L’Acadien qui aurait pu créer Uber avant Uber

Avoir une bonne idée ne suffit pas. Il faut savoir à qui la vendre et quand. Frédéric Laforge, un entrepreneur de Moncton, aurait pu créer Uber avant Uber. Aujourd’hui, il implore la communauté d’affaires de voir plus grand que le Nouveau-Brunswick quand vient le temps d’innover.

En 2007, Apple annonce son premier téléphone intelligent. Un an après, un nouveau modèle, le 3G, inclut une puce GPS. Les gens ont maintenant un ordinateur dans leur poche. En plein remue-méninge, le jeune entrepreneur originaire de la région d’Edmundston et ses collègues ont un éclair de génie.

«On s’est mis à penser. On avait plein d’idées. Tu as l’accéléromètre, le GPS et plein d’autres affaires. On a donc pensé qu’il devait y avoir une façon d’avoir une meilleure expérience de taxi. Ça n’avait pas de bon sens», a-t-il confié à l’Acadie Nouvelle.

L’entreprise qu’a fondée M. Laforge, Smithy Creative Group, a donc développé le concept de Taxi Look-Out. Sans le savoir, Frédéric Laforge était en pleine course contre ce qui allait devenir une gigantesque entreprise évaluée à environ 72 milliards $ US.

L’idée d’Uber est aussi née en 2008. Le 5 juillet 2010, l’entreprise transporte son premier client à San Francisco. La même année, concept en mains, M. Laforge tentait de vendre son idée à des entreprises du N.-B.

Les compagnies de taxi ne l’ont pas rappelé et une autre entreprise de Moncton qui avait développé un système GPS pour les taxis s’est tout simplement moquée de lui. Évidemment, personne ne connaissait encore Uber.

«Eux, ils avaient développé la technologie dans les taxis qui fonctionnait avec le GPS. Je me suis dit que si je pouvais m’intégrer à cette technologie qui existait déjà, je n’avais seulement qu’à développer la plateforme pour le client. J’ai fait ma présentation. Je leur ai expliqué qu’on était une compagnie de technologie et qu’on serait capable de bâtir ça et faire le design. Ils ont “pretty much” ri de moi», a raconté M. Laforge.,

«Ça n’a pas été plus loin que ça et plus tard on a su que c’était la folie furieuse pour Uber. J’étais déçu parce que c’était vraiment ce que j’avais créé comme concept. C’était à quelques éléments près ce que j’avais dans la tête.»

Songeant à cette expérience, celui qui a fondé plusieurs entreprises au cours des années, dont le Farmer’s Truck, rappelle aux entrepreneurs qu’il faut voir plus loin que le Nouveau-Brunswick ou même l’Atlantique.

«Je n’avais peut-être juste pas la bonne audience. Si j’avais été à New York ou dans un plus grand réseau avec des gens plus à jour avec ce qui se passe dans le marché… C’est sûr qu’en Atlantique on est un peu en arrière au niveau des technologies.»

«Je pense que nous sommes plus confortables dans nos habitudes contrairement aux gens dans de grandes villes où ils sont peut-être un peu plus ouverts à faire des choses d’une façon différente. Je pense que c’est juste notre façon de faire. Je ne crois pas que ce soit négatif, c’est juste une réalité»

Le but ultime est de créer une entreprise ici et de vendre sur le marché international afin de faire fleurir l’économie néo-brunswickoise, précise celui qui guide des entreprises en démarrage. Il y arrive presque lui-même aujourd’hui. Ses camions (Farmer’s Truck) ne vendent peut-être plus de légumes au coin de la rue Main à Moncton, mais son design trouve plusieurs intéressés aux États-Unis.

«Ce n’est pas ici le marché, c’est aux États-Unis, à Montréal, Toronto, Vancouver», exprime-t-il.