États-Unis: les démocrates prennent le contrôle de la Chambre, mais pas du Sénat

Les démocrates ont arraché le contrôle de la Chambre des représentants au Parti républicain (GOP) de Donald Trump mardi, lors d’une rébellion des banlieues qui menace ce qui reste du programme législatif du président. Mais le GOP pourrait avoir gagné du terrain au Sénat et a préservé les principaux postes de gouverneur, repoussant ainsi une «vague bleue» qui ne s’est jamais pleinement concrétisée.

En début de journée mercredi les démocrates avaient remporté 219 sièges contre 193 pour les républicains à la Chambre, et on attendait toujours l’issue de 23 courses; les démocrates étaient en tête dans neuf d’entre elles et les républicains dans 14. Les démocrates pourraient ultimement profiter d’une mince majorité qui sera difficile à gérer et à protéger.

Au Sénat, les républicains sont assurés à tout le moins de conserver leur majorité actuelle de 51-49.

Le verdict mitigé de cette première élection nationale de la jeune présidence Trump illustre les limites de sa rhétorique intransigeante en matière d’immigration dans un paysage politique en pleine évolution – les électeurs des banlieues, détenteurs de diplômes universitaires, ayant rejeté ses avertissements d’une «invasion» de migrants.

Les électeurs cols bleus et l’Amérique rurale ont adopté ses discours et ses positions agressives. Cependant, la nouvelle majorité démocrate à la Chambre des représentants mettra fin à la domination du Parti républicain à Washington pendant les deux dernières années du premier mandat de M. Trump. Des questions majeures se profilent à propos des soins de santé, de l’immigration et des dépenses gouvernementales.

Le parti du président conservera le contrôle des pouvoirs exécutif et judiciaire du gouvernement, en plus du Sénat, mais les démocrates ont soudainement une tête de pont qui leur donne le pouvoir d’assigner à comparaître concernant les erreurs personnelles et professionnelles de M. Trump — ainsi que ses déclarations de revenus longtemps retenues.

Cela aurait pu être une soirée bien plus glorieuse pour les démocrates, qui ont encaissé des pertes énormes en Ohio et en Floride, où le républicain soutenu par M. Trump, Ron DeSantis, a mis fin aux espoirs du démocrate Andrew Gillum de devenir le premier gouverneur afro-américain de cet État.

Les élections de 2018 ont également mis en évidence un réalignement politique extraordinaire au sein d’un électorat défini par la race, le sexe et l’éducation, qui pourrait façonner la politique américaine pour les années à venir.

Les succès du GOP ont été alimentés par une coalition résolument plus âgée, plus blanche, plus masculine et moins susceptible d’avoir un diplôme universitaire. Les démocrates comptaient davantage sur les femmes, les personnes de couleur, les jeunes et les diplômés.

Les rêves des démocrates d’une majorité au Sénat, toujours improbables, ont été fracassés par des pertes sur les principaux champs de bataille du Sénat: l’Indiana, le Missouri, le Tennessee, le Dakota du Nord et le Texas.

Certaines défaites font plus mal que d’autres.

Au Texas, le sénateur d’origine canadienne Ted Cruz a difficilement survécu aux assauts du démocrate Beto O’Rourke. Toutefois, les fonds sans précédent engrangés par ce dernier et sa célébrité font soudainement de lui un candidat crédible à la Maison-Blanche pour 2020.

Près de 40 pour cent des électeurs ont voté pour exprimer leur opposition au président, selon l’enquête nationale AP VoteCast mené auprès de l’électorat, alors qu’un sur quatre a déclaré avoir voté en faveur de M. Trump.

Au total, six électeurs sur dix ont déclaré que le pays se dirigeait dans la mauvaise direction, mais à peu près le même nombre ont qualifié l’économie nationale d’excellente ou de bonne. Vingt-cinq pour cent ont décrit les soins de santé et l’immigration comme les enjeux les plus importants des élections.

Près des deux tiers ont déclaré que M. Trump était une raison de voter.

Plusieurs démocrates ambitieux ont facilement été réélus, notamment les éventuels candidats à la présidence Bernie Sanders du Vermont, Elizabeth Warren du Massachusetts et Kirsten Gillibrand de New York.

Une poignée d’autres ont joué des rôles démesurés dans les campagnes à mi-mandat de leurs partis, mais pas en tant que candidats, et étaient réticentes à télégraphier leurs intentions pour 2020 avant que le combat de 2018 ne soit décidé: le sénateur du New Jersey Cory Booker, le sénateur de Californie Kamala Harris, l’ancien maire de la ville de New York Michael Bloomberg, et l’ancien vice-président Joe Biden.

Mme Warren a déclaré: «Cette résistance a commencé avec les femmes et est dirigée par des femmes ce soir».