Carbone: Ottawa rejette le plan Gallant et imposera sa propre taxe

Ottawa rejette le système de tarification du carbone proposé par le Nouveau-Brunswick et imposera le sien dès le 1er janvier. Des hausses des prix de l’essence sont au programme.

Plus tôt cette année, le gouvernement libéral de Brian Gallant a présenté son plan de réduction des gaz à effet de serre, comme l’avait exigé Ottawa.

Ce plan prévoyait notamment la conversion d’une partie de la taxe sur l’essence en une redevance carbone, une mesure qui n’allait avoir aucun impact sur les prix à la pompe.

Le gouvernement fédéral n’achète pas cette approche. Il imposera donc sa propre tarification de la pollution au Nouveau-Brunswick à compter de 2019. Le premier ministre, Justin Trudeau, en a fait l’annonce mardi avant-midi à Toronto.

Pendant ce temps, à Moncton, la ministre de la Santé et députée locale, Ginette Petitpas Taylor, a donné une conférence de presse à ce sujet.

Elle a confirmé que le plan du gouvernement Gallant a été rejeté parce qu’il était trop timide et que la conversion d’une partie de la taxe sur l’essence n’allait pas mener à une réduction des émissions.

«Lorsque l’on met une tarification sur les émissions, on voit un changement des comportements. C’est ce que l’on voit dans toutes les régions. Ce n’est pas ce qui allait se passer au Nouveau-Brunswick», a-t-elle dit.

Trois autres provinces qui «n’ont pas reconnu que la pollution avait un prix» subiront le même sort, soit l’Ontario, le Manitoba et la Saskatchewan.

L’essence et la pollution taxées

Concrètement, le système fédéral entraînera l’imposition d’une redevance sur l’essence de 4,42 cents le litre à compter du 1er avril 2019. Cette redevance – qui sera payée par les distributeurs et les producteurs – augmentera au cours des années suivantes.

Les grands pollueurs sont aussi dans la mire d’Ottawa. Les industries de grande taille et qui émettent de grandes quantités de CO2 seront taxées davantage.

L’objectif est de punir ceux qui polluent davantage et de les inciter à réduire leurs émissions, explique Ginette Petitpas Taylor. Elle précise d’ailleurs que les pêcheurs et les fermiers, de grands consommateurs de carburant, seront exemptés de cette tarification du carbone.

Le gouvernement fédéral s’attend à ce que cette tarification du carbone ait un impact sur les consommateurs néo-brunswickois et que les entreprises leur refilent la facture. C’est pourquoi il leur donnera un coup de pouce financier annuellement en leur versant l’«Incitatif à agir pour le climat».

Cette somme non imposable sera versée dès 2019 (pour l’année d’imposition 2018). Elle sera incluse dans le remboursement d’impôts de ceux qui en attendent (et fera diminuer la somme due dans le cas des contribuables qui ont un solde à payer).

248$ pour le ménage moyen

Selon les calculs du gouvernement fédéral, le ménage moyen au Nouveau-Brunswick touchera 248$ dans le cadre de cet incitatif à compter de 2019. Cette somme augmentera ensuite afin de suivre l’augmentation de la tarification du carbone.

Une famille de quatre personnes recevra 377$, tandis qu’un adulte seul touchera 128$. Ces sommes augmenteront chaque année afin de suivre l’augmentation de la tarification du carbone.

Selon le gouvernement, ces sommes seront supérieures au coût total de la tarification du carbone.

Les gens demeurant dans des régions rurales – soit à l’extérieur des régions métropolitaines de recensement de Moncton et de Saint-Jean – auront droit à un montant supplémentaire de 10% de l’incitatif.

La majeure partie des fonds recueillis au Nouveau-Brunswick grâce aux redevances sur les combustibles sera versée directement aux Néo-Brunswickois. Le reste servira à appuyer les entreprises, les municipalités, les organismes et les institutions touchés.

Réactions partagées à Fredericton

La décision d’Ottawa d’imposer son système de tarification du carbone au Nouveau-Brunswick a fait réagir dans la capitale provinciale, mardi.

Le ministre de l’Environnement et des gouvernements locaux, Andrew Harvey, a dit qu’il n’accepte pas du tout cela.

«La réponse du gouvernement fédéral défie toute logique. Nous avons déjà la taxe sur l’essence et le diesel la plus élevée au Canada et ils (le fédéral) essayent de dire que nous devrions en faire plus. (…) Les consommateurs du Nouveau-Brunswick ne devraient pas avoir à payer plus de taxes sur l’essence», a-t-il affirmé en mêlée de presse.

Il a indiqué qu’il va réviser la décision d’Ottawa et que lui et ses collègues vont se «tenir debout» pour défendre les intérêts des Néo-Brunswickois dans ce dossier.

Le chef du Parti progressiste-conservateur, Blaine Higgs, a pour sa part affirmé qu’il n’était pas du tout surpris de voir Ottawa imposer sa volonté au Nouveau-Brunswick.

«Nous disions depuis le début que (ce plan présenté par le gouvernement Gallant) ne rencontrait pas les règles fédérales et voilà», a-t-il dit.

Il compte s’opposer fermement à la taxe carbone s’il devient premier ministre prochainement.

«Nous allons faire partie du front commun qui s’oppose à toute forme de taxe sur le carbone. Notre but, c’est que les Néo-Brunswickois ne payent pas plus de taxe.»

Le chef du Parti vert, David Coon, a pour sa part salué la décision d’Ottawa. «Ce n’est pas une surprise. C’est bon de voir le gouvernement fédéral agir dans ce dossier partout au pays de façon équitable», a-t-il dit.

Il s’est dit favorable au versement de l’incitatif aux contribuables. Il a cependant allégué qu’Ottawa est trop clément avec les grands pollueurs et affirmé que leurs émissions ne seront pas assez taxées à son goût.

  • Avec la collaboration du journaliste Mathieu Roy-Comeau