Ce ne sont pas les défis qui manquent pour les municipalités

L’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB) compte bien profiter de l’incertitude politique dans laquelle la province est plongée depuis le 24 septembre pour se faire entendre par les différents partis.

«On a formulé des demandes lors de la campagne et demandé aux différents partis de se positionner face à celles-ci. Et de façon générale, nous ne sommes pas satisfaits des réponses. C’est certain que nous allons revenir à la charge.»

Le président de l’AFMNB, Luc Desjardins, a beaucoup d’attentes face au prochain gouvernement qui siégera à l’Assemblée législative. Qu’il soit libéral ou conservateur lui importe peu.

Car ce ne sont pas les défis qui manquent pour les municipalités de la province.

«Et pourtant, au cours des dernières semaines, on n’a pas senti que nous étions une priorité pour les partis politiques. Mais avec ce qui est arrivé, avec les résultats qu’on connaît de l’élection, on a une chance de se faire entendre», souligne M. Desjardins.

Comme près de 300 autres maires et conseillers des principales municipalités francophones du Nouveau-Brunswick, Luc Desjardins se trouve actuellement à Balmoral dans le Restigouche en fin de semaine où se déroule le 29e congrès de l’AFMNB.

Le thème cette année est La collaboration comme moteur de développement, un slogan qui sied parfaitement bien à la situation politique à Fredericton sans toutefois y être un clin d’oeil officiel.

Certes, l’événement permet aux élus de réseauter et d’assister à différents ateliers portant sur le monde municipal. Il s’agit toutefois aussi d’une occasion d’aborder des dossiers sensibles qui ont des impacts directs sur les municipalités et leurs citoyens.

Parmi les dossiers qui figurent en tête de ses préoccupations: le partage des revenus de la taxe sur la vente du cannabis, la révision de la fiscalité municipale (urgence pour une nouvelle réforme nécessaire?), l’immigration et la protection du français.

Mais pour que ces dossiers progressent, ce qu’il faut avant tout, selon M. Desjardins, c’est un partenaire ouvert à la table.

«On avait une bonne relation avec l’ancien ministre (Serge Rousselle) et on souhaite que cela se poursuive, que le futur interlocuteur du nouveau gouvernement soit à l’écoute de nos préoccupations. On avait un niveau de collaboration que je qualifierais “d’utile” et c’est ce qui doit prévaloir avec le prochain gouvernement, quel qu’il soit», a-t-il souligné.

Langue

Le dossier de la langue s’est invité par la grande porte au congrès de l’AFMNB et risque, selon M. Desjardins, d’être en toile de fond de nombreux échanges.

«C’est dans l’air du jour, sur les lèvres de tous les élus ou presque», indique M. Desjardins.

En fait, la protection du français est un enjeu très important pour les membres, au point qu’il est ressorti très majoritairement en tête dans le cadre d’un sondage maison visant à dégager les grandes priorités de l’organisation.

«Ça nous a surpris, agréablement surpris. Ça nous a investi de la légitimité de prendre la parole dans ce dossier», indique-t-il.

Immigration

Avec les nombreuses localités aux prises avec le phénomène de la décroissance démographique et de son effet pervers – le manque de main-d’œuvre – l’immigration est un autre enjeu crucial pour l’association.

L’AFMNB souhaite que le gouvernement en fasse davantage pour valoriser et accentuer l’immigration francophone. En fait, on demande la dualité en immigration, une parité.

«Car actuellement, ce n’est pas ce qui se produit. On fait face à un sérieux déficit par rapport aux anglophones au niveau du recrutement de nos immigrants. La province accueille chaque année beaucoup plus d’anglophones que de francophones, si bien qu’on perd constamment du poids au niveau démographique. Les immigrants anglophones ne vont pas non plus s’installer dans nos villes et villages francophones. Si on ne s’attaque pas à cette question dès maintenant, on va en payer le prix fort dans quelques années en devenant une force négligeable sur le plan politique», estime M. Desjardins, prônant la création d’une unité gouvernementale dont la tâche principale serait le recrutement d’immigrants francophones.

Cannabis

Le congrès de l’AFMNB se tient à quelques jours d’un moment historique ou, à tout le moins, du fait divers de l’année: la légalisation du cannabis. Ce changement est-il craint par les municipalités?

«Beaucoup y pensent et en parlent, mais ce n’est pas quelque chose que l’on craint», assure le président de l’association.

Luc Desjardins ne croit pas que l’on assistera du jour au lendemain à une hausse incroyable du nombre de consommateurs ni qu’il y aura des gens avec un joint aux lèvres à tous les coins de rue. Ce qui l’inquiète, lui et ses membres, c’est l’effet qu’aura cette légalisation sur l’administration de la justice et des services de police.

«C’est nous qui devrons payer pour les appareils de détections et pour le temps supplémentaire des policiers en Cour, car je m’attends à ce qu’il y ait beaucoup de contestations dans les mois, voire même les années à venir», estime M. Desjardins.

Selon lui, ces situations engendreront inévitablement des coûts additionnels pour les municipalités, de là l’importance d’avoir un partage équitable des futurs revenus de la vente du cannabis.