Un service dans sa langue grâce à la carte d’assurance-maladie?

Une modification à la carte d’assurance-maladie pourrait aider les patients néo-brunswickois à recevoir du service dans la langue de leur choix au sein du système de santé.

L’idée fait tranquillement son chemin depuis environ trois ans: ajouter un marqueur de langue sur les cartes d’assurance-maladie et dans le dossier électronique qui y est associé pour faciliter l’accès aux soins dans la langue du patient.

De la même façon que la carte de ceux qui ont accepté de donner leurs organes après leur décès affiche un «D» dans le coin inférieur droit, on pourrait y ajouter la mention «FR» ou «ENG» pour informer le personnel du système de santé.

Avec cette mention au dossier, les gestionnaires pourraient notamment assurer à l’avance qu’un employé sera sur place pour servir le patient dans sa langue le jour de son rendez-vous.

Le marqueur de langue pourrait aussi s’avérer très utile en cas d’accident grave, selon le directeur général de la Société Santé et Mieux-Être en français du Nouveau-Brunswick, Gilles Vienneau.

«Admettons que je suis dans un accident de voiture et que je suis inconscient. Si on fouille dans mes poches et qu’on trouve ma carte d’assurance-maladie (…) ça va être commode quand je vais me réveiller», explique-t-il.

«Les personnes qui subissent un traumatisme, lorsqu’elles se réveillent, même si elles parlent cinq langues, c’est la langue maternelle qui revient.»

Le simple nom d’un individu ne suffit pas toujours à déterminer sa langue, rappelle M. Vienneau. Tous les LeBlanc ne sont pas des francophones et tous les Smith ne sont pas des anglophones.

C’est la Société Santé et Mieux-Être qui a porté cette idée à l’attention du gouvernement provincial.

Deux réunions avec des représentants du ministère de la Santé ont déjà eu lieu et un groupe de travail est en train d’être mis sur pied.

Le ministère de la Santé n’a pas souhaité nous accorder une entrevue à ce sujet. Un porte-parole a cependant indiqué par courriel que le ministère «examine actuellement diverses options en vue de recueillir et de valider ce genre de renseignements» comme la langue des patients.

«L’idée d’un identifiant intégré à la carte d’assurance-maladie figure parmi ces options», a confirmé Paul Bradley.

Bien que la décision n’a pas encore été prise et qu’aucun échéancier n’a été fixé, Gilles Vienneau est optimiste.

«Nous espérons que d’ici à trois ou quatre ans, ils vont peut-être nous demander lors du renouvellement de la carte tous les 5 ans c’est quoi votre langue maternelle et c’est quoi votre langue de préférence au niveau du service.»

Certains hôpitaux indiquent déjà la langue de préférence des patients à l’aide d’un bracelet ou d’un autocollant sur le formulaire d’admission.

Les patients francophones ont cependant souvent de la difficulté à se faire servir en français dans le Réseau de santé Horizon. Selon le sondage 2016 du Conseil de la santé du Nouveau-Brunswick, seulement 42% des patients francophones obtiennent «toujours» du service en français chez Horizon.

Dans son plus récent rapport annuel, le Commissariat aux langues officielles souligne l’existence d’une «culture organisationnelle qui tolère le non-respect des droits linguistiques» au sein du réseau de santé anglophone.

Gilles Vienneau assure toutefois que le système de santé possède déjà les ressources nécessaires pour servir les patients dans leur langue, à condition de les utiliser correctement.

«La capacité du système est beaucoup plus grande qu’on ne le pense. La présidente-directrice générale du Réseau Horizon veut absolument que les capacités soient améliorées», dit-il.

Le Nouveau-Brunswick n’est pas la seule province à songer à ajouter un marqueur de langue sur la carte d’assurance-maladie. L’Ontario et l’Île-du-Prince-Édouard sont aussi à différentes étapes dans ce processus.