Le village de Chipman provoque un tollé en levant un drapeau de la «fierté hétéro»

La municipalité de Chipman au Nouveau-Brunswick fait marche arrière après s’être attirée les foudres d’une foule de citoyens pour avoir érigé un drapeau de la «fierté hétérosexuelle».

Formé de bandes noires et blanches, ce drapeau a été popularisé par les milieux conservateurs américains pour prendre le contrepied au drapeau arc-en-ciel.

L’idée a été présentée au conseil municipal par un groupe de résidents au cours de l’été et la résolution a été acceptée à l’unanimité par les conseillers. Le drapeau a été installé dimanche près de la marina de Chipman et devait flotter jusqu’à samedi.

La petite municipalité a été toutefois rapidement été submergée par les appels, les courriels et les messages Facebook de nombreux citoyens appelant à s’en débarrasser.

L’affaire a scandalisé Charles MacDougall, coordinateur de Rivière de la Fierté du Grand Moncton, un organisme de défense des droits LGBTQ+.

«C’est très décevant, ça montre une grande ignorance de la part du conseil municipal et des citoyens qui ont proposé ce drapeau, s’indigne le jeune homme. Le message envoyé, qu’il soit intentionnel ou non, c’est qu’on va écouter ceux qui sont contre l’avancement des droits et des causes LGBTQ+.»

Selon lui, l’hétérosexualité est un statut assez confortable, qui n’a donc nul besoin d’être revendiqué.

«Il faut comprendre que les personnes hétérosexuelles ne devraient pas se sentir exclues parce qu’elles ont déjà accès à beaucoup de privilèges», dit-il.

«Quand une population minoritaire se rassemble par des mouvements et se dote de symboles, c’est en réponse à une oppression. La communauté hétérosexuelle ne vit pas d’oppression, ce drapeau est donc très inapproprié.»

Charles MacDougall estime que derrière les appels à revendiquer son hétérosexualité se cache bien souvent un fort relent d’homophobie et une réponse hostile au mouvement LGBTQ+. Il reconnaît que ce n’était probablement pas là l’intention du conseil municipal, mais appelle la municipalité à présenter des excuses et des explications.

«Le dommage est fait mais on espère que le conseil municipal va écouter. On ne veut pas que ce drapeau soit légitimisé et on s’opposera farouchement contre d’autres levées de drapeau.»

Plusieurs personnalités publiques dont le maire de Saint-Jean, Don Darling, ont condamné publiquement le geste de la municipalité.

«Je pense que c’était une mauvaise décision. Je n’ai jamais entendu parler d’une allégation légitime selon laquelle des personnes hétérosexuelles seraient discriminées en raison de leur orientation sexuelle ou de leurs relations, écrit-il sur Twitter. C’est vraiment un signe qu’il reste encore beaucoup de travail supplémentaire à faire.»

Face à cette levée de boucliers, le drapeau a finalement été retiré en début d’après-midi et le conseil municipal de Chipman a réagi à la polémique en fin de journée au moyen d’une déclaration commune.

«Le drapeau hétérosexuel est vu comme un drapeau anti-minorités, ce que notre communauté et notre conseil n’appuient pas. La décision du conseil de permettre un drapeau de la fierté hétérosexuelle était fondée sur notre désir de soutenir tous les groupes de notre municipalité et de respecter le droit de chacun à la libre expression, conformément à la Charte des droits et libertés. Cela n’a pas été fait avec l’intention de causer du tort ou de la haine et nous nous félicitons que Chipman soit une communauté vibrante et diverse.»

Les conseillers ajoutent que le retrait du drapeau a été décidé «suite à la réaction du public» et ils dénoncent au passage «des attaques personnelles, des menaces ainsi que du cyber-harcèlement».

  • Avec des extraits de la Presse Canadienne