Cannabis: les premiers clients sont sur un nuage

«C’est une super journée.»

Maryse et Jonathan affichent un grand sourire. Ce jeune couple de la région de Tracadie attend depuis deux heures, dans leur camionnette, l’ouverture des portes de la succursale de Cannabis NB.

Ils veulent être les premiers à voir la marchandise sur les présentoirs et acheter du pot récréatif. Ils sont des consommateurs réguliers.

«On est content car on va savoir ce qu’il y a dedans et on pourra laisser tomber le marché noir», dit-il, ravi.

«Ça ne nous dérange pas de payer plus cher pour de la qualité», renchérit-elle.

Ils sont en faveur de certaines règles, mais d’autres les irritent un peu. Comme la conduite automobile sous l’effet de cette drogue ou encore les rares endroits où il sera permis de fumer.

«On ne peut pas aller travailler saoul, alors on n’ira pas travailler gelé, indique Maryse. Mais après l’ouvrage, c’est comme prendre un bon verre de vin.»

Ils étaient une vingtaine à attendre l’ouverture des portes du magasin, mercredi matin. L’affiche noire est immanquable. À la gauche, une clinique médicale et une pharmacie. En face, une autre pharmacie. À 100 mètres de là, le palais de justice de Tracadie.

Une femme prend en photo son conjoint devant la devanture. Elle sera envoyée à ses fils au Yukon et en Ontario.

Ils sont hésitants à parler devant le journaliste. Ils ne veulent pas être identifiés. Il a 81 ans, elle en a 76.

«Ça fait longtemps que je suis ça, dit l’homme, un consommateur occasionnel. Trudeau père est venu à un cheveu de légaliser le cannabis. Je savais que le fils allait y arriver.»

«Le cannabis médicinal, j’y crois, ajoute sa conjointe. Il ne faut pas non plus se mettre la tête dans le sable. On a pire que ça; juste à penser au réchauffement de la planète.»

Dans la file d’attente, un jeune homme de Caraquet explique le pour et le contre. Il s‘est bien informé. Il prétend que ça va enlever graduellement la stigmatisation des consommateurs et que ça facilitera l’approche vers un médecin en cas de problème.

«La tape sur la main, ça fonctionne mais cela a ses limites. Pour les psychotiques et les gens atteints de maladie mentale, ça devait être une contre-indication absolue», fait mention cet ancien étudiant en médecine.

Un jeune agriculteur de Haut-Sheila s’est présenté pour voir s’il y avait des produits locaux sur les tablettes. Il croit que la développement du cannabis serait bon pour l’économie locale. Ça pourrait s’apparenter à la formule des microbrasseries, juge-t-il. Celle qui l’accompagne est là pour vivre un moment historique et positif.

«Il y a tellement de problèmes reliés au marché noir que la légalisation et le contrôle pourra enrayer. Si on permet l’alcool… Le cannabis amène moins de troubles. C’est une belle évolution des mentalités», confie-t-elle.

Avec sa carrure de joueur de football, ce jeune homme de Lamèque est le premier à sortir de la succursale avec un petit sac blanc. À l’intérieur, il y a quelques produits du cannabis qu’il va consommer à des fins médicinales, dit-il.

«Je voulais voir les produits et l’emplacement. C’est un peu mêlant. On ne voit que des emballages et des photos avec des descriptions. Il faut faire ses devoirs avant de venir ici. Le prix est égal ou moins cher que le marché noir. Même si les lois sont strictes, ça va changer les mentalités. C’est une belle journée aujourd’hui», raconte-t-il.