Tracadie: une femme nomme ses présumés agresseurs sur Facebook

Laver son linge sale dans la grande famille de Facebook et des réseaux sociaux n’est peut-être pas la meilleure idée quand ça concerne un dossier criminel en cours. En pensant faire un bon coup en dénonçant ses agresseurs, une présumée victime peut même se retrouver au banc des accusés.

Il y a quelques jours, une femme de la région de Tracadie a diffusé un message long de 12 minutes sur sa page Facebook dans laquelle elle raconte avoir été droguée, battue et agressée sexuellement le 30 mars.

Disant n’avoir plus rien à perdre et critiquant la lenteur de l’appareil judiciaire, elle va même jusqu’à nommer ses deux supposés agresseurs.

Cette vidéo a rapidement fait le tour de la toile, avec 250 000 visionnements et près de 9000 partages.

Le sergent Marc Beaupré, du détachement de Tracadie de la GRC, confirme qu’une enquête est en cours contre l’une des deux personnes que la présumée victime nomme dans sa vidéo. Le dossier est dans les mains des procureurs de la Couronne. Ils auront à décider si des accusations seront portées selon les éléments de preuve.

Cependant, d’autres personnes ont porté plainte à la GRC pour libelle diffamatoire envers la présumée victime. Un dossier d’enquête a été ouvert. Ces personnes ont été appelées à rencontrer un avocat afin d’établir la suite des choses.

Le sergent Beaupré confirme que la GRC a demandé à la victime de retirer sa vidéo, mais elle aurait refusé.

«Un tel commentaire peut se tourner contre la personne qui l’émet, explique le policier. Oui, les réseaux sociaux peuvent être un outil d’enquête, mais pas au point de se faire justice soi-même ou de laver son linge sale. Ce que la présumée victime fait dans cette vidéo est du libelle diffamatoire contre une ou des personnes qui ne sont pas encore accusés. Si elle est déçue de la lenteur du processus, elle peut porter plainte au ministère de la Justice.»

Sans vouloir minimiser les allégations faites par la présumée victime, les conséquences de ses propos sur Facebook peuvent être très importantes, selon l’agent de la paix.

Ça contraint l’enquête en cours, les accusés peuvent utiliser ce message pour affirmer qu’ils n’ont plus la chance de se défendre légalement – selon le principe qu’une personne est innocente jusqu’à preuve du contraire – et la Couronne ne peut pas l’inclure comme preuve parce que la déclaration n’a pas été faite sous serment ou devant un policier.

«La GRC s’est donnée corps et âme et a pris la plainte de la victime au sérieux. Mais s’il y a libelle diffamatoire et si elle a dit sur Facebook quelque chose qui est différent de ce qu’elle nous a dit, ça mine sa crédibilité», poursuit le sergent Beaupré.

Si la plaignante est formellement accusée et reconnue coupable d’avoir nui à l’enquête ou de libelle diffamatoire, elle est passible de six mois d’emprisonnement ou d’une amende de 2000$.

S’il y a effectivement eu agression sexuelle, le ou les coupables sont passibles d’une peine beaucoup plus lourde.