Le MPO s’attaque à la pêche fantôme

Le gouvernement fédéral s’est engagé à réduire le nombre d’engins de pêche à la dérive dans les fonds marins, mais une mesure de protection des baleines noires pourrait provoquer une hausse des pertes de casiers dans les eaux canadiennes.

Le ministre des Pêches et des Océans, Jonathan Wilkinson, a récemment signé l’initiative mondiale de lutte contre les engins de pêche fantôme.

La manoeuvre fait partie d’un mouvement international pour éliminer et réduire l’équipement de pêche perdu et abandonné dans les océans.

En Europe, où 27% des déchets retrouvés sur les plages sont des équipements de pêche, un important vote a eu lieu la semaine dernière visant à forcer l’industrie de la pêche à récupérer 50% des engins de pêche perdus chaque année.

Dans l’océan Pacifique, une grande aire dense en déchets surnommée le «grand dépotoir du Pacifique» est composée à 46% de filets de pêche.

Jean Lanteigne, directeur général de La Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (la FRAPP), estime que des «centaines, pour ne pas dire des milliers» de casiers de pêche ont été perdu aux cours des dernières années et dorment au fond des eaux du sud du golfe du Saint-Laurent.

Les engins de pêche perdus, ces fantômes qui continuent de pêcher indéfiniment, s’accumulent chaque année en raison des tempêtes et des pertes accidentelles, souvent provoquées par un autre bateau.

Au cours des dernières années, l’industrie a pris des mesures afin de réduire l’impact de la pêche fantôme, tels des casiers munis d’un mécanisme biodégradable qui laisse les poissons et crustacés s’échapper après un certain temps. Les solutions ne sont cependant pas parfaites.

«Même s’il y a des grilles échappatoires, il peut tout de même avoir des espèces qui restent pris à l’intérieur», explique M. Lanteigne.

Le nombre de casiers perdus risque d’augmenter si le gouvernement va de l’avant avec une mesure à l’étude visant à réduire le risque d’empêtrement des baleines noires.

«On étudie le maillon faible – une sorte d’attache – qui se briserait si jamais une baleine s’empêtre dans le câblage d’un casier. Mais quand ça se produit, ça veut dire qu’il y a un casier perdu», mentionne M. Lanteigne.

Afin d’imposer cette mesure tout en évitant de polluer les fonds marins, le ministère des Pêches et des Océans du Canada (MPO) devra établir un plan de récupération des casiers perdus. Le défi est cependant de taille.

D’abord, le simple fait de trouver les casiers perdus n’est pas évident. Dans la baie de Fundy, où un groupe de pêcheurs ont mené un projet de récupération des casiers abandonnés, certains équipements retrouvés étaient demeurés au fond de l’eau pendant plus de 20 ans.

Les responsables du projet devront aussi trouver le meilleur de remonter les casiers.

«On va tester différents modèles de grappins qu’on peut traîner pour saisir les casiers. Il y a aussi un électroaimant qui peut être utilisé», mentionne M. Lanteigne.

Une fois sorti de l’eau, un nouvel obstacle se présente, soit le manque d’espace disponible sur les bateaux.

«Ça prend de la place, et tous les casiers sont différents. Si on ramasse une dizaine de casiers de homard et une vingtaine de casiers de crabe, ça peut être compliqué.»

M. Lanteigne prévoit qu’un projet de récupération des casiers perdus sera lancé d’ici deux à trois ans. Il pense que le gouvernement fédéral sera prêt à soutenir financièrement le projet, étant donné qu’il permettra de réduire la pollution et protéger les baleines noires, tout en éliminant la pêche fantôme.

Les pêcheurs ont pour leur part un intérêt économique évident. Les casiers de pêche au crabe des neiges coûtent environ 500$ chacun.

Depuis ce printemps, les pêcheurs doivent déclarer chaque casier perdu. Cela a permis d’en récupérer plus de 200, selon M. Lanteigne.