Amiante dans les écoles du Nord-Est: un problème contenu, mais jamais réglé

Le problème de l’amiante dans les écoles est contenu, mais pas encore réglé. Le matériau cancérigène est encore présent dans les établissements scolaires et s’en débarrasser coûterait une petite fortune. Alors, les autorités préfèrent proposer une surveillance étroite et, au besoin, des corrections.

Difficile de trouver la vérité entre les propos rassurants du ministère de l’Éducation et les inquiétudes d’un ancien directeur d’école. D’un côté, on assure que tout est sous contrôle et que la sécurité des enfants est la priorité absolue. De l’autre, on craint que les élèves aient encore directement accès aux secteurs jugés à risque et que respirer un air contaminé pourrait provoquer des problèmes de santé à plus ou moins brève échéance.

Éloi Doucet, directeur des services administratifs et financiers au District scolaire francophone Nord-Est, mentionne qu’il existe un plan de vérification annuelle dans la vingtaine d’écoles du territoire dans lesquelles on retrouve de l’amiante.

Il ajoute qu’à l’école La Rivière de Pokemouche, cette inspection a lieu deux fois par année, selon les recommandations faites par Travail sécuritaire Nouveau-Brunswick.

En novembre 2013, des tuiles abîmées dans plusieurs classes et des fissures dans le revêtement des conduits du système de chauffage de l’école – des matériaux contenant de l’amiante – avaient forcé la fermeture de l’école. Le concierge de l’établissement, qui y travaillait depuis 22 ans, a ensuite été diagnostiqué de fibrose pulmonaire, ce qui serait une conséquence directe de l’exposition aux fibres d’amiante dans l’air.

En août 2015, l’école La Villa des Amis de Tracadie Beach et la garderie ont été fermées pendant neuf jours après la découverte d’amiante lors du remplacement d’un élément du système de chauffage de l’édifice.

«Tout ce qui ne se touche pas et qui n’est pas friable est sans danger, assure M. Doucet. Nos examens visuels sont rigoureux et la situation est sous contrôle.»

Un matériau commun

Depuis 2014, le DSF-NE a mis en place de nombreuses mesures de surveillance. En plus de l’inspection annuelle, tous les matériaux contenant de l’amiante ont été réparés et retirés au besoin, les pièces contenant de l’amiante ont été étiquetées, le personnel affecté à l’entretien des écoles a reçu une formation et des travaux, lorsque nécessaires, ont été faits en l’absence des élèves et du personnel enseignant.

Il faut dire que la plupart des écoles de la province ont été construites avant 1990. À cette époque, l’amiante constituait un matériau commun dans plus de 3000 composantes. Tout enlever signifierait quasiment détruire l’école au complet. Mais selonM. Doucet, la situation actuelle ne donnerait pas raison de le faire.

Au ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, on soutient aussi que tout est sous contrôle.

«La santé et la sécurité des élèves et du personnel dans nos écoles sont de la plus haute importance. Le gouvernement a donc la responsabilité de faire en sorte qu’ils puissent apprendre et travailler dans des écoles saines et sécuritaires. Nous travaillons en étroite collaboration avec Travail sécuritaire NB et les districts scolaires dans leur effort de maintien d’un environnement sain pour tous dans nos écoles», a laissé savoir Nancy Champion, par voie de courriel.

Elle avance que le ministère met en œuvre un programme de gestion de l’amiante, en conformité de la Loi sur l’hygiène et la sécurité au travail, pour assurer le maintien d’environnements d’apprentissage et de travail sains.

«Le ministère alloue des fonds aux districts scolaires pour que les matériaux contenant de l’amiante soient éliminés des écoles au besoin. Les travaux à cet effet sont menés en majeur partie au cours de l’été pour faire en sorte qu’ils n’aient pas de répercussions sur les activités scolaires», précise la porte-parole du ministère.

Les normes du Nouveau-Brunswick permettent la présence de 0,2 à 2 fibres d’une longueur maximale de cinq micromètres (0,000005 mètre) par centimètre cube d’air, selon la sorte d’amiante.

Au Canada, ça tourne autour de 0,1. Depuis octobre, Ottawa interdit la présence de ce matériau dans toute nouvelle construction publique ou privée ainsi que dans les infrastructures de canalisation.

Le développement de certaines maladies pulmonaires majeures, pouvant aller jusqu’au cancer, peut prendre de 10 à 40 ans suivant l’exposition à l’amiante, selon Santé Canada.

«Les enfants ne sont pas protégés»

Un ancien directeur de l’école La Rivière de Pokemouche affirme que les élèves peuvent encore toucher des pièces contenant de l’amiante. Daniel Mallet indique notamment que des particules sont projetées dans l’air lors de la vibration des tuyaux au moment où le système de chauffage démarre.

Documents à l’appui, il démontre que la seule présence de ce matériau cancérigène devrait sonner une cloche chez les parents d’élèves. Il possède également plusieurs rapports de santé des enseignants affectés par des problèmes pulmonaires.

«Les enfants ne sont pas protégés. Il est toujours possible que des enfants y touchent et manipulent des pièces contaminées. Ce problème est loin d’être réglée», soutient-il.

Présidente du conseil d’éducation du DSF-NE, Ghislaine Foulem déclare que le sujet de l’amiante dans les écoles n’est pas venu aux oreilles du conseil dans la dernière année.

«La situation n’a pas été portée à notre attention. Nous n’avons pas été informés de parents inquiets. Si ça arrive, nous allons nous en occuper. Selon notre compréhension des choses, les tests et les vérifications sont respectés. Notre politique est d’assurer en tout temps la sécurité de nos enfants dans les écoles. Si nous entrevoyons un danger, des mesures sont prises immédiatement. Et dans ce cas, nous n’avons pas de raison de croire que la sécurité des enfants est diminuée», dit-elle.