L’Université de Moncton «doit créer une culture de changement»

L’institution d’enseignement acadienne possède-t-elle la capacité de se renouveler pour demeurer pertinente et faire face aux défis financiers et démographiques qui l’attendent? L’enjeu était au coeur d’une conférence organisée mardi soir par l’alUMni de l’Université de Moncton.

«Si nous ne nous transformons pas alors que le monde autour de nous change à une vitesse accélérée, nous risquons d’être marginalisés», a lancé Mario Thériault, président du comité organisateur, en guise d’ouverture à la discussion.

«On compétitionne pour des étudiants, pour de nouveaux professeurs, pour des fonds publics, pour des fonds de recherche. Il faut se voir comme une entité innovante, ouverte, créative, en changement perpétuel.»

M. Thériault croit que certaines questions ne pourront pas être écartées.

«Peut-on vraiment garantir une éducation de qualité sans masse critique d’étudiants dans certains programmes? Pourquoi est-il si difficile de modifier des programmes?»

Le recteur par intérim, Jacques Paul Couturier, n’est pas de cet avis. Le «trio de la discorde» que forment la mission de l’Université, sa gouvernance et sa structure à trois campus sont pour lui de «faux problèmes». «Les défis se situent ailleurs», avance-t-il.

L’Université doit avant tout actualiser ses programmes d’étude, moderniser ses méthodes d’enseignement et créer une «culture de changement et d’innovation», croit M. Couturier.

«L’Université doit aussi augmenter ses revenus. À moins que son modèle de financement public ne change, malheureusement le financement devra provenir plus largement des droits de scolarité, sinon l’institution n’aura plus les moyens de ses ambitions.»

L’économiste Richard Saillant, ancien vice-recteur, a ensuite dressé un état des lieux sans concession de l’institution. Les dernières années ont été marquées par des subventions provinciales plus faibles et un déclin des inscriptions. L’état des finances publiques conjugué au déclin démographique assombrissent l’horizon, souligne M. Saillant.

«L’université risque de faire face à un choc majeur. Elle devra prendre des décisions et vivre à l’intérieur de ses moyens.»

Or, il constate que le mode gouvernance de l’Université de Moncton freine sa capacité à se restructurer et à se réinventer.

«Il y a un certain carcan», dit-il.

Richard Saillant suggère de se pencher sur le modèle de l’Université Mount Allison, qui «donne plus de latitude et de marge de manoeuvre au recteur au conseil des gouverneurs».

Par la suite, Lise Dubois, professeure en linguistique et ancienne vice-rectrice adjointe à la recherche, s’est exprimée sur la mission généraliste de l’université.

«Elle est intimement liée à son utilité sociale, rappelle-t-elle. Une partie de nos jeunes acadiens ne pourraient pas venir ici parce qu’on n’offre pas les programmes. En même temps, ça devient difficile de se spécialiser dans certains domaines. C’est ça le piège.»

Elle appelle surtout à un renouvellement des méthodes d’enseignement.

«Il faut s’assurer de ne pas juste remplir le crâne des étudiants de connaissances, mais leur transmettre des connaissances utiles, en lien avec des compétences.»

Le sociologue Marc Johnson a, quant à lui, souligné le rôle décisif qu’aura à jouer le prochain recteur.

«Ça va commencer par le leadership, il faut qu’il ait une vision du changement, il faut un réformateur», insiste-t-il.

Selon lui, l’université de demain doit être centrée les aspirations de l’étudiant, capable de répondre aux défis du 21e siècle et savoir tirer profit de la technologie afin de développer l’enseignement à distance. «L’Université doit se repenser, car sa clientèle n’est plus captive et la concurrence est plus forte.»