif est de porter ce volume à 113 000 kg d’ici octobre 2019.

Ses installations, situées dans le parc industriel de Moncton, ont connu deux agrandissements: les lieux comptent aujourd’hui 51 salles de culture, deux salles de conditionnement et un entrepôt. Un nouvel agrandissement ajoutera 91 salles de culture au début de l’an prochain.

Le producteur poursuit donc sa croissance folle et son recrutement intensif. Alors qu’elle ne comptait qu’une soixantaine d’employés l’an dernier, l’équipe d’Organigram regroupe désormais 430 personnes. Une nouvelle vague d’embauches est prévue en mars 2019.

«On a mis beaucoup de temps et d’énergie pour devenir un joueur à l’échelle nationale, note M. Gracewood. Nous sommes en très bonne position. Lorsque le marché se sera développé, nous croyons que notre produit sera disponible d’un océan à l’autre.»

Vers une pénurie de cannabis?

Plusieurs experts prédisent déjà que l’engouement autour du produit nouvellement décriminalisé créera une pénurie au bout de quelques mois.

Selon l’Institut C.D. Howe, l’offre de cannabis légal au Canada ne permettra de répondre que de 30% à 60% de la demande totale. Les chercheurs estiment que la demande pour l’ensemble du pays sera d’environ 610 tonnes de cannabis, alors que la production prévue pour le quatrième trimestre de 2018 ne devrait atteindre que de 146 tonnes, en raison de la lenteur du processus d’attribution de licence aux producteurs.

Ray Gracewood n’écarte pas un tel scénario. «Tout va dépendre de la vitesse à laquelle le marché du cannabis récréatif s’élargit et remplace le marché illégal, dit-il. Il faudra aussi que les producteurs licenciés soient capables de livrer la marchandise et, pour être franc, je pense que beaucoup ne seront pas capables d’honorer leurs engagements.»

Organigram s’attend toutefois à une saturation du marché d’ici deux ou trois ans, en raison d’un ralentissement de la demande conjugué à un plus grand nombre de joueurs. L’entreprise a donc décidé de se tourner dès à présent vers l’exportation.

Plus tôt cette année, elle a mis la main sur 25% d’Alpha-cannabis, une compagnie allemande. La manoeuvre lui permet de distribuer ses produits à travers 20 000 pharmacies en Allemagne, dont le gouvernement a donné le feu vert à la prescription de cannabis médical, mais n’a pas encore autorisé la production sur son territoire.

Depuis mai, Organigram exporte également de la marijuana à usage médical vers l’Australie grâce à un partenariat avec la société Cannatrek Medical.

«Nous avons des discussions avec d’autres partenaires potentiels à l’étranger, indique M. Gracewood. Il y a très peu d’opportunités pour le moment à l’international, mais beaucoup de pays vont étudier l’exemple du Canada pour développer leur modèle.»