Abandon du glyphosate: «On tente de nous endormir»

La volonté des libéraux de se pencher sur la question de l’épandage d’herbicides à base de glyphosate dans la forêt publique est un pas en avant, mais un pas trop timide selon les groupes environnementaux.

Il y avait un peu de tout pour tous mardi dans le discours du Trône présenté par le gouvernement libéral de Brian Gallant, y compris pour les organisations opposées à l’utilisation d’herbicides sur les terres de la Couronne.

La mention de l’épandage d’herbicides a d’ailleurs surpris Caroline Lubbe-D’Arcy de l’organisme Stop Spraying New Brunswick. Durant la campagne, l’organisation avait talonné les différentes formations politiques pour que cesse cette pratique. Elle avait même décerné un «F» à la troupe de Brian Gallant pour son effort à faire avancer ce dossier au cours des quatre années de son mandat.

«Ce fut une surprise agréable que de voir notre cause être abordée. Mais en même temps, en raison du contexte actuel, on comprend que c’est dans l’intérêt du gouvernement Gallant d’écouter ce que les autres partis ont à proposer», exprime-t-elle.

Il faut dire que les libéraux sont à la recherche d’alliés pour que soit adopté son discours et, par le fait même, conserver le pouvoir. L’enjeu de l’arrosage figurait tant à l’intérieur de la plate-forme du Parti vert que de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick. Ces deux partis prônaient la fin de cette pratique.

Dans le discours du Trône, la proposition du gouvernement se lit comme suit: examiner la possibilité de recommander une interdiction progressive de l’utilisation d’herbicides tels que le glyphosate, qui devra être fondée sur des preuves objectives.

Pour Mme Lubbe-D’Arcy, la province n’a toutefois pas besoin d’autres études pour démontrer la dangerosité de ce produit et de cette pratique.

«On en voit les effets directs sur la faune, notamment les populations de cerfs, et ce n’est que la pointe de l’iceberg. On doit penser au-delà des impacts sur les humains, mais aussi sur la faune et la flore. Le principe de précaution devrait s’appliquer dans cette situation. Je crois qu’il serait grand temps que le gouvernement se montre à l’écoute de sa population. Dans ce cas-ci, les Néo-Brunswickois sont grandement favorables à la fin de l’arrosage», dit-elle.

Formulation soporifique

Francine Levesque, du mouvement ÉcoVie, est encore plus tranchée. Selon elle, on ne pouvait avoir une formulation plus floue et soporifique que celle pondue par l’équipe libérale.

«Comment prendre au sérieux un tel énoncé?», questionne la militante.

«Je trouve cela vraiment faible comme promesse. C’est tout sauf un engagement réel à vouloir changer les choses. Quand je lis cela, ce qui me vient immédiatement en tête c’est qu’on tente de nous endormir avec des mots, qu’on veut nous charmer avec de belles paroles. Mais c’est aussi évident que les actions ne suivront pas», ajoute-t-elle, non sans appeler les verts et les alliancistes à faire preuve de discernement face à cette proposition.

Qu’est-ce qui la chicote? Que l’on tente de renvoyer de nouveau tout le dossier à l’étude.

«Il y a la science, et il y a la science de Mosanto. Jusqu’ici, le gouvernement a toujours fait la sourde oreille à tout ce qui va à l’encontre des intérêts de ceux qui arrosent. On revient toujours à la case départ et on n’avance pas comme société», clame-t-elle.

Sa solution? Que le gouvernement commence par s’engager à ne plus subventionner l’épandage d’herbicides.

«Cela aura un effet dissuasif important, voir même causera l’arrêt de l’arrosage. Car ce qui fait que cette pratique est intéressante pour l’industrie forestière, c’est justement qu’il s’agit d’une solution – tout comme la coupe à blanc – peu dispendieuse. Si on cesse de la financer, ça va diminuer de façon importante et ce sera toujours un bon début», croit-elle.