Travail sécuritaire NB: les entreprises paieront 72% de plus

Le taux moyen de cotisation au régime d’indemnisation des travailleurs du Nouveau-Brunswick augmentera de 71,7% en 2019. Blaine Higgs promet d’agir, tandis que les entreprises ne décolèrent pas.

La société de la Couronne qui administre le régime, Travail sécuritaire NB, a dévoilé jeudi que le taux moyen de cotisation passera de 1,70$ (par tranche de 100$ de salaires assurables) à 2,92$, soit une hausse de 71,7%.

Il s’agit de la troisième augmentation consécutive. Le taux moyen a connu une croissance vertigineuse de 163% depuis 2016.

Selon Travail sécuritaire NB, la hausse du coût des réclamations depuis les changements législatifs apportés par le gouvernement provincial en 2015 est à blâmer. Ces coûts ont doublé depuis 2014 pour atteindre 400 millions $.

Deux grands facteurs sont pointés du doigt: les prestations sont versées plus longtemps qu’avant et les coûts liés aux réclamations pour perte d’audition sont à la hausse.

Quel impact pour les entreprises?

Concrètement, l’augmentation annoncée jeudi se traduira par des dépenses supplémentaires pour les employeurs, qui sont les seuls à financer le régime provincial d’indemnisation des travailleurs blessés.

Selon des données fournies par Travail sécuritaire NB, les grandes entreprises de la province paieront 71% de l’augmentation en 2019.

Elles devront encaisser des hausses moyennes de 45 000$ (pour les 1100 grandes entreprises) à 327 000$ (pour les 120 très grandes entreprises).

Le reste sera couvert par les plus petits joueurs. Les 7000 petits employeurs de la province paieront en moyenne 700$ de plus en 2019, tandis que les 6500 entreprises de taille moyenne paieront 5000$ de plus.

Blaine Higgs «très choqué» par la hausse

Le premier ministre désigné a réagi à la hausse prévue pour 2019, jeudi en point de presse. Blaine Higgs s’est dit «très choqué» par son ampleur.

Il a reproché au gouvernement libéral de Brian Gallant de ne pas avoir agi assez rapidement pour prévenir cette hausse.

«Il est maintenant temps de passer à l’action», a-t-il dit, en ajoutant qu’il a l’intention d’adopter des changements législatifs et réglementaires pour s’attaquer au problème lors de la session d’automne, possiblement avant la pause du temps des Fêtes.

Blaine Higgs pense pouvoir adopter des changements qui auront un impact sur les coûts de Travail sécuritaire NB à temps pour entraîner une diminution.

Selon lui, cela pourra peut-être permettre à Travail sécuritaire NB de diminuer ses taux de cotisation avant la fin de 2019.

«Très en colère» ou «extrêmement heureux»

Le milieu des affaires n’a pas tardé à réagir à cette hausse salée, jeudi après-midi. Le porte-parole de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), Louis-Philippe Gauthier, n’y est pas allé de main morte.

« La hausse des coûts n’est en fait pas liée à une augmentation des accidents du travail, mais au dérapage du régime d’indemnisation. Les propriétaires d’entreprise sont exaspérés et très en colère», a-t-il affirmé dans un communiqué de presse.

Son confrère Thomas Raffy, PDG du Conseil économique du Nouveau-Brunswick (CÉNB), a lui aussi réagi négativement aux hausses prévues pour 2019.

«Il s’agit d’une augmentation dramatique à laquelle beaucoup d’entreprises ne sont pas nécessairement prêtes.»

L’histoire est très différente du côté de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Nouveau-Brunswick (FTTNB). Son président, Patrick Colford, voit d’un bon oeil le taux moyen annoncé jeudi par Travail sécuritaire NB.

«La Fédération et nos affiliés sont extrêmement heureux de voir que l’on a réalisé le vrai coût de l’aide apportée aux travailleurs blessés», a-t-il affirmé à l’Acadie Nouvelle.

Il estime que cette hausse poussera peut-être des employeurs à adopter des mesures pour faire diminuer la fréquence des accidents en milieu de travail.

Fredericton invitée à agir rapidement

Les coûts des réclamations ont explosé au Nouveau-Brunswick dans la foulée de changements législatifs apportés en 2015 par le gouvernement provincial, dont la création d’un tribunal d’appel indépendant doté d’une grande marge de manoeuvre.

Le gouvernement a par la suite formé un groupe de travail afin de se pencher sur la situation. Dans son rapport, déposé en juillet 2018, le groupe a formulé 28 recommandations, dont la réduction des pouvoirs du tribunal d’appel.

Travail sécuritaire NB appuie ce rapport et espère que le nouveau gouvernement ne perdra pas de temps pour agir.

Son PDG, Douglas Jones, a rencontré Blaine Higgs et ses collègues du caucus progressistes-conservateurs plus tôt cette semaine pour faire le point sur la situation.
«Je suis très encouragé par le fait qu’ils ont rapidement compris l’ampleur du problème», dit-il en ajoutant qu’il est convaincu qu’ils apporteront des changements législatifs le plus rapidement possible.

Les porte-parole de la FCEI et du CÉNB estiment eux aussi que les recommandations du rapport doivent être mises en oeuvre sans tarder.

Un avis que ne partage pas Patrick Colford, de la FTTNB, surtout en ce qui a trait à l’avenir du tribunal d’appel, qui «est là pour s’assurer que les lois sont suivies lorsqu’il est question des travailleurs blessés.»