La population de baleines noires continue de chuter

Le déclin de la population de baleines noires de l’Atlantique Nord se poursuit à un rythme inquiétant. Selon les dernières estimations des scientifiques, le nombre d’individus restants est passé de 451 à 411.

Le dernier décompte de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) confirme que la survie à long terme de l’espèce est en péril. L’organisme américain évalue désormais à 411 le nombre de ces mammifères.

Ces chiffres s’expliquent notamment par les nombreux cas de mortalité de baleines noires survenus en 2017, dans le golfe du Saint-Laurent, mais aussi par un très faible nombre de naissances.

«Si la situation ne s’améliore pas, nous allons perdre cette espèce d’ici deux ou trois décennies», alerte Michael Moore, directeur du Marine Mammal Center au Woods Hole Oceanographic Institution.

Autre signe alarmant, aucun nouveau-né de baleines noires n’a été observé cette année au large de la Géorgie et de la Floride, aux États-Unis, des survols réguliers de ces zones. Les mammifères marins y mettent habituellement bas entre janvier et mars.

À titre de comparaison, on recensait en moyenne 17 baleineaux au cours des vingt dernières années. Comment expliquer cette chute soudaine de la fertilité?

Les femelles ont besoin d’accumuler et de stocker beaucoup d’énergie avant la grossesse pour pouvoir se reproduire avec succès, explique Teri Frady, biologiste du NOAA. Une baleine perd le tiers de son poids en portant et en élevant un petit.

«Les baleines sont affectées par un changement d’écosystème à grande échelle qui affecte leur nourriture et leur distribution, des enchevêtrements dans des engins de pêche et des collisions avec des navires. Ces évènements stressants peuvent influencer la production d’hormones et compromettre la reproduction. Se remettre d’une blessure ou traîner une importante quantité de cordage consomme énormément d’énergie, une énergie qu’elles ne peuvent pas stocker pour la reproduction. Si les femelles n’engraissent pas suffisamment, elles ne peuvent pas concevoir», souligne le scientifique.

Nouvelles mesures de protection

Depuis mardi, pêcheurs, scientifiques, groupes de conservation et fonctionnaires américains sont réunis à Providence, dans le Rhode Island, pour réfléchir à de nouvelles mesures de protection.

La première journée a été consacrée au développement de casiers sans cordage afin d’éviter que les baleines ne s’y empêtrent. Plusieurs entreprises telles que Ashored Innovations à Halifax ou EdgeTech dans le Massachusetts y travaillent de très près.

«Plusieurs prototypes sont à l’essai, mais il y a encore beaucoup de travail à faire pour que ces équipements soient commercialisés», reconnaît Michael Moore.
Ce dernier souhaite que l’industrie de la pêche accélère sa transition vers ce type de technologie.

«Les pêcheurs doivent mener ces efforts et collaborer parce qu’il faut que ça fonctionne pour eux. Il faudra que ces casiers soient faciles à utiliser, fonctionnels et abordables. Si la motivation est là, je suis convaincu que ça va fonctionner», dit-il.

Il resterait environ 103 femelles capables de se reproduire dans la population de baleines noires de l’Atlantique Nord. Les experts surveilleront de près la nouvelle saison de reproduction dans l’espoir de repérer de nouveaux baleineaux.

«Si les chiffres continuent de baisser à ce rythme, les baleines noires n’en ont plus pour longtemps, mais il y a encore de l’espoir, croit M Moore. Il faudra agir rapidement.»